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Le temps de la sagesse

7 octobre 2003, 20:00

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D?où vient ce sentiment que Sir Anerood Jugnauth donne une autre dimension à l?institution suprême de l?Etat qu?est la présidence ? D?où vient l?impression que cet habit est taillé à sa mesure alors qu?il flottait un peu sur les épaules de ses prédécesseurs ? Ceux-là n?avaient-ils pas l?étoffe de président, eux qui ont rempli honorablement leurs responsabilités et qui ont servi avec désintéressement la nation?

Sans doute, les précédents détenteurs du titre le devaient-ils à leur appartenance et à l?allégeance à leur parti, avant toute chose. En laissant ainsi ces seuls calculs dicter leurs choix, les dirigeants politiques auront toujours en quelque sorte tronqué la fonction suprême de l?Etat, avec le consentement de la population. Ce qui s?est passé hier a ?restitué? à la présidence tout son prestige.

Hier, toute la part d?hommage, de reconnaissance pour service rendu à l?Etat que revêt le geste de désigner un président a pris tout son sens. C?est tout à l?honneur de cette population d?avoir permis que soit ainsi récompensé Sir Anerood Jugnauth. Il lui revenait d?être chef de la République plus qu?à n?importe qui parce qu?il a contribué plus que n?importe qui à la mettre debout et à la faire avancer.

Cette avancée sur le plan de la démocratie que le pays a franchi hier, il est fort malheureux que l?opposition ait refusé de le reconnaître. Mais plus grave encore, c?est l?institution même qu?elle a bafouée en s?abstenant d?être présente à la cérémonie. La manière dont elle se joue du protocole ne peut être qu?interprété comme un manque de respect pour le pays et ses citoyens. Si elle se présente demain à l?Assemblée nationale sans avoir accepté de reconnaître officiellement l?autorité du chef de l?Etat, c?est sa fonction même qu?elle ridiculise.

Exception faite du Parti travailliste, le pays reconnaît dès ce matin, Sir Anerood comme président. Sera-t-il un bon président ? Ses adversaires ont souvent dit de lui qu?il n?avait pas la carrure d?un chef d?Etat parce qu?il n?est pas un homme de lettres, prompt à philosopher sur la vie et sur la politique. Dans le rôle de ministre, on ne lui demandait pas de la finesse. On lui demandait de savoir trancher, d?avoir le courage de prendre les décisions impopulaires. Et il a amplement prouvé qu?il en était capable, au risque parfois d?aller contre les conseils de ses collaborateurs. Mais à la présidence, où tout n?est que discours, aura-t-il la même aisance ?

Si Anerood Jugnauth n?a pas la manière, il a la sagesse et la connaissance de la population qui lui dictera les attitudes à avoir pour mener cette population. Ce sont les traits de caractère qu?on lui demande pour assumer les nouvelles fonctions que la Consitution stipule désormais de manière fort explicite : le ?nation building?. Et ce n?est pas une mince fonction à ce stade de notre histoire où certaines structures ayant assuré notre stabilité, trente années durant, se mettent à tomber.

Le pays est appelé à changer. Un Premier ministre qui ne vient pas de la classe majoritaire, une école qui ne doit plus considérer le critère religieux pour l?admission, un débat qui s?amorce sur l?abandon du ?best loser system?? La confrontation entre un ?postethnic way of life? et un certain tradionnalisme risquent d?être notre plus grand challenge pour le 21e siècle. Un vent de changement souffle sur les mentalités. Le président, qui rappelait la semaine dernière dans son discours d?adieu comment l?unité nationale a commandé son action politique, et qui vient de placer son mandat sous le signe de l?accompagnement de la jeunesse, saura lui indiquer dans quel sens il doit souffler.

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