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Le « Prevokbek » à la rescousse des recalés

16 janvier 2005, 00:00

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Demain, 17 collèges du Bureau d?éducation catholique (BEC) utiliseront une pédagogie nouvelle pour les classes pré-professionnelles. Le créole y trouvera une place prépondérante.

Queency Margoton, 12 ans, ne tient pas en place. Il lui tarde d?être à demain pour étrenner son bel uniforme à carreaux bleus et ses chaussures neuves. Malgré une certaine appréhension, elle a hâte de connaître son école, le collège de Lorette de Port-Louis, où elle a été inscrite en classe pré-professionnelle. « Li excité », affirme Marie-Lourdes, sa mère. « Queency ine fail CPE deux fois, li pa telma débrouillé dan lir ek ékrir. Mé li envi appran. »

Au bloc B4 de la cité Roche-Bois, la fierté et l?espoir se lisent sur les visages de chaque membre de la famille. Mais c?est Marie-Lourdes qui parvient à mettre les mots sur ce qu?elle ressent.

« Mo bien satisfait, mo léker mama content. O moins, aster, li pa pou honté li pa kone lir. » On en parle moins, mais ce projet aidera aussi à redonner confiance aux jeunes qui n?ont connu que des échecs scolaires.

Le vécu de l?enfant

Demain marque donc une nouvelle étape dans la vie de Queency. Avec 449 autres jeunes, elle sera parmi les premiers élèves à suivre des cours du Prevokbek, le nouveau projet d?éducation du BEC pour ses classes pré-professionnelles. Ces cours, inspirés des modules proposés par le ministère de l?Education, seront dispensés dans ses 17 collèges.

La particularité de ce projet ? Elle repose sur l?utilisation de la langue créole comme médium d?enseignement. Une perspective qui a l?air de plaire à Queency. « Mo pensé li pou plis fasil pou mo compran », dit-elle timidement.

Elle n?a pas tort. L?équipe de six personnes ? Claudette Commarmond, Marjorie Desveaux, Marjorie Legentil, Yann Ramdoni, David Coy, Danielle Palmyre-Florigny ? responsable du projet, a tout mis en ?uvre pour permettre aux jeunes d?acquérir les bases nécessaires à l?écriture et à la lecture de l?anglais et du créole. L?apprentissage s?appuie sur le vécu de l?enfant ? les mots qu?il utilise tous les jours ? pour aller vers l?abstrait, la grammaire. Le tout est agrémenté d?activités et d?exercices pour rendre les cours moins « ennuyeux ». Afin de respecter l?espacement de l?apprentissage, il ne sera pas demandé aux élèves de savoir lire et écrire en français, mais seulement de bien parler la langue.

L?enseignement des langues est aussi accompagné d?une initiation à la chose littéraire. Par exemple, pour les cours de littérature créole, plusieurs ?uvres comme Ti-Pier Dezorder et Ti-Prins ont été publiées récemment. Zistwar-Fab Tonton Ezop et Zistwar-Tonton Grimm vont suivre.

Les cours seront agrémentés d?activités et de jeux ludiques. Les enseignants n?écartent pas la possibilité d?utiliser des sirandanes ou des images simples, histoire de rendre les cours plus intéressants. D?ailleurs, pendant la formation des professeurs au projet Prevokbek en décembre dernier, ces derniers ont révélé des talents jusque-là cachés. Certains ont utilisé le langage du corps, le théâtre pour montrer, par exemple, comment épeler un mot. « Le projet Prevokbek est prophétique dans le sens où il ouvre la porte vers des horizons nouveaux et qu?il génère une créativité que je n?ai pas vue en 45 ans de carrière ! Je crois qu?on est en train de briser les menottes de l?esprit », s?émerveille Dev Virahsawmy, coordonnateur du projet et responsable de la partie littérature.

Depuis ce jour, les enseignants, comme poussés par une force irrésistible, ont commencé à écrire et traduire des poèmes pour qu?ils soient inclus dans le programme scolaire. « C?est extraordinaire. Il y a un enthousiasme au niveau de la créativité que l?on ressent avec force », ajoute-t-il.

Pour Queency le rêve est permis

Après quatre années d?études, les élèves obtiendront un Lower School Certificate. Trois options se présenteront à eux : intégrer le mainstream pour passer plus tard les examens du SC et du HSC, ou se faire inscrire dans une institution pour suivre une formation technique. Ceux qui sont intéressés pourront se préparer à créer leur propre entreprise.

« Nous espérons que les élèves se sentent revalorisés après ces quatre années d?études. Que ces connaissances acquises développent en eux l?envie d?aller plus loin », affirme Claudette Commarmond, responsable de la partie mathématiques. Pour Queency, le rêve est maintenant permis. Elle sera enseignante à l?école primaire?

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