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Le « gourou » nazi face à la justice

20 mars 2005, 00:00

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L?ex-caporal nazi Paul Schaefer, condamné par contumace pour pédophilie au Chili et accusé de tortures pendant la dictature d?Augusto Pinochet (1973-1990), fondateur de la mystérieuse Colonia Dignidad, devra faire face à la justice.

En fuite depuis 1996, l?ancien sous-officier du IIIe Reich, âgé de 83 ans, faisait l?objet d?un mandat d?arrêt international. Il avait été arrêté le 10 mars dans une maison de Tortuguitas, à une quarantaine de kilomètres au nord de Buenos Aires.

Après avoir fui l?Allemagne, où il était recherché pour pédophilie, Paul Schaefer s?était réfugié au Chili où il avait fondé, en 1961, en compagnie de quelques adeptes, la mystérieuse Colonia Digni-dad, à 350 km au sud de Santiago.

Les activités suspectes de cette « colonie » ? mi-secte, mi-camp de travail ? ont défrayé la chronique à plusieurs reprises depuis quarante ans. Son fondateur est accusé de sévices sexuels sur des mineurs et soupçonné de fraude fiscale, trafic d?armes, manipulations génétiques et esclavage.

Selon la justice chilienne, Paul Schaefer utilisait « la religion comme moyen de soumission ». « Le viol était un instrument pour garantir la loyauté entre dominants et dominés au sein de la colonie. »

Des organisations de défense des droits de l?homme et des députés socialistes avaient affirmé, en 1997, que les cadavres de 112 opposants à la dictature militaire, enlevés par la Dina, la redoutable police secrète d?Augusto Pinochet, auraient été enterrés à l?intérieur de la vaste enclave néo-nazie.

« L?oncle permanent » paraissait invulnerable

En 1991, après la fin du régime Pinochet, la colonie avait perdu son statut de société de bienfaisance. Rebaptisée Villa Bavaria, elle a continué à fonctionner en autarcie avec quelque 300 habitants cultivant leurs terres et ayant leur propre hôpital, leur école et leur barrage pour produire l?électricité. « C?est un immense empire économique, présent dans plus d?une centaine d?entreprises actives dans la construction, les supermarchés, des mines d?uranium et de titane, des flottes de transport et des biens immobiliers », pointe le sénateur socialiste chilien Jaime Naranjo, qui travaille sur le dossier depuis les années 1960. Baptisé par ses adeptes « l?oncle permanent » Schaefer paraissait invulnérable.

L?expulsion rapide de Paul Schaefer a été rendue possible par la nouvelle loi argentine sur l?immigration, adoptée en janvier, qui prescrit que tout étranger peut être transféré s?il est accusé par un autre pays de « crimes contre l?humanité ».

■ @ 2 005 Le Monde ? Christine LEGRAND Distribué par The New York Times Syndicate

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