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Les Bréville racontent la genèse du Musée de la Photo
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Les Bréville racontent la genèse du Musée de la Photo
Septembre 1983, Marie Noëlle et Tristan Bréville exposent une sélection de leurs trésors photographiques à la Galerie Max-Boullé (à Rose- Hill, pour ceux qui ne le savent plus). Voir à ce sujet l?express du 3 septembre 2008. Roland Tsang Kwai Kew veut en savoir davantage à ce sujet et mieux approfondir leur passion pour la chose photographique, pour les ?uvres de lumière.
Tristan avoue être venu à la photo grâce à M. Jocelyn Louis, un ami de son père, qui lui offre, un beau jour, une petite tireuse pour faire de la photo. Son premier studio sera le poulailler de la maison familiale, à la rue Blondeau, Rose- Hill, poulailler dûment transformé en chambre noire. Il y tire ses premières photos. Il a 17 ans. Nous sommes en 1962. De photo en photo, il est un témoin privilégié des progrès technologiques en la matière. Dans le tourbillon des techniques évolutives, il cherche un point d?ancrage. Le visuel l?interpelle, chaque jour davantage. Il parvient à une évidence : tout mot doit être une image. Malcolm n?aurait pas mieux dit. Toute image doit avoir sa place dans un musée de mémoire visuelle collective et commune. De quoi donc s?amuser jusqu?à la fin des jours. Son premier musée est tout simplement l?appartement conjugal qu?il partage désormais avec Marie Noëlle, au troisième étage de l?immeuble Beeltah, route Saint-Jean, aux Quatre-Bornes. Faute de place, le Musée de la Photo n?est pas ouvert au public mais seulement aux amis de la photo, à ceux en quête de lumière. Période éminemment conviviale. Le Musée tient lieu aussi de Salon, non mondain, mais politique car on y disserte à perdre haleine sur la Révolution pouvant «édéniser» notre monde.
Qu?est-ce qui pousse Marie Noëlle et Tristan Bréville à couvrir les murs de leur appartement de photos historiques ? Ils veulent simplement prouver que Maurice a besoin d?un Musée de la Photographie digne de ce nom, pour faire revivre et représenter son riche et glorieux passé. Un Musée montrant ce que vaut le pays. Un Musée pour sauvegarder ce patrimoine. Leur passion les transforme en collectionneurs de photos d?archives familiales ou nationales. Il leur faut bien suppléer aux manquements des lois, régissant nos archives et bibliothèque nationales.
Leur quête photographique commence en... 1968. Une année qui devrait dire quelque chose à certains ministres travaillistes. Quarante ans en 2008. Quarante ans, ça se fête. Du moins, si on a les moyens pour le faire. De 1968 à 1983, des années à prospecter caves et greniers, à la recherche de la perle rare à sauver des oubliettes de l?incurie ou de l?ignorance. Fort heureusement, ils ont affaire, le plus souvent, à d?avenantes personnes qui, se sachant impuissantes, s?en remettent avec confiance à leur soif inextinguible de sauver ce que nous ne pouvons ni voulons sauver, bien qu?il s?agisse de trésors familiaux.
Un rapide inventaire ? Le Musée des Bréville possède, en 1983, un demi-millier d?appareils photographiques de tous âges et de toutes marques. Les photographies se comptent par milliers. Elles ne sont pas toutes répertoriées. Photos et appareils sont, le plus souvent, des dons spontanés. D?autre fois, leurs propriétaires réclament des sommes mirobolantes. Les Bréville sollicitent alors le parrainage de firmes compréhensives. L?argument décisif : si nous n?achetons pas, des étrangers le feront et avec joie. Un mécène modèle et exemplaire : la Mauritius Breweries. Si vous voulez vous fâcher à mort avec les Bréville, demandez-leur s?ils sont vendeurs... Autre sujet tabou : la possibilité d?assurer leur collection, en tenant compte de leurs moyens forcément précaires. Solliciter toute aide officielle, c?est simplement aller au devant d?interminables tracasseries administratives. Défense également de s?attarder sur ce que d?autres pays font pour protéger et aider les collectionneurs et que le gouvernement mauricien ne fait pas. Il suffirait pourtant qu?un hôtel mette à leur disposition une salle sécurisée ou un bâtiment pour qu?ils puissent exposer ce qui ne l?est pas au Port Louis. A ce demander où se terre l?imagination à Maurice.
L?histoire de la photo à Maurice commence en 1840, au dire de Tristan Bréville. Notre premier photographe : Ferdinand Wornitz qui réalise ses premières daguerréotypes, cette année-là, soit seulement deux ans après les premiers exploits de Louis Daguerre (1787-1851). Tristan est intarissable quand on l?interroge sur les premiers photographes locaux. Ses préférés sont, entre autres, Bérenger, Drenning, Chambay, Coret, Gentil. Nancy, la fille de Charles Drenning, excelle dans les portraits d?enfants. Elle meurt le 31 août 1982. Elle demande à être ensevelie avec tous les appareils photographiques de sa famille. Marie Noëlle et Tristan complètent leur collection avec un relevé exhaustif de toutes les coupures de presse relatives à la photographie à Maurice, parues entre 1840 et 1940. Un trésor photographique simplement inestimable, appartenant à nos collectionneurs les plus estimables et les plus estimés. Et pourtant... nous faisons fi de leur dévorante passion photographique. A désespérer...
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