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Le temps des expériences
Élevons le débat au-delà du parlementarisme qui le caractérise depuis toujours. Les nominations politiques sont l?occasion de mesurer le déficit de compétences du bestiaire politique. Certes, quelques esprits brillants viennent atténuer la palilalie qui ponctue l?intervention d?un bon nombre de nominés. Cependant, cela ne suffit pas pour faire oublier le crétinisme ambiant. Il n?est pas seulement question ici de nominations politiques mais aussi de certaines désignations à des responsabilités ministérielles. Nos décideurs politiques semblent décidément avoir besoin d?un certain idiotisme pour briller. Plus sérieusement, ils ne cessent d?utiliser ce créneau des nominations pour récompenser leurs fidèles. Si c?est cela la grande démocratie exemplaire à la mauricienne, il y a de quoi désespérer?
L?exercice des nominations cette année a, comme il fallait s?y attendre, suscité des haut-le-c?ur chez l?opposition. Qu?elles soient justifiées ou non, ces réactions témoignent de l?exaspération du leader de l?opposition. Mais Paul Bérenger devrait quand même nous expliquer comment des caciques ont pu sauver leur peau au sein des instances dirigeantes de son parti, malgré le désaveu de son assemblée des délégués. Le critère derrière les nominations, qu?elles soient au sein d?un parti ou au sein d?un gouvernement, reste très obscur pour les profanes que nous sommes, voire, serions-nous tentés de le penser, elles font partie de la logique de nomination de bas étage.
Restent que les nominations que vient d?effectuer Navin Ramgoolam marquent un nouveau statu quo en termes de la qualité des ressources mises à contribution pour faire avancer le pays. Il y a de quoi être pessimistes et entrevoir un avenir des plus sombres à un moment où il nous faut impérativement nous débarrasser de ce nombrilisme insulaire qui est en totale opposition avec le processus de l?ouverture. C?est un mal profond dont souffre ce pays. A tous les niveaux. En politique d?abord, où le seul canon de la fidélité et des liens de famille suffit pour combler les postes à pourvoir, une fois qu?on se retrouve au pouvoir. Et aucun politique ne peut nous contredire. A chaque nouvelle législature, ils nous annoncent ad nauseam qu?ils désigneront des individus qui leur sont à la fois fidèles et compétents. On a pu vérifier au fil des ans les limites de cette argumentation. Il est vrai que c?est une pratique courante, même dans les plus grandes démocraties. La confiance est, en effet, un élément primordial au moment de faire des choix. Mais il y existe une propension à accueillir la société civile, à prendre en compte les compétences qui ne figurent pas au sein du Landerneau politique et à accepter une remise en question de l?establishment en l?ouvrant à des individus qui ont une culture de rejet de la chose politique.
Ce sont là les conditions nécessaires au renouvellement, à la réforme et à l?introspection. Ces conditions-là sont complètement absentes de la vie politique mauricienne. Ici, on est soit avec les leaders et dirigeants politiques, soit dans le camp des théoriciens et moralistes qui ne comprennent rien aux susceptibilités et aux complexités de la société mauricienne. Le mal ne se limite pas aux seuls politiques. On le vérifie également au niveau des entreprises où, souvent, les liens de sang ont raison des impératifs financiers.
C?est très irrévérencieusement que nous affirmons ici qu?il est temps de changer de logique. L?Ile Maurice n?est plus seulement une ancienne colonie. Elle ne peut pas non plus être éternellement à la solde d?une élite de pseudo techniciens et d?une communauté de rentiers. Alors, prenons le pari de nouvelles expériences. C?est un pays qui doit retrouver confiance. La confiance qu?inspirent les gens aux politiques est secondaire à cette urgence.
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