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Les boulangers suspendent leur grève
Ce lundi ne sera pas un jour sans pain. La grève des boulangers a été évitée de justesse à la suite d?une rencontre qu?ils ont eue vers 20 heures hier avec la ministre des Droits de la femme et de la protection des consommateurs Indira Seebun, à la boulangerie la Baguette magique. Mais le secteur reste dans l?expectative. La rencontre avec le Premier ministre, Navin Ramgoolam, prévue à 9 heures ce matin, sera déterminante.
Les opérateurs digèrent mal la hausse de 30 sous sur chaque 100g de pain, jugée insuffisante, ainsi que l?augmentation du prix de la farine.
?Il était important pour moi de venir rencontrer l?association des boulangeries. Les Mauriciens peuvent être assurés qu?ils auront leur pain demain matin?, (NdlR, ce matin) déclarait la ministre à l?issue de la rencontre hier. Et d?ajouter que son collègue au Commerce, le ministre Rajesh Jeetah, ?n?est en rien responsable de cette situation?.
De son côté, l?association des boulangeries dit apprécier le geste du gouvernement. Les consommateurs, eux, auront leur pain un peu plus tard que d?habitude. ?Nous avons éteint nos fours. Et nos ouvriers sont partis plus tôt?,déclare le président de l?association des boulangeries Nazir Hosany. Selon toute probabilité le pain devrait être disponible aujourd?hui avant 10 heures.
?Illégalité?
Hier, les boulangeries ont été prises d?assaut. A 19 h 30 il n?y avait déjà plus de pain à La Baguette magique, à Quatre-Bornes.
Pourtant rien ne laissait présager un tel revirement de situation. Les boulangers avaient ouvertement déclaré la guerre au gouvernement. Réunis à 15 heures, hier, en assemblée générale spéciale, ils avaient décidé l?arrêt de travail pendant 48 heures. Celui-ci devait prendre effet hier à minuit et les boulangers devaient reprendre leurs activités mercredi. Il avait, en outre, été décidé qu?ils ne vendraient alors que des pains spéciaux, dont les prix ne sont pas contrôlés par le gouvernement ? le pain au beurre à Rs 2 et la demi-baguette à Rs 5.
?Par cette action, nous voulons donner un signal fort au gouvernement pour lui exprimer notre mécontentement. Je précise que ce n?est pas une sanction contre la population?, martèle Nazir Hosany, le président dont l?association regroupe une centaine de boulangeries. C?était hier à l?hôtel Gold Nest en présence de leur conseil légal Anil Gayan, et de plusieurs dizaines de boulangers. C?est dans une ambiance quelque peu agitée que les membres de l?association ont voté à main levée ces résolutions.
Interrogé à la suite de cette décision, le porte-parole du ministère du Commerce déclarait à 17 heures que si les mesures étaient appliquées, les boulangers allaient se ?retrouver dans l?illégalité. Le Supply Control Act stipule clairement les conditions dans lesquelles ils doivent opérer?. En clair, ceux qui sont liés par un contrat pour la fourniture de pain dans les prisons, les écoles ou les hôpitaux s?exposaient à des sanctions en cas de non-respect du contrat.
A l?origine de toute cette agitation dans le secteur : la hausse de 30 sous sur chaque 100g de pain, ainsi que l?augmentation du prix de la farine. Le président de l?association des propriétaires de boulangeries souhaite que le pain maison, dont le prix est contrôlé par l?Etat, passe de Re 1,35 à Rs 2,35 soit une augmentation de 75 %. Mais ils n?ont obtenu que 22 %.
La farine, elle, passe de Rs 2,70 le demi-kilo à Rs 3,55, soit une augmentation de 30 %. ?On nous accorde une hausse de seulement 30 sous pour le pain maison. Et de l?autre côté on nous prélève 17 sous sur le prix de la farine ?, fustige le président de l?association des boulangeries, qui demande que le gouvernement revienne sur sa décision concernant la farine.
Le ministère du Commerce, de son côté, explique que pour l?année en cours la STC devra débourser Rs 452 millions pour l?importation de la farine. La contribution du gouvernement est de Rs 300 millions. Les boulangeries devront par conséquent décaisser les Rs 152 millions supplémentaires.
Bouder la STC
Pour protester contre cette mesure, qu?elle qualifie d?arbitraire, l?association des boulangeries avait affirmé, lors de son assemblée spéciale, qu?elle n?achèterait pas de farine auprès de la State Trading Corporation (STC) pendant ces deux jours. Pour enfoncer le clou, Nazir Hosany affirmait qu?une compagnie japonaise était prête à fournir à la STC de la farine à 282 dollars américains la tonne.
Mais ce serait une autre compagnie qui aurait décroché ce contrat à 294 dollars la tonne. A la STC on estime que ce raisonnement ne tient pas car il y a l?élément qualité et le facteur d?approvisionnement sur une année qui doivent primer.
Le pain maison est consommé par 80 % de la population, ce qui représente un chiffre d?affaires journalier de Rs 2,1 millions. La dernière augmentation du pain remonte à avril 2004. Les boulangers avaient obtenu une augmentation de 15 sous pour le pain maison. Mais la farine avait, elle, augmenté de 6 sous. Entre-temps, il y a eu plusieurs augmentations, dont l?électricité, le diesel ainsi que les intrants. D?où la demande des boulangers pour une hausse.
Tandis que les boulangeries et le gouvernement s?affrontent, c?est le consommateur qui risque d?en faire les frais.
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