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Le « Board of Investment » est-il un frein à l?investissement ?
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Le « Board of Investment » est-il un frein à l?investissement ?
Prem Nababsing Président du conseil d?administration du « Board of Investment »
Que répondez-vous à ceux qui estiment que le Board of Investment (BOI) freine l?investissement ?
Ceux qui pensent que le Board of Investment est un frein à l?investissement ne savent pas de quoi ils parlent. Aux termes de l?Investment Promotion Act de l?an 2000, nous sommes par excellence l?organisme qui détient tous les droits et les pouvoirs pour faciliter l?installation des investisseurs étrangers à Maurice. Le rapport annuel rendra bientôt compte de nos réalisations. D?ores et déjà, je peux indiquer que nous avons approuvé une centaine de projets pour l?année 2001-2002. Il y en a eu autant pour l?année suivante. Je suis satisfait de la performance du BOI.
À vous entendre, on dirait que la lenteur administrative n?existe pas ?
Cette lenteur ne vient pas de chez nous. J?ai toujours demandé qu?on me cite le cas d?un seul investisseur dont l?approbation du projet dépend uniquement du BOI et qui a pris du retard. Il n?y a aucun projet dont la mise en route dépend seulement du BOI et qui dort dans un tiroir. Sur trois ans, il y a eu 90 réunions. C?est une indication de notre souci d?approuver les projets dès qu?ils sont recommandés par le comité technique chargé de les examiner.
Les critiques sont-elles donc non fondées ?
Pas du tout. La plupart des critiques proviennent des investisseurs potentiels mauriciens. Celles des investisseurs étrangers sont comparativement moins nombreuses. Presque tous les projets soumis par des investisseurs mauriciens requièrent une autorisation pour la conversion du statut des terrains, la redéfinition de la zone où se situe le terrain identifié pour installer le projet, la location à bail d?un terrain de l?Etat. Toutes ces autorisations sont obtenues auprès du board. Elles prennent du temps avant d?être finalisées. Après, le board ne tarde pas à approuver le projet. Le problème se trouve en amont et non en aval. En d?autres termes, lorsqu?un promoteur soumet un projet au board, il est en attente des autorisations qui ne relèvent pas de notre compétence. D?où l?origine du goulot d?étranglement.
En clair, le one-stop shop n?a pas donné les résultats escomptés ?
Lorsque certains membres du secteur privé déclarent, comme ils l?ont fait le 31 janvier au Domaine Les Pailles, que le one-stop shop ne marche pas, ils se réfèrent de toute évidence aux retards rencontrés par rapport à l?approbation des différents permis. Le one-stop shop a pour mission d?accélérer le processus ayant trait à l?approbation de divers permis : entre autres, du permis de construction, de la licence pour se lancer dans une activité commerciale, des permis de développement, de l?autorisation de convertir le statut d?un terrain. Cela n?a rien à voir avec les procédures propres au BOI. Les autorités concernées se trouvent ailleurs.
Y a-t-il un délai pour approuver les projets qui dépendent uniquement du BOI ?
Évidemment. Si un investisseur passe par le BOI pour obtenir les autorisations nécessaires auprès des autorités (ministères, municipalités, Central Electricity Board, Central Water Authority), celles-ci doivent nous répondre dans un délai de quatre semaines. Ce délai est de huit semaines pour les autorisations liées à l?environnement. L?Investment Promotion Act ne nous donne aucun autre pouvoir. Nous ne pouvons pas accélérer les choses en ce qui concerne, par exemple, une demande pour la conversion du statut des terres, la redéfinition de la zone du terrain identifié par le promoteur ou même pour l?aider à obtenir un terrain à bail.
Certains estiment que le style de promotion du BOI n?est pas aussi percutant que celui de l?ancienne Mauritius Export Processing Zone Association (Media). Qu?en pensez-vous ?
Le contexte dans lequel évoluait la Media est différent de celui du BOI. Sa mission n?était pas la même. La Media faisait de la promotion pour l?exportation et pour attirer les investisseurs étrangers. Le BOI s?occupe exclusivement de promouvoir Maurice comme destination idéale pour l?investissement étranger. À l?époque, les efforts étaient concentrés sur le textile. Actuellement, notre préoccupation majeure est de développer le secteur informatique. Les données ont donc changé. Nous sommes nouveaux dans ce secteur. Les investisseurs ne sont pas les mêmes. Nous évoluons dans un secteur où la compétition est extrêmement féroce. Notre contrainte majeure, c?est l?absence de main-d??uvre qualifiée. Et ce problème ne peut pas être résolu du jour au lendemain.
