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Les bons bergers de l?Eglise catholique
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Les bons bergers de l?Eglise catholique
L?élection du cardinal Jozef Ratzinger à la succession de Karol Wojtila comme évêque de Rome, représentant du Christ sur terre, chef spirituel d?un milliard de catholiques et une des principales références morales et religieuses du monde d?aujourd?hui, ne cesse de surprendre les médias. L?erreur à ne pas commettre serait bien sûr d?exagérer la comparaison avec son prédécesseur. Chaque pape a son style.
Nous avons pris du temps pour connaître et apprécier Jean Paul II, en dépit des commentaires défavorables que nous avons pu entendre sur sa personne. Nous devons à son successeur le même traitement : à savoir lui donner le temps de se révéler à nous par une multiplicité de gestes significatifs.
L?on peut penser que la centaine de cardinaux électeurs, originaires d?une cinquantaine de pays, n?a cessé de se demander, quel pape devaient-ils donner au catholicisme d?aujourd?hui dans ce monde qui sera le nôtre pendant la décennie à venir et même au-delà. Qui peut dire ce que sera notre monde d?ici 2015 et au-delà peut seul prédire aujourd?hui si le présent choix du Sacré Collège est inspiré ou non.
Les anciennes fonctions du cardinal Joseph Ratzinger, chef intransigeant de la congrégation pour la doctrine de la foi, pèsent d?un grand poids sur nos efforts de deviner quel pape sera-t-il pour l?Église et le monde. Il sera certainement un bon pasteur et un bon berger allemand.
La nationalité allemande du nouveau pape pèsera d?un poids éminemment historique sur son pontificat. Son élection fera remonter à la surface des pans entiers de l?histoire médiévale, sinon pré-médiévale, de la catholicité, une époque peuplée de papes, d?antipapes, d?abdications pontificales, de querelles d?investitures, de conflits des deux glaives, de mainmise du trône de saint Pierre par de puissantes familles italiennes, hostiles à un Saint Empire Germanique, se permettant des pressions tout autant illégitimes, sinon sacrilèges, sur le pouvoir spirituel de la papauté.
C?est le monde et l?Église qu?ont connu le dernier pape allemand et ses prédécesseurs. L?Allemagne est aussi le pays d?origine de la réforme protestante, entreprise par le moine Martin Luther, en réaction contre les abus auxquels se laissait aller la catholicité, dirigée alors par les Alexandre VI, les Guiliano della Rovere (Jules II), le constructeur de la basilique Saint-Pierre de Rome et d?autres souverains pontifes du même acabit. L?Église catholique a compté une demi-douzaine de papes allemands. Ils sont : le Victor II, Damase II, Clément II, Grégoire VI et Grégoire V. À ceux-là, on peut ajouter saint Léon IX et les Goths Pélage II et Boniface II.
Les événements, se déroulant alors à Rome et ailleurs, souvent douloureux, souvent regrettables, correspondent à une époque beaucoup plus troublée que la nôtre. Elle collectionne les meurtres, les sacs, les pillages, les abus d?autorité, entre autres. C?est l?époque des difficiles batailles tant temporelles que spirituelles que doit livrer la papauté médiévale pour se faire respecter (896-1049) et de son réveil (1049-1124), en attendant la querelle des deux glaives (1124-1181).
On peut parler d?une papauté en quête de sécurité matérielle et militaire pour se mettre à l?abri des abus, commis souvent à l?instigation de puissantes familles romaines. Mais pour elle, ce sera sap dan caray tonbe dan dife car le Saint Empire germanique abusera tout autant de ses fonctions de protecteur du Saint-Siège. Cela occasionnera plusieurs sacs de Rome par des armées allemandes (teutonnes) avec d?inadmissibles scènes de pillage, de viol, de meurtre et dont un des derniers remonte à 1527.
D?autres ingérences germaniques et autrichiennes se poursuivront jusqu?au milieu du XIXe siècle, allant jusqu?à s?opposer à la réunification de l?Italie, sous Garibaldi et Cavour, avec d?ailleurs la complicité des États pontificaux et de la France. Il suffit de savoir que l?Autriche se permet d?intervenir contre la prévisible élection du cardinal Rampolla del Tindaro comme successeur de Léon XIII, en août 1903. Une telle ingérence temporelle et politique laisse deviner que la présence d?un Allemand sur le trône de saint Pierre n?inspirera pas que de bons souvenirs aux Italiens et aux Romains, dont Benoît XVI est l?évêque.
Les épisodes de la Réforme protestante et de la contre-réforme catholique sont trop connus pour les rappeler ici. Il nous faut seulement espérer que Benoît XVI pourra réussir auprès de ses frères protestants, luthériens, calvinistes, anglicans, un miracle aussi bénéfique que celui attribué peut-être trop facilement à Jean Paul II, à savoir le démantèlement du Rideau de Fer. Pour ne pas être de ce métal, le rideau de malentendus et d?incompréhensions séculaires, séparant les différentes Eglises chrétiennes n?en est pas moins diviseur et contraire à la volonté évangélique du fondateur de la chrétienté qui veut que ses disciples soient un afin que le monde croit en Lui. Nous ne devons pas oublier que, dans plusieurs pays du tiers-monde, le catholicisme, comme d?autres grandes religions bien établies, est en froid avec des sectes, dites évangéliques, se livrant à un prosélytisme parfois inacceptable.
Il reste à deviner la signification qu?entend donner le cardinal Ratzinger à son choix d?un prénom bénédictin pour identifier son pontificat qu?on souhaite encore plus fructueux que ceux de ses prédécesseurs. L?on a fait référence à l?action pacifique de Benoît XV, pendant la Première Guerre mondiale, tout en gardant une stricte neutralité entre les belligérants, ainsi qu?à sa fermeté sur le plan dogmatique, renforçant la plupart des décisions anti-modernistes de son prédécesseur, saint Pie X.
Il faut aller plus loin et se tourner vers saint Benoît de Nursie (480-547), le patriarche des moines de l?Occident, fondateur de l?Ordre des Bénédictins, proclamé par Paul VI, en 1964, « saint patron de l?Europe pour avoir porté à ce continent le progrès chrétien par le Livre, la Croix et le travail ». Cela ne signifie certes pas que Benoît XVI se désintéresse du reste de l?Humanité, tout comme on peut difficilement comprendre les Nouveaux Mondes en les isolant de l?Ancien Monde et de ses précurseurs.
Un nouveau saint Benoît ne sera pas de trop pour relever les défis de la déchristianisation de l?Europe et de l?Occident, de la dégradation des m?urs, des fausses valeurs répondant davantage à des exigences de modes passagères et ne relevant d?aucune considération morale permanente.
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