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L?enjeu d?une réédition

10 janvier 2005, 00:00

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Qu?importe la vraie raison ? Si la réédition de La Rivière Noire, 400 ans d?histoire de Benjamin Moutou n?a pas servi de prétexte au besoin urgent d?apporter certaines corrections à la première édition, l?inverse pourrait bien ne pas être faux. Mais quoi qu?il en soit, la nouvelle version ?revue et augmentée? de cet ouvrage n?est pas le résultat d?une variation proposée sur des expressions synonymiques. Elle contient bien des rectifications concernant des détails qui relèvent des faits historiques importants, tels les noms et les dates d?événements (voir notre article plus loin). Et c?est pour cela qu?elle soulève des interrogations quant aux principes gouvernant la pratique de réédition d?un ouvrage, ici historique, donc important.

Aucune nouvelle édition ne signifie l?élimination totale de la précédente. Elle suppose une progression dans la recherche à travers biffures et corrections (ce qui montre le souci d?exactitude de la part de son auteur ? une initiative qui mérite d?être saluée). Ses premiers destinataires sont donc ces lecteurs qui possèdent déjà un exemplaire de la première édition. Or, ces mêmes lecteurs sont les premiers désabusés : ils ne peuvent voir la différence, qui pourtant est considérable, entre les deux éditions. Il n?existe dans la nouvelle édition aucune note rectificative concernant la publication des informations inexactes advenue dans la première. Si l?on excepte les quelques remarques faites par Guy Rouillard qui nous ont mis sur la piste, il nous est quasiment impossible dans un premier temps de prendre connaissance des corrections apportées par Benjamin Moutou dans cette deuxième édition.

Le lecteur, devra-t-il procéder à une lecture comparative et linéaire des deux versions simultanément pour relever les différentes rectifications ou devra-t-il tout simplement changer d?exemplaire à peine un an après ?

Certes, nous n?ignorons pas le fait que l?intention de l?auteur n?était pas de faire un ouvrage sans aucune prétention à l?exigence de l?Histoire. Comme il le note dans son avant-propos (signé de l?auteur lui-même ? ce qui est par ailleurs fort rare) : ?c?est pour lever le voile sur bien des pages non écrites et surtout mal connues de l?histoire, que nous avons pensé faire ?uvre utile en faisant mieux connaître l?histoire exaltante de la Rivière Noire (?).?

C?est pourquoi, nous sommes d?avis que notre historien aurait pu profiter de cette réédition pour combler d?autres types de lacunes, par ailleurs déjà signalées dans notre première revue de presse sur la première édition de l?ouvrage (voir l?express du 15 décembre 2003).

Répétons toutefois à notre auteur que la bibliographie aurait pu avoir une présentation plus digne d?un document historique : il est d?usage de classer les ?uvres par ordre alphabétique des noms d?auteurs et non par celui des titres surtout lorsqu?il s?agit d?une bibliographie générale et non thématique. Cela aurait évité que les différents titres d?un même auteur ne soient éparpillés à l?intérieur d?une liste bibliographique déjà pas très complète. Ainsi, trouvons-nous parmi ses propres ?uvres que cite l?auteur lui-même, quatre titres répertoriés indifféremment aux numéros 7, 33, 38 et 48.

D?autre part, nous commençons à croire que nombreux sont les historiens à Maurice qui ignorent complètement l?importance des pages d?index. C?est là une regrettable négligence qui nuit malheureusement à la qualité de l?ouvrage en tant que document historique.

La consultation devient difficile et prive le lecteur de l?aisance de vérification surtout lorsque, comme c?est le cas ici, il y a eu contestation autour de l?utilisation d?un nom propre : dans son article d?analyse qui porte sur la première édition de l?ouvrage, Guy Rouillard avait signalé qu? ?en une dizaine de fois, le prénom de Jacques Milbert figure sous celui de Jean Milbert? (voir l?express du 03 mars 2004). À cause de l?absence d?index, le lecteur a du mal à faire la part des choses. Il est temps de cesser de croire que l?index est réservé qu?à des ouvrages d?érudition.

Enfin, si la volonté de donner à son lecteur des faits historiques qui relèvent d?un souci d?exactitude de la part de Benjamin Moutou est transparente à travers cette réédition, nous ne pouvons qu?espérer que ces quelques détails feront l?objet d?une méditation pour une prochaine réédition, si toutefois celle-ci s?avère nécessaire.

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