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Le voile de la ?séparation?

30 octobre 2006, 00:00

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Le débat actuel sur le niqab au Royaume-Uni prolonge celui entamé dans d?autres pays européens. Ceux-ci sont confrontés, à des degrés divers à la même question, face à des voiles qui se sont faits plus nombreux ces dernières années et sont devenus parfois la marque la plus visible d?une ?séparation? des communautés, selon les termes du Premier ministre britannique Tony Blair. Il a récemment souligné que derrière la question du voile se dessinait un débat plus large, ?sur la relation entre notre société et comment la communauté musulmane s?y intègre?. Au Royaume-Uni, où les attentats de juillet 2005 ont remis en cause le modèle ?multiculturel? , le débat s?est concentré ces derniers jours sur le niqab, tenue islamique marginale, qui ne laisse voir que les yeux : une institutrice de 24 ans, Aishah Azmi, a été suspendue après avoir refusé de l?enlever en classe. Les prud?hommes locaux ont refusé l?argument qu?elle avait été victime de discrimination, mettant en avant l?intérêt des enfants. Comme dans d?autres pays européens, le gouvernement a laissé aux autorités locales la responsabilité de la décision. Quelque 1,6 million de musulmans vivent au Royaume-Uni, majoritairement pakistanais et bangladais. La France, pays européen avec la plus forte proportion de musulmans (environ 5 millions), est à ce jour l?un des rares à avoir légiféré au niveau national, interdisant en mars 2004 le port de signes religieux ostentatoires à l?école publique, dont le hijab, voile qui laisse l?essentiel du visage dégagé. Le niqab commence également à susciter un malaise. Aux Pays-Bas, où 5,8% de la population est musulmane et où les fonctionnaires peuvent porter le voile sauf ?si celui-ci interfère avec la sécurité, la fonctionnalité ou l?impartialité?, le débat se concentre également désormais sur la burqa (version afghane du niqab), même si minoritaire. Le Parlement, il y a un an, a voté pour l?interdire dans les lieux publics, mais la mesure n?est pas encore appliquée, le ministère de la Justice estimant qu?elle est en contradiction avec la loi antidiscrimination. En Allemagne, où vivent 3,2 millions de musulmans majoritairement turcs, le débat dure aussi depuis plusieurs années. Certains länders ont changé la loi et d?autres sont en train de légiférer en vue d?interdire de manière plus ou moins stricte les signes religieux à l?école. Si le tribunal administratif de Stuttgart a autorisé en juillet une institutrice convertie à porter le foulard islamique dans une école publique, plusieurs personnalités allemandes d?origine turque ont appelé les musulmanes allemandes à abandonner le foulard, pour marquer leur intégration. En Belgique, où les musulmans représentent 4,5% de la population, la question du voile revient aussi, mais la réglementation en incombe aux autorités locales. Un petit nombre de communes ont interdit la burqa ou d?autres vêtements masquant entièrement le visage, en se basant sur des règlements de police prévus pour réglementer... le port des masques de carnaval. Et le débat fait rage en Turquie, pays musulman à 99%, mais strictement laïc, où les voiles sont interdits dans les universités et la Fonction publique. Le pays est profondément divisé sur la question.

Le Monde 2006. Distribué par The New York Times Syndicate

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