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A l?encre de Chine
Sur papier, c?est un habitué des palaces et des projets à dix chiffres. Henry Loo, architecte, est une véritable fourmi bâtisseuse. La hargne (que La Fontaine lui prête, à la fourmi) en moins.
Au téléphone, la voix est agréable. Quand il répond, il dit son prénom. Une attitude qui lui vient peut-être du fait de tutoyer tout un réseau d?investisseurs hongkongais et singapouriens. De brasser des projets prestigieux. Tels que l?Infinity Tower en construction à Ebène ou encore l?hôtel Palmar et quelques-uns des Integrated Resort Schemes qui verront très bientôt le jour.
Son empire à lui, c?est aussi la réalisation du complexe Lakepoint et le Casino de Maurice à Curepipe. L?homme, lui, est étonnant de simplicité. Rien de clinquant chez lui. Ni sa voiture, ni son portable.
«Malgré toutes les contingences de la vie et les contraintes du business, le plus important est de savoir qu?est-ce qui est urgent et qu?est-ce qui est important.»
Mais ne lui demandez pas ce que c?est que sa griffe. Henry Loo est un homme d?affaires à succès. Donc pratique. Lui, ne cherche pas à imposer ni forme ni couleurs aux clients. Affirmant qu?il ne travaille qu?en fonction du budget du client.
Avoir les moyens. Henry Loo, lui, n?a pas oublié qu?il n?en a pas toujours eu. Il n?a pas oublié ses origines modestes. Son enfance avec six frères et s?urs, dans la boutique de ses parents à Vacoas. Ni les anniversaires où «le cadeau était un ?uf bouilli avec du siaow». Ni les jeux simples inventés par la nécessité. Ni les sacrifices de toute sa famille, pour lui payer ses six ans d?études en architecture à Marseille.
Un peu par nostalgie et beaucoup par envie, Henry Loo décide donc de raconter son histoire, mais aussi celle des milliers de Chinois venus s?installer à Maurice. Le Chinese heritage centre, situé au c?ur de Chinatown, dans l?ancienne pagode Fok Diack à l?angle des rues Emmanuel Anquetil et Rémy Ollier, ouvrira ses portes le 6 février prochain.
Pour le réaliser, l?initiateur du projet a cherché les lumières de l?historienne Huguette Ly Tio Fane-Pineo. Encore en phase d?aménagement, Henry Loo nous fait néanmoins les honneurs de son musée. Chaque pièce, chaque objet a une histoire. Comme cette assiette en aluminium un peu bosselée ? qui ressemble à la sienne, quand il était petit. Ou encore la vieille bicyclette de son père, celle sur laquelle son père traversait Vacoas pour l?emmener à l?école.
«Un investissement que, parole de Loo, Henry affirme avoir mis un point d?honneur à rembourser jusqu?au dernier sou.»
Accroché à une fenêtre, deux paniers reliés par un bambou. «C?est une bonnefemme de plus de 80 ans qui me les a donnés. Elle m?a raconté qu?enfant, son père la mettait dans un panier, mettait des cailloux dans l?autre, l?emmenait au marché, remplaçait les cailloux par des légumes et la ramenait à la maison. Si elle ne m?avait pas donné ces paniers, ils auraient sans doute fini dans une poubelle».
Pour ne pas avoir à vider les poubelles de l?Histoire, Henry Loo préfère jouer la carte du souvenir utile. Le déclic : une visite au Chinatown de Singapour. Où se trouve un musée de l?immigration chinoise. «Quand j?ai vu un réchaud de charbon, je me suis souvenu que moi aussi, enfant, je soufflais dans le pookni». Et si lui avait été touché, alors pourquoi pas d?autres, et pourquoi ne pas partager l?idée.
Après avoir «testé le marché» comme il dit, lors d?une conférence qu?il donna au siège de la société Hua Lien à Quatre Bornes, Henry Loo est convaincu qu?il faut persévérer. «Beaucoup de monde disait qu?il en avait eu l?idée aussi.»
Son génie de la construction ? sa passion précise-t-il ? aidant, voilà qu?Henry Loo se met en tête, il y a deux ans, de contredire «tous ces gens qui disent qu?il n?y a rien à visiter dans Chinatown à part les restaurants».
L?architecte n?est pas de la race de ceux qui font traîner les choses. A son contact, on sent vite que l?univers d?Henry Loo c?est l?efficacité. Ce n?est pas pour rien qu?il a été président de l?association des architectes deux ans de suite, en 2005 et 2006, en sus d?avoir remporté le Most Outstanding President Award, à la fois sur le plan national et international, au concours organisé par la Jeune chambre.
Et qu?il partage son temps entre ses fonctions de sénateur de la Jeune chambre international et de formateur, c?est qu?il ne jure que par Steven Covey, guru de la gestion du temps. Car au final, malgré toutes les contingences de la vie et les contraintes du business, le plus important est de savoir «qu?est-ce qui est urgent et qu?est-ce qui est important». D?établir ses priorités.
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