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L?enquête alternative
Le DPP a-t-il ouvert la boîte de Pandore ? En demandant au commissaire de police d?enquêter sur l?ex-directeur des douanes, le Directeur des poursuites publiques (DPP) permet d?enclencher un processus qui peut aboutir à des révélations en cascade. Pour l?heure, c?est Bert Cunningham qui est mis en demeure de s?expliquer, mais un revirement de situation reste possible. Car pour démontrer le délit de diffamation dont il est soupçonné, il faut prouver que les affirmations de Bert Cunningham sont fausses.
Les enquêteurs du CCID ne possèdent pas les pouvoirs étendus que la loi confère aux commissions d?enquête, mais la compétence reconnue des effectifs de cette unité d?élite de police peut pallier les moyens inadéquats mis à leur disposition. Ceux-ci peuvent aider l?opinion publique à discerner le vrai du faux devant ces versions contradictoires sur la situation à la douane.
Il ne faut donc pas se désoler du refus du Premier ministre d?instituer une commission d?enquête composée de deux anciens juges pour faire la lumière sur les allégations de Bert Cunningham. L?enquête réclamée par le DPP offre une voie alternative pour établir la vérité à propos des critiques de Bert Cunningham. On devrait, par ce biais, savoir s?il existe réellement une «mafia institutionnalisée» à Maurice.
Dans le cadre de l?enquête qu?il a initiée hier, l?équipe du CCID, menée par l?assistant commissaire Clifford Parsad, va devoir établir si les allégations faites par Bert Cunningham sont fondées ou non avant de décider s?il y a matière à poursuite. Pour y arriver, ils seront obligés d?interroger, outre le dénonciateur, la longue série de personnalités mises en cause par ce dernier. Or, l?ancien patron de la douane dit avoir compilé un dossier lourd de 300 pages de photocopies dans lequel les noms d?une multitude de mandarins et de potentats sont cités. Tous ces personnages sont susceptibles d?aider le CCID à voir clair dans ce monde obscur que décrit Bert Cunningham. Mieux, si l?affaire aboutit à un procès contre Bert Cunningham, celui-ci pourra contre-interroger ceux qu?il incrimine dans son dossier à charge.
Il est permis d?espérer que l?on progressera dans le combat contre la corruption grâce à l?enquête du CCID. La police devra être en mesure, à l?issue de son enquête, d?expliquer les raisons pour lesquelles les cas de fraude dénoncés par Bert Cunningham n?ont pas eu de suite.
Certes, une commission d?enquête aurait donné des résultats plus rapides, mais le Premier ministre s?y oppose résolument. Pourtant, dans l?histoire contemporaine, des grandes avancées ont été réalisées grâce à des commissions d?enquête, notamment celles présidées par les anciens juges Glover (dans l?affaire Badry/Daby), Lallah (sur le recrutement de travailleurs à la veille des élections de 1982) et Rault (sur le trafic de la drogue).
L?issue de l?exercice entrepris par le CCID sera attendue avec impatience. A moins que la police décide de ne pas aller de l?avant pour cause de «lack of evidence».
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