Deva Armoogum Directeur du cabinet de services et de conseils KPMG Peat Marwick International Ltd
Pourquoi estimez-vous que le Board of Investment est un frein à l?investissement ?
C?est une perception. Le Board of Investment est obligé de s?assurer que les investisseurs respectent les règlements existants. Il ne peut pas les outrepasser. Il nous est déjà arrivé d?attendre un an après l?approbation du projet de l?un de nos clients par le Board of Investment, avant d?obtenir l?autorisation des autres autorités, telles que le bureau du Premier ministre, le ministère de l?Industrie, la municipalité, etc. Ce sont les procédures administratives qui prennent du temps. S?il y a un facteur qui freine l?élan des investisseurs potentiels, c?est bien cette lourdeur administrative.
Quelle est alors la source de cette perception ?
Seuls les investisseurs dont les projets n?ont pas abouti peuvent répondre à une telle question. Cependant, cette perception peut être l?expression de l?idée que les investisseurs se font de la mission même du BOI. Il y a des projets d?envergure qui ont pris beaucoup de temps avant de se matérialiser. On peut citer le cas d?Integrated Resorts Scheme. Ce retard s?explique par les considérations économiques, sociales et politiques que nécessite la mise en place de tels projets. Lorsqu?on argue que le BOI est un frein à l?investissement, on est tenté de conclure que les projets d?investissement sont si nombreux que le board est contraint de les bloquer. Mes renseignements indiquent que les investisseurs ne font pas la queue devant sa porte.
Le BOI n?est-il pas en train de faire sa première crise de croissance ?
Il a un double rôle aux termes de l?Investment Promotion Act de l?an 2000 : celui de facilitateur et celui de promoteur. Jusqu?ici, le rôle de promoteur n?a pas été aussi visible qu?on l?aurait souhaité. Je me suis mis dans la peau d?un investisseur étranger dont le seul moyen d?établir un premier contact direct avec Maurice est l?internet.
En entrant sur le portail officiel du gouvernement, il n?y a aucune indication de l?existence du BOI. L?adresse de cet organisme aurait dû paraître en tête de liste sur le portail du gouvernement. L?heure n?est plus à l?organisation de grandes manifestations de promotion comme les road shows. Le potentiel de l?autoroute de l?information n?a pas été exploité comme il se doit.
N?êtes-vous pas un de ces nostalgiques du style de promotion de l?ex-Mauritius Export Processing Zone Association ?
On aurait tort de croire que Maurice n?a pas autant d?atouts qu?au temps où le textile représentait un espoir certain. Une enquête, commanditée par une institution internationale et dont les résultats n?ont pas été encore publiés, place Maurice en première place comme destination à l?investissement dans les domaines de l?agriculture et du tourisme par exemple. Ce n?est pas rien lorsque ses concurrents ont pour nom des pays tels que l?Inde, Dubayy, l?Irlande, les Seychelles, l?Afrique du Sud, la Namibie, le Mozambique. La concurrence est certes féroce, mais Maurice a des atouts qui lui permettent de prétendre avoir une place de choix aux yeux des investisseurs potentiels.
De quoi souffre le board ?
Une étude commandée par une organisation internationale sur la politique d?investissement de Maurice attribue au BOI le rôle de super agence en matière de promotion de Maurice. Le board n?est pas en train de jouer ce rôle même au niveau local. La disparité entre le taux d?investissement et le taux d?épargne indique que l?argent existe mais qu?il n?est pas investi.
C?est le secteur public qui prend les devants en matière d?investissement. Le rôle du board en ce qui concerne l?élaboration de la politique et de la stratégie en matière d?investissement est capital. C?est dans le consensus avec toutes les parties concernées que le board doit dégager sa stratégie d?investissement. Il doit être proactif autant sur le plan local que sur le plan international. Son site web doit être plus visible. Il lui faut sensibiliser l?opinion publique. Il faut définir avec précision ce que l?on attend du board.
Croyez-vous sincèrement que le Board of Investment dispose des compétences pour engager une telle réflexion ?
Cette difficulté se pose non seulement au Board of Investment seulement mais à l?ensemble de l?île Maurice. Il nous faut faire appel aux compétences dont nous ne disposons pas. Le board ne doit pas être le seul à engager une telle réflexion. Celle-ci doit être une initiative nationale. Elle doit impliquer les compétences de toutes les parties concernées par la promotion de l?investissement.
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