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Le temps d?une réforme de la police

16 mai 2004, 20:00

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Il n?est plus besoin de lire entre les lignes dans les journaux pour comprendre qu?une bonne partie de la force policière ne se conduit pas d?une façon digne d?une vraie démocratie. Il est important bien sûr d?insister sur le fait qu?il s?agit d?une partie seulement, et ce afin de ne pas offenser les nombreux policiers intègres qui doivent se battre sur tous les fronts : contre les malfrats, l?opinion publique, et aussi certains de leurs collègues, parfois des supérieurs contre lesquels ils ne peuvent pas grand-chose.

Pitié, ne nous dites pas que c?est partout pareil! Primo parce que même si c?était le cas, la police n?aurais pas à suivre les pires exemples des républiques dites bananières. Secundo, parce que des cas nous arrivent tous les jours par voie de presse et par ouï-dire, de brutalité policière, d?exactions en tout genre, d?insultes proférées par des hommes en uniforme.

Il n?est pas une famille mauricienne qui ne puisse rapporter plusieurs histoires de ce genre les ayant touchés eux ou leurs voisins. Et dans la majorité des cas, parce que les gens ont peur, parce qu?on peut leur faire encore plus de tort, les victimes s?écrasent. Un jeune homme est malmené, tabassé par trois policiers dans un village. Il a tort. Le magistrat ne lui laissera pas un milliardième de seconde pour qu?il ose accuser la police. Dans ce cas de figure, les policiers devancent toujours leur victime et mettent un ?case? sur son dos. Quant à déposer plainte ? Il faut aller à l?hôpital, remplir un formulaire, retourner à la police pour accuser la police.

Le plus écoeurant est que cette vulnérabilité concerne surtout les ti-dimounes, qui n?ont pas d?avocat, pas de moyens, peu de connaissance de leurs droits. Les brebis galeuses de la police sont en effet très sélectives pour éviter les retours de bâton. Du coup, les notables ont du mal à réaliser à quel point la majorité des gens n?a aucun recours contre les dominères à galons.

Quant au judiciaire, qui doit s?appuyer quotidiennement sur la police, il préfère détourner le regard et s?en tenir aux textes de loi pour une application stricte. Après tout, la loi est la loi, même si une simple lecture des diverses peines infligées à diverses personnes pour les mêmes crimes et délits suffit à comprendre que c?est la subjectivité qui fait autorité.

Le dernier élément gênant est le mauvais signal donné par les gouvernements lorsque des incidents surviennent avec une responsabilité évidente de la part de policiers. On sent les autorités embarrassées. Il y a très peu de punis, trop peu de mises à pied. Et puis on oublie. Mais qu?en est-il des victimes, des gens humiliés et blessés, des familles détruites et des condamnés à de lourdes peines qui se sont trouvés au mauvais endroit au mauvais moment ?

Le sujet est intarissable. Les exemples sont légions. L?opinion publique n?est pas aveugle. Ce dont le pays a besoin, c?est d?un gouvernement qui ose faire le grand ménage et qui organise une véritable réforme de la police. Là, on pourra parler de démocratie. Le peuple mauricien n?aura plus peur de sa police. Il en sera même fier.

J.K.

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