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Les administrations régionales perdent leur vocation première

25 septembre 2006, 00:00

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A la mi-septembre 1981, l?express conclut tristement que les administrations régionales perdent leur vocation première. Le journal de la rue Brown-Séquard allègue que plus de 75 % de leurs budgets sont absorbés par les salaires, gages, avantages marginaux et allocations diverses de leurs employés, avec pour résultat que moins de Rs 35 par tête d?habitant sont consacrées annuellement aux services. Le total des budgets des conseils municipaux et conseils de districts (ces municipalités de deuxième classe) est de Rs 139,6 millions, en 1981. Les trois quarts de cette somme iraient directement dans la poche de leurs 7 500 employés, laissant une part congrue aux services que ces collectivités locales doivent assurer et dispenser. De cette vocation de services, elles sont passées à la simple gestion d?un personnel pléthorique, sans se soucier toujours de savoir s?ils servent efficacement ou s?ils sont sous-utilisés, s?ils se considèrent comme les serviteurs dévoués de leurs administrés ou les heureux bénéficiaires d?un emploi pépère, avec seulement quelques heures de travail effectif par semaine.

La classe politique s?accommode fort bien de cette triste situation. Les préoccupations électoralistes et clientélistes de ses membres étouffent aisément les rares scrupules qu?ils pourraient nourrir à l?égard d?administrés, malheureux d?être si souvent obligés de supplier ceux qui sont payés des fonds publics pour être à leur service. Les administrés n?ont absolument pas leur mot à dire dans l?utilisation des Rs 139,6 millions allouées aux collectivités locales. Même si l?une d?entre elles daigne s?informer de leurs v?ux les plus chers et cherche à les satisfaire dans la mesure du possible, il lui faut d?abord obtenir l?aval du ministère de tutelle. Le feu vert ministériel peut dépendre alors de la question de savoir si ce dévouement local au mieux-être d?une partie de la population sert ou non les intérêts supérieurs du parti au pouvoir à l?Hôtel du gouvernement. D?ailleurs, en septembre 1981, aucun des budgets municipaux n?a encore obtenu l?approbation ministérielle, forçant les meilleurs employés municipaux ou régionaux à composer avec un budget réduit à un dixième du précédent exercice financier. Une façon comme une autre de contraindre les budgétivores à se serrer la ceinture.

Ce ministère a même renvoyé leur copie budgétaire aux municipalités de Vacoas et de Quatre-Bornes. On n?est pourtant pas à l?ère Sithanen, en septembre 1981, mais le ministère des Finances refuse à ces deux villes l?augmentation réclamée des subsides gouvernementaux. Il est vrai que Ringadoo, tout comme ses successeurs à la tête du ministère des Finances, est tenu de se plier aux diktats de bonne gouvernance que nous imposent les gendarmes financiers des pays endettés, le FMI et la Banque mondiale.

Gardons-nous de jeter la première pierre à ces derniers car la politique d?embauche dans les collectivités locales et les corps para-étatiques est des plus laxistes et accommodantes car les ministres et autres politiciens, soucieux de ne pas déplaire aux institutions de Bretton Woods, ne se gênent guère pour inonder les collectivités locales et les corps para-étatiques de véritables injonctions à recruter sur le champ tout sympathisant, tout colleur d?affiches, tout vulgaire rodère boutte, en quête de sinécure et autre casse pose. Du coup, le seuil raisonnable d?embauche, admis selon les meilleures règles de bonne gouvernance, de 35 % d?un budget global alloués aux salaires des employés, s?enfle considérablement pour atteindre les 75 %. Les pires abus concernent les heures supplémentaires qui, dans trop de cas, deviennent un double salaire déguisé.

L?express termine son réquisitoire par quelques statistiques régionales. Moka-Flacq arrive en tête sur le plan démographique avec 216 000 administrés, suivi de Grand Port/Savane (165 000), de Pamplemousses-Rivière du Rempart (160 000), du Port Louis (150 000), de BBRH (88 500), de Quatre-Bornes (59 700), de Curepipe (57 000) et de Vacoas (55 600). Inquiétant silence concernant Rodrigues et Agaléga. L?ordre diffère, bien sûr, en ce qui concerne l?ampleur budgétaire. Port Louis mène la danse avec Rs 46,4 m. de revenus et autant de dépenses, suivi de Curepipe (Rs 24,5 m.), de BBRH (Rs 20,2m.), de Q-Bornes (Rs 12,7 m.), de Vacoas (Rs 10 m.), de l?Est (Rs 8,7 m.), du Sud (Rs 7,9 m.) et du Nord (Rs 7,8 m.) On dépense donc Rs 424 par an et par Curepipien, Rs 306 par Portlouisien, Rs 228 par habitant des villes s?urs, Rs 212 par Quatrebornais, Rs 180 par Vacoassien, Rs 49 par Nordiste, Rs 48 par Sudiste et seulement Rs 40 pour chaque habitant des districts de Moka-Flacq et d?une partie de Rivière-Noire. Flagrante injustice à l?égard des populations rurales, pourrait-on penser. Il faut savoir que les subventions gouvernementales représentent environ 95% des budgets des districts, contre environ 70 % pour les villes, hormis Curepipe et BBRH qui ne reçoivent du GM que 60 % de leur budget annuel. Il n?empêche que le GM dépense Rs 259 et Rs 216 par an pour un Curepipien et un Portlouisien contre Rs 46 et Rs 38 pour un Nordiste et pour un Flacquois/Mokassien. Port Louis emploie enfin 2 000 personnes contre 1 500 pour Curepipe, 1 200 pour BBRH, 700 pour Q.-Bornes et 500 pour Vacoas et chacun des conseils de districts. Il y a donc un fonctionnaire municipal pour 38 Curepipiens, pour 74 habitants des villes s?urs, pour 75 Portlouisiens, pour 85 Quatrebornais, pour 111 Vacoassiens et un employé des districts pour 266 Nordistes, 279 Sudistes et 360 habitants de Moka-Flacq. On comprend que certains rechignent : taxe immobilière nous pas lé !

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