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Les anciens drogués donnent l?exemple

26 mai 2004, 20:00

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Ils se nomment Vikram, Thierry, Ahmed ou Lydia. Au Centre de solidarité pour une Nouvelle Vie, tous, toxicomanes ou animateurs, s?activent pour sortir de la voie sans issue qu?est la drogue. En n?oubliant pas le désespoir qui conduit à cet enfer, en prenant le temps de se réaliser, lentement et sûrement, en une expérience en trois étapes. ?Ces trois phases sont comme les trois étapes de l?école. La maternelle, l?école primaire et le collège? Même ceux qui ne se droguent pas gagneraient à apprendre les valeurs du Centre de solidarité ?, assure-t-on.

Vikram est au Centre de solidarité de Rose-Hill depuis trois semaines. Tous les matins, il s?y rend à 9 heures, en compagnie d?un proche qui le récupérera à 16 heures. Pour Vikram, et pendant quelques jours encore, c?est la phase initiale, celle de l?accueil. Confronté à d?autres, qui sont dans la même situation, il apprend à réajuster son comportement, à se prendre en main et à s?organiser.

?Parler pour se libérer?

Les premières heures de la journée, Vikram est responsable de l?entretien de la cour et répare la maison. Le reste du temps, il discute avec les autres ?stagiaires?. Lydia, animatrice au centre, mise beaucoup sur la communication : ?Le simple fait de parler de son envie de se droguer lui permet de s?en libérer.?

Lors de la dernière semaine à l?accueil, Vikram se prépare à aborder une deuxième étape, la communauté thérapeutique, à Solitude. La psychologue du centre nous explique : ?Il arrive parfois que les ex-toxicomanes déplacent leur dépendance. Ils ne se droguent plus mais ils dépendent de l?encadrement du centre pour ne pas rechuter. Nous voulons justement qu?ils puissent se battre seuls.? A la communauté, ils ?apprennent à mettre de l?ordre dans leur vie. Avant ils ne se souciaient pas de l?heure à laquelle ils se levaient ou mangeaient?, explique Mario, l?animateur.

Désormais le réveil est à 6 heures, le petit déjeuner une heure plus tard. ?La famille? de la communauté, répartie en petits groupes, a de nombreuses tâches, entre cuisine, lavoir, administration et cour. Ces groupes fournissent aussi le cadre de discussions où on évoque tout ce qui est sensible, comme la rechute. Chaque jour, chacun s?interroge sur ce qui l?a fait tomber dans la drogue. ?Souvent, on dit que c?est la curiosité qui pousse à se droguer. Mais quand on arrive à la communauté, on découvre les vraies raisons. Le travail accompli au centre de Solitude est beaucoup plus profond qu?à l?accueil?, témoigne Roland. ?Les toxicomanes consomment des substances pour se sortir d?un mal-être, d?un problème?, selon une psychologue. Il s?agit pour eux d?apprendre à faire face, sans recourir aux substances.

A l?administration, Thierry et Ahmed s?occupent de tout ce qui se passe dans la maison. A ce poste, ils gèrent le porte-monnaie de la famille. Ils mettent à jour le registre des arrivées et des départs de tout un chacun de l?établissement en consignant soigneusement les noms et les heures. D?une seule voix, Thierry et Ahmed trouvent ce rôle ?enrichissant? car il demande ?beaucoup de patience et de concentration.? Et Ahmed d?affirmer: ?Aster-la mo koné ki léten mo pou lor simé ek ki mo pou ena enn travay, mo pa pou rod fané. Sak ti zafer ki nou fer isi éna so limportans pou léten nou pou lor koltar .?

Le centre côté cour

?Ici, je n?apprends pas seulement à entretenir le jardin. J?ai surtout appris à réfléchir.? Si Kévin a intégré la communauté, c?est sur l?insistance de son patron. Ce dernier lui a d?ailleurs gardé son emploi. Kévin dirige une équipe de neuf autres personnes en voie de réhabilitation, au potager et au poulailler. Certains cultivent les légumes ? giraumons, chouchous et piments. Les coéquipiers de Kevin élèvent également 40 poules pondeuses. A la vente, ?ufs et légumes fourniront le revenu gagné à la sueur du front.

Côté cuisine, c?est Drishti qui s?active. Le dimanche, il élabore en petit comité le menu de la semaine. C?est son équipe qui fera les repas, mais chacun lavera ses couverts après avoir mangé. Puisque l?hygiène est aussi une des valeurs ?réapprises? au centre, David et Sunil, s?occupent du lavoir. Ils passent à la machine draps, rideaux, torchons etc. Mais comme pour la vaisselle, c?est à chaque résident de laver manuellement ses vêtements et de les repasser.

A 16 h 30, c?est la rencontre avec les animateurs du centre pour un bilan de la journée. On peut ensuite jouer au foot sur la pelouse, faire de la gym en salle ou profiter de ce temps libre pour simplement se détendre. La famille se retrouvera à 19 h 30 pour le dîner. A 21 heures, c?est l?heure du coucher.

Au sortir du centre de Solitude, certains reprennent déjà le travail et commencent à voler de leurs propres ailes dans le monde extérieur. Les ex-drogués viennent au centre de Rose-Hill régulièrement et apprennent à réintégrer la société. Mais pour tous, c?est un tournant délicat, ?le moment où ils sont le plus exposés à une rechute ?, confie Lydia.

Une fois la semaine, les parents suivent une thérapie parallèle avec deux animateurs. ?La thérapie que suivent nos familles est aussi importante que la nôtre. Nos parents sont au courant de ce que nous faisons et de nos progrès?, souligne un ex-toxicomane en phase de réinsertion. Cette thérapie parallèle apprendra aux parents l?attitude à adopter au moment du retour au foyer.

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