Publicité

Les banques centrales américaines tirent la sonnette d’alarme sur l’inflation

25 octobre 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Si les marchés n’ont pas compris que le principal risque que court actuellement l’économie américaine concerne l’inflation, c’est qu’ils sont sourds. Pas moins de 12 banquiers centraux appartenant au comité de décision monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed) ou à ses banques de réserve régionales sont intervenus pour le rappeler, au cours de la semaine qui s’est achevée le vendredi 21 octobre.

Ils ont ainsi signifié à la communauté financière que la banque centrale américaine allait continuer à procéder à une hausse de ses taux d’intérêt directeurs. D’ailleurs, le rapport sur lequel la Fed va s’appuyer pour décider du niveau des taux d’intérêt lors de sa prochaine réunion monétaire, le Beige Book, a été publié mercredi. Il relève que la croissance de l’économie américaine s’est poursuivie en septembre, et ce bien que les prix de l’énergie soient toujours élevés dans toutes les régions.

A force de répéter qu’ils ont des craintes concernant l’inflation, les banquiers centraux risquent de finir par convaincre l’opinion publique américaine que la hausse des prix va durer et qu’il lui faudrait donc songer à demander des augmentations de salaires.

Or c’est précisément ce que la Fed veut à tout prix éviter : que la hausse actuelle des prix génère des attentes d’inflation future trop élevée, et que par contagion, cela se transmette aux salaires, ce que les économistes appellent une spirale “prix-salaires”.

Mardi soir, devant la Chambre de commerce de Metropolitan Trenton, dans le New Jersey, le vice-président de la Fed, Roger Ferguson, a rappelé qu’une hausse persistante des coûts de l’énergie risque d’être répercutée sur les consommateurs, qui à leur tour peuvent être tentés d’obtenir des salaires plus élevés. “Si la perspective d’une inflation à long terme se généralise (...), cela augmentera le risque qu’une spirale des prix et des salaires se mette en place”, a-t-il estimé.

Mais si les entreprises et les consommateurs pensent que la Fed ne permettra pas une hausse de l’inflation, cette possibilité va s’amoindrir, a-t-il ajouté : “Aussi la préservation de la crédibilité de la banque centrale dans sa volonté de contenir l’inflation est l’un des éléments-clés.”

“Facteurs temporaires”</B>

Une thématique que l’on retrouve dans des documents de recherche à la banque de réserve fédérale de Saint Louis. Jeremy Piger, l’un des économistes de la Fed de Saint Louis, a publié cette semaine une note de recherche dans laquelle il se demande si le fait que les citoyens anticipent un sursaut de l’inflation ne résulte pas d’une perte de crédibilité de la Fed.

Il rappelle tout d’abord que dans l’enquête de l’université du Michigan auprès des consommateurs, ceux-ci ont été interrogés sur le taux d’inflation auquel ils s’attendaient dans un an. Au mois d’août, ils avaient répondu 3,1 %, et en septembre ils avaient donné le chiffre de 4,3 %, le plus élevé depuis 1990.

Jeremy Piger rappelle en outre que des travaux de recherche économique avaient montré que, dans ce domaine, les anticipations des particuliers étaient sur les vingt dernières années aussi fiables que celles des prévisionnistes professionnels. “Auquel cas, s’interroge-t-il, les responsables de la politique monétaire à la Réserve fédérale ne doivent-ils pas s’inquiéter du dérapage de ces attentes d’inflation, qui suggèrent qu’ils ont été trop lents à resserrer la politique monétaire ces dernières années ?”

Pour répondre à cette question, il faut regarder les prévisions d’inflation sur plusieurs horizons, estime Jeremy Piger, et non pas seulement sur un an. L’enquête de l’université du Michigan montre que les attentes d’inflation sur les cinq à dix prochaines années ont, quant à elles, très peu augmenté au cours des derniers mois et ne sont pas à un niveau anormalement élevé.

Ce qui tend à montrer, conclut Jeremy Piger, que, si les consommateurs s’attendent à ce que les prix bondissent l’an prochain, cette idée est avant tout “dirigée par des facteurs temporaires, comme les prix de l’énergie, et non par une perte de confiance dans la capacité des responsables de la Fed à contrôler l’inflation dans son ensemble”.

Sur les marchés financiers, les cours des emprunts d’Etat ne reflètent pas, comme ils le devraient, les craintes d’une inflation future plus élevée. En théorie, les investisseurs devraient demander des rendements obligataires plus élevés pour compenser l’érosion de leur capital. Or ce n’est pas le cas.

Cette semaine, les rendements des emprunts d’Etat n’ont presque pas bougé. Ils ont même légèrement baissé : 4,48 % pour le taux à dix ans américain vendredi, contre 4,40 % une semaine plus tôt. Difficile d’appliquer la théorie puisque d’autres éléments entrent en jeu, comme l’abondance de liquidités mondiales, qui contrarie le mouvement de hausse des taux longs qui aurait déjà dû s’opérer depuis plusieurs mois.

Les marchés obligataires de tous les grands pays industriels sont surévalués, estiment les experts de la banque UBS, en particulier aux Etats-Unis, où l’inflation est “devenue un problème.” “Les économistes ont depuis peu un gros problème : il est très difficile de prévoir l’évolution des taux d’intérêt à long terme”, a estimé, jeudi, Andreas Hoefert, directeur de l’analyse financière d’UBS Weath Management, la filiale banque privée d’UBS.

Les achats d’obligations par les banques centrales, en particulier par la Banque de Chine, traduisent le niveau très bas des taux d’intérêt à long terme, a expliqué Andreas Hoefert. Il a ajouté que “selon son modèle, si cet effet ne jouait pas sur le marché, les taux d’intérêt à long terme américains seraient à 6,5 % et non pas à 4,5 %.”

<B>Cécile PRUDHOMME

© Le Monde 2005. Distribué par The New York Times Syndicate</B>

COURS DE CHANGES

<B>Le dollar soutenu par les profits rapatriés</B>

■ Le cours de l’euro contre dollar n’a que faiblement bougé d’un point de vue hebdomadaire. Vendredi 21 octobre, la monnaie unique s’échangeait à 1,2028 dollar, soit une baisse de 0,39 %. Ponctuellement, toutefois, l’euro a chuté sous le seuil de 1,19 dollar, mercredi, le plus bas niveau depuis trois mois, avant de récupérer ses pertes. Les économistes de BNP Paribas à Londres estiment que le dollar est soutenu par les flux liés au “Homeland Investment Act”, cette récente réglementation qui offre une réduction d’impôts sur les bénéfices rapatriés aux Etats-Unis pendant l’année. Ils pensent toutefois que l’euro trouvera un seuil technique de résistance à 1,1870 dollar. Morgan Stanley ne semble pas de cet avis, puisque son équipe économique vient de relever ses prévisions pour le dollar, considérant que la banque centrale américaine pourrait faire monter son principal taux d’intérêt l’année prochaine à son plus haut niveau depuis mars 2001. Ils prévoient l’euro à 1,16 dollar à la fin 2005 (contre 1,22 précédemment), à 1,17 d’ici à la fin mars 2006 (contre 1,24), et à 1,18 d’ici à la fin juin (contre 1,22).

Publicité