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Les bonnes raisons de reconnaître l?Aapravasi Ghat

1 février 2005, 20:00

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La longue marche. C?est en 2002 que Maurice décide de prendre la route de la reconnaissance internationale. Celle du Patrimoine mondial de l?Unesco pour la ?valeur universelle exceptionnelle? de l? Aapravasi Ghat, lieu de débarquement des travailleurs engagés. Une voie parsemée d?études, de fouilles archéologiques et de complications administratives, qui a pris un tournant décisif vendredi à la suite du feu vert du cabinet.

Les ministres ont, en effet, donné leur aval pour que le dossier d?application préparé par l?Aapravasi Ghat Trust Fund soit envoyé au siège de l?Unesco à Paris. Un document de plus de 160 pages qui énumère les raisons pour que le site soit hissé au rang de patrimoine de l?humanité.

Avant de prouver la classe internationale du site, le dossier d?application soutient que l?Aapravasi Ghat répond à deux des six critères du Patrimoine mondial. Ces derniers exigent que le site proposé soit ?un exemple exceptionnel d?un type de construction, d?ensemble architectural, technologique ou de paysage qui illustre une étape marquante dans l?histoire de l?humanité.?

Pour le Trust Fund, l?Aapravasi Ghat représente le début de la ?grande expérience? initiée par le gouvernement britannique après l?abolition de l?esclavage. La man?uvre consistait à montrer la supériorité de la main-d??uvre ?libre? sur le travail des esclaves dans ses colonies.

Le document met en avant le fait que Maurice est le premier pays à avoir accueilli des travailleurs engagés, qui ont débarqué à l?Aapravasi Ghat. Le rendement de cette main-d??uvre à Maurice a, par la suite, vu l?application du système de l?engagisme dans d?autres colonies. Il montre aussi que ce type de structure n?existe plus dans d?autres pays.

<B>La gestion du site</B>

Plus qu?un lieu, le dossier d?application plaide en faveur de la reconnaissance de tout un système d?exploitation humaine. Deuxième critère invoqué : le site doit ?être associé soit directement ou de manière tangible à des événements ? ou des traditions encore vivantes, des idées, des croyances ? des ?uvres artistiques ou littéraires d?une valeur universelle exceptionnelle?. Pour l?Aapravasi Ghat Trust Fund, il est clair que ?l?engagisme représente le plus important déplacement de population dans l?océan Indien au cours du 19e siècle. Il a contribué à la création d?une société multiculturelle? dans l?île.

Le document explique que cette propriété de l?Etat est gérée par le ministère des Arts et de la Culture. La partie de l?Aapravasi Ghat qui se trouve sur les quais de Trou Fanfaron tombe sous le contrôle de la Mauritius Ports Authority. Le dossier d?application étale l?arsenal légal protégeant le site. Il cite notamment le National Heritage Fund Act 2003, le Ports Act, le Local Government Act, le Planning and Development Act, et l?Environment Protection Act tout en rappelant que l?Aapravasi Ghat est déjà couvert par l?Unesco car Maurice est signataire de la Convention portant sur le Patrimoine mondial depuis 1992.

<B>Plans de conservation </B>

Le plan, élaboré par le chapitre indien du Conseil international des monuments et des sites, organe consultatif de l?Unesco, en 2003, sera ?rigoureusement? appliqué jusqu?en juin 2005. Il inclut une étude et des fouilles archéologiques pour découvrir les structures originelles datant de 1865. Le plan fait état de cours de formation pour le personnel du Trust Fund.

L?Aapravasi Ghat est aussi concerné par le Mauritius Ports Authority Master Plan de 1996 qui contient des recommandations sur le développement de la zone portuaire jusqu?en 2015. L?Aapravasi Ghat Development Project est une partie intégrante du développement de cette zone. Des propositions sur le long terme incluent la délocalisation éventuelle du port de pêche.

<B>Sources de financement</B>

Le projet de restauration, en trois phases, est estimé à Rs 15 millions dans le document soumis à l?Unesco. Provision a été faite pour la somme initiale de Rs 2 millions dans le budget 2002-2003 pour l?Aapravasi Ghat. Le fonctionnement journalier tombe sous le coup d?une allocation budgétaire de $80000 pour l?année 2003-2004.

<B>Pressions externes</B>

Le document reconnaît une série de pressions externes qui pourraient avoir un impact à divers degrés sur le site. L?Aapravasi Ghat est ceinturé par une autoroute très fréquentée, une gare routière, de nombreux bureaux et des commerces. Autant d?activités qui pourraient rendre difficile le respect de zones tampons telles qu?exigées par l?Unesco.

La zone concernée compte aussi des monuments historiques protégés. Les zones entourant le site sont sous le contrôle de la State Property Development Corporation (SPDC) qui pense déjà à la deuxième phase du Waterfront Project. Le document rapporte que des discussions réunissant la SPDC, l?Aapravasi Ghat Trust Fund et le ministère des Arts et de la Culture sont en cours. ?Même si les bâtiments protégés sont structurellement à l?abri de la destruction, ils sont exposés à des modifications non conformes aux normes de conservation.?

Concernant les prochainestransformations sur le site, le dossier d?application propose, à terme, la mise sur pied d?un musée, d?un auditorium pouvant aussi servir de salle d?exposition, d?une cafétéria et d?une boutique de souvenirs. Les visiteurs pourront aussi louer les services d?un guide, et avoir recours à un centre de recherche généalogique, entre autres.

Des activités promotionnelles dont la préparation de panneaux, l?impression de cartes postales, des tarifs promotionnels pour des groupes scolaires et familiaux sont aussi envisagés pour porter, dans le long terme, les ambitions internationales de l?Aapravasi Ghat.

LE DOCUMENT

<B>Des dates et des éléments clés</B>

■ L??Aapravasi Ghat? a été déclaré Monument national en 1987. Il est reconnu comme Héritage national en 2003. Le ?Trust Fund?, qui le gère, a été mis sur pied en 2001. Lieu faisant office de dépôt des immigrés, il a été construit sur le site actuel, en 1849, avant de subir des modifications en 1865.

Le document présenté à l?Unesco soutient que l??Aapravasi Ghat? est ?l?exemple le plus connu d?un dépôt symbole de la migration de deux millions de travailleurs engagés de par le monde entre le 19e et le 20e siècle?. A Maurice, ce sont plus de 450 000 travailleurs engagés qui ont débarqué dans l?île entre 1834 et 1910.

Un ensemble de trois structures en pierres d?une superficie de 1640 mètres carrés à Trou Fanfaron. Il abritait, à l?origine, des bureaux du Protecteur des immigrants, le hangar pour les immigrés et des quartiers pour les sirdars. Il compte aussi un hôpital de sept chambres, une salle d?opération, des écuries, des cuisines avec cheminée et des toilettes. Moins de la moitié de la structure, telle qu?elle était en 1865 existe toujours. Ce qui n?empêche pas le site de renfermer des éléments clés de l?histoire de l?immigration indienne. Les marches, 14 au total, que les immigrés devaient grimper à leur descente de bateau sont restées comme le symbole de la porte de l?île Maurice.

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