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?Les ACP seront chanceux d?obtenir 40 millions d?euros en 2006?

24 mars 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● Quelle est la situation sur le dossier sucre en Europe ?

L?Union européenne (UE) a adopté, en novembre dernier, la réforme de son régime sucrier. Elle aboutira en 2009-2010 à une baisse de 36 % du prix garanti dont bénéficiaient les pays ACP producteurs de sucre. Les avantages obtenus sont une réduction légèrement moindre, étalée sur quatre ans, démarrant à 5 % dès le 1er juillet 2006. En dépit de nos appréhensions, la commissaire à l?Agriculture, Mariann Fischer Boel, était déterminée à aller de l?avant.

● Y a-t-il une perception que l?UE a mené les ACP en bateau ?

La Grande-Bretagne a maintenu dès 2005 que le groupe ACP bénéficie des mesures d?accompagnement s?élevant à 100 m d?euros pour la première année et 500 m d?euros subséquemment. La commission a indiqué l?indisponibilité d?un tel montant et a offert 40 m d?euros.

Le comble est la déduction de 1,2 m d?euros sous forme de frais administratifs. Déjà, la commission s?est départie du ?montant substantiel? proposé par les Britanniques arguant que le budget 2007-2013 n?était pas encore adopté.

Quand les perspectives financières sont finalisées dans les grandes lignes, l?on a noté que le chiffre est inférieur de 20 %, reflétant la baisse générale dans le budget de la commission. Nous ne savons toujours pas où nous en sommes car la proposition de 190 millions d?euros n?a pas clairement été identifiée et isolée dans le futur budget mais incluse dans l?enveloppe de coopération générale.

De fait, les ACP s?étaient retrouvés en compétition directe avec d?autres dossiers majeurs tels que le tsunami et les pays de l?Afrique de l?Est. Il y a deux semaines, la commission n?a prévu que 130 m d?euros en 2006 pour culminer à 190 m d?euros pour 2010 à 2013.

Les ACP ont été victimes de discrimination vis-à-vis des producteurs européens, qui obtiennent 7,9 mds d?euros, et les départements outre-mer (Dom), comme l?île de la Réunion, qui toucheront deux mds pour les 280 000 tonnes de sucre produit par an. Mais les ACP, avec un quota fixe de 1,4 m de tonnes, ne percevront qu?entre 1,1 et 1,7 md. Nous sommes appelés donc à subir le coût de la réforme.

● Les ACP ne peuvent-ils aspirer à une aide semblable à celles des Européens...

En dépit du fait que les Dom ont des liens étroits avec l?Europe, ces pays sont d?une région géographique identique à la nôtre. Par exemple, St Kitts & Nevis est à moins de 200 kilomètres de la Guadeloupe. (NdlR : comme Maurice est proche de la Réunion). Donc, les conditions sont tout à fait similaires. De par le traitement disparate accordé, les ACP sont appelés à encaisser le coût de la réforme, qui se doit d?être équitable pour tout le monde.

Le Protocole sucre existe depuis 30 ans déjà. Les ACP ont tenu leurs engagements annuels. Pendant les négociations et pour privilégier une relation économique stable à long terme, nous sommes tombés d?accord pour vendre notre sucre à 40 % de moins que le prix sur le marché mondial.

● Mais les ACP ne peuvent chercher la parité car les Européens contribuent à un fonds de restructuration?

Le manque à gagner des producteurs européens après la réforme sera versé à ce fonds. Pourquoi n?en serait-il pas de même pour les ACP ? La majorité des fonds de la commission provient des anciens Etats membres. Même les raffineurs seront assistés. L?aide financière de 5 % que leur accordait l?Europe a été transférée sur notre compte.

● Nous sommes donc éligibles pour un même traitement ?

Je ne dis pas que les ACP devraient percevoir les mêmes faci-lités que les producteurs européens. Mais qu?on ne nous impose pas le poids de la réforme.

L?UE a dit que son but est de nous aider à atteindre les objectifs de développement du millénaire (NdlR : établis par les Nations unies). L?Union sait que l?industrie sucrière apporte les finances pour améliorer la qua-lité de vie de nos citoyens. Avec cette réforme, la majorité des Etats ACP producteurs de sucre devront en finir avec cette industrie. St Kitts & Nevis a mis la clé sous la porte alors que l?industrie employait 9 % de la population active et contribuait à hauteur de 28 % au PIB.

● Comment expliquer ce sentiment que les ACP vivent toujours au crochet de l?UE ?

Oui, nous dépendons encore de l?Union. Elle a quand même accès à nos marchés. L?Europe affirme à maintes reprises sa volonté de nous aider à intégrer l?économie mon-diale. D?accord. Mais pas en ajoutant un fardeau issu de leur réforme.

L?UE argue que cette réforme s?insère dans la politique de l?Organisation mondiale du commerce (OMC). Or l?OMC indique que l?Europe devrait tenir compte du respect de ses accords conclus avec les pays en développement.

Je suis d?accord que l?UE s?est agrandie. Ses priorités sont autres. Il n?empêche que l?Europe ne peut accorder un tel traitement à des partenaires économiques fiables tels que nous, les ACP.

● L?Europe et les anciens colonisateurs font toutefois peu de cas des arguments avancés?

Ils ont fait la sourde oreille tout en affirmant avoir compris notre position. Un exemple : quand nous avons rencontré le président de la commission, José Manuel Barroso, il a tenu un discours conciliant à notre égard. Le lendemain, les techniciens ont agi dans le sens opposé.

Nous ne savons pas ce qui nous attend. Soyons réalistes. Les pays ACP seront très chanceux s?ils ob-tiennent les 40 millions d?euros dès le troisième trimestre de 2006.

● Etes-vous d?accord que les technocrates de la Commission fixent une limite de 15 % par pays bénéficiaire des mesures d?accompagnement ?

C?est une décision récente. Nous ne savons pas quels sont les critères pour parvenir à un tel seuil. Quand vous négociez avec eux, ils ne disent pas toujours ce qu?ils ont en tête. Ils affichent leur prétention de consulter les représentants des ACP. Or, ils prennent les décisions et nous les communiquent. Voilà leurs ?consultations?. Notre prio-rité est de sécuriser un montant supérieur sous forme de mesures d?accompagnement.

● Mais avec cette limite de 15 %, vous êtes d?accord que Maurice, qui exporte pour 38 %, sera la plus pénalisée ?

Je dirais que Maurice, en sa capacité de plus grand exportateur de sucre ACP, perdra. C?est injuste, tout comme le fait que cette réforme est injuste pour l?ensemble des ACP.

● Avec l?application de la réforme, la production des ACP sera inférieure au quota. Comment distribuer ce volume au sein du groupe ?

Nous avons un système en place nous permettant de redistribuer tout quota non respecté par un pays. Le marché de 1,4 m de tonnes de sucre est toujours là. A ne pas oublier que les pays ACP les moins développés auront l?accès additionnel au marché européen grâce à l?initiative Everything But Arms.

Propos recueillis par Kamlesh BHUCKORY

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