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Le sursaut
Elle croupit cette bonne jeune île Maurice. Sous le poids des responsabilités et des rigueurs auxquelles la soumettent ses dirigeants. Tout cela n?a rien d?anormal. Au contraire, le plaidoyer en faveur du discours de raison est notre apanage. Par conséquent, on ne devrait pas s?en plaindre. Mais il y a une question qui titille. Est-ce que ceux qui ont été les plus irresponsables dans leur stratégie pour investir le pouvoir peuvent aujourd?hui légitimement