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Le syndicalisme n?est pas d?humeur festive

30 avril 2005, 00:00

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Des rassemblements syndicaux du 1er mai avec des foules clairsemées. Le taux de désyndicalisation est inquiétant. Le pouvoir de négociation est continuellement remis en cause. Le syndicalisme est annoncé depuis des années, voire des décennies comme étant en déclin.

Le désert syndical serait-il si aride ? Tour d?horizon à la veille de cette fête du Travail qui est devenue davantage un prétexte de mobilisation politique qu?une célébration et un temps de réflexion autour du «travailleur».

Les années précédant l?indépendance et celles qui l?ont suivie ont témoigné d?un bouillonnement syndical sans précédent. Faisant cause commune avec les partis politiques les plus influents, le Mauritius Labour Congress, le PTr version pré-indépendance, la General Workers Federation et le MMM version années 70, des mouve- ments syndicaux ont brillé par un engagement qui a provoqué une avancée certaine de la cause des salariés. Une lutte politique qui se conjugue à une lutte syndicale a effectivement été à la base de la promotion du statut des salariés.

«Le monde syndical est passé par trois importantes étapes dans l?histoire contemporaine. Juste après l?indépendance du pays, la dynamique syndicale oeuvrant avec le PTr a permis de consacrer le droit au travail. Le PTr éprouvant des difficultés à répondre aux défis économiques, cette première dynamique syndicale a connu un essoufflement. On a ainsi enre-gistré un vacuum syndical et politique qui voit émerger le MMM», explique Yusuf Sooklall, président de la Free Democratic Union Federation. Il estime que le MMM s?appuiera sur une lutte syndicale, menée par la GWF, pour faire avancer les revendications des travailleurs. La dernière étape intervient avec l?arrivée au pouvoir du MMM à partir de 1982-83. Une nouvelle cassure se produit entre la lutte syndicale et la lutte politique dans cette mouvance.

Cette troisième étape verra, ajoute notre interlocuteur, une marginalisation du mouvement syndical. Le processus de transformation économique, d?industrialisation, l?émergence de nouveaux secteurs d?activité et l?urgence de sortir le pays de la crise vont réduire l?importance des syndicats.

Soutien des partis politiques

«Il y a dans cette foulée une remise en question de la nécessité de se faire représenter par les syndicats», assure Yusuf Sooklall. Analysant ce processus, Ram Seegobin, dirigeant politique et syndical de Lalit, estime que le mouvement syndical s?est toujours affaibli lorsqu?il a perdu le soutien des partis politiques qui passent au pouvoir. Cet affaiblissement s?est vérifié autant du point de vue de la capacité organisationnelle que celle d?un renouvellement des modes de réflexion.

Il constate, dans le même souffle, un dysfonctionnement structurel des syndicats. «Face au gouvernement et au patronat, le mouvement syndical ne fait que réagir. Par nature, il ne peut anticiper, il n?est pas proactif. C?est une faiblesse qui fait partie de sa nature», fait ressortir Ram Seegobin. Autre faiblesse qu?il relève chez les syndicats, c?est la bureaucratisation de leurs structures. «Sous l?Industrial Relations Act, depuis quelque 32 ans, les litiges industriels ne se règlent plus sur les lieux de travail mais dans des bureaux à Port-Louis.»

Vinod Seegum, président de la Government Teachers Union, estime, pour sa part, qu?un renouvellement des modes de fonctionnement des syndicats est nécessaire après les périodes de braise et le passage à vide successivement enregistrés. «Nous préconisons un syndicalisme basé sur le dialogue, la communication et la consultation», fait-il remarquer. Il estime que seule une relation partenariale rendra au syndicalisme un statut qui est le sien autant auprès des autorités gouvernementales que patronales.

C?est aussi un moyen d?endiguer le processus de désyndicalisation. «De nos jours, c?est l?individualisme qui prime et il faut admettre que les syndicats n?arrivent plus à réunir grand-foule. En tant que syndicaliste, je dois dire que le droit de grève demeure le combat le plus important mais je me dois également d?admettre qu?il y a des grèves qui produisent des résultats contraires aux objectifs fixés. Il faut reconnaître qu?il y a eu une évolution dans le monde du travail. Et les syndicats sont tenus d?en prendre la pleine mesure et d?évoluer en conséquence», affirme Vinod Seegum. La finalité de tout exercice de revendication reste, pour lui, les droits des employés et c?est en fonction de cet objectif qu?il faut identifier des moyens appropriés. «Pour cela, il faut pouvoir s?adapter», ajoute-t-il.

Ce point de vue, Ram Seegobin ne le partage pas. S?il précise que la grève ne sert l?intérêt de personne et encore moins celui des travailleurs car ils en subissent en premier les contre-coups, il n?en pense pas moins que c?est la principale pression que peuvent exercer les syndicats lorsqu?ils vont défendre la cause des employés.

Yusuf Sooklall n?est pas moins critique d?une remise en question qui ébranle les fondements du syndicalisme. «Le mouvement syndical a transcendé le cadre conservateur de la revendication. Il est beaucoup plus présent dans des forums de discussion qui reprennent des thèmes et des débats de fond. C?est une preuve de sa maturation. On ne prend plus des décisions importantes sans le consulter», fait-il ressortir. Pour lui, le mouvement syndical est parvenu désormais à trouver sa place sur l?échiquier politique et social. «Il est devenu un partenaire incontournable dans le processus d?émancipation de la population en termes de son bien-être et de la paix sociale en général», poursuit-il.

Education des travailleurs

Il n?en demeure pas moins qu?il faut que le monde syndical existe toujours, précise Yusuf Sooklall. Les employés ont développé d?autres réflexes. Ils sont moins engagés. «Un monde syndical faible n?est dans l?intérêt de personne. Le secteur privé et le gouvernement doivent investir dans la formation et l?éducation des travailleurs sur la question de leurs droits», souligne-t-il. Car « sans un syndicat fort, la société ne sera pas capable de relever les défis auxquels elle est confrontée ».

Ram Seegobin, pour sa part, attire l?attention sur un contexte qui fragilise les contre-pouvoirs. La mondialisation, estime-t-il, engendre des lois industrielles qui sont conformes à la philosophie ultra-libérale. «Auparavant, les travailleurs profitaient de la réglémentation du marché du travail. Avec la déréglementation, ils sont fragilisés.»

Dans le même souffle, il déclare que le retrait de l?Etat des négociations entre le patronat et les employés renverse le rapport de forces nettement en faveur du patronat. Il plaide enfin pour une nouvelle métamorphose du syndicalisme. Celle où les syndicats ne se consacreront pas seulement à défendre les droits des travailleurs mais aussi à combattre la privatisation, les diktats de l?OMC et le libéralisme économique, entre autres. «Il faut évoluer vers ce champ de travail, autrement les syndicats seront toujours perdants à la table des négociations.»

C?est un fait. Le déclin graduel du syndicalisme accélère la chute des contre-pouvoirs. Ce n?est pas bon signe pour le jeu démocratique. C?est en cela que le syndicalisme mauricien a une responsabilité. A charge également pour les autres partenaires de sauver ce mouvement qui a toujours sa pertinence dans le monde d?aujourd?hui. Surtout dans un monde où les relais ne sont plus aussi importants.

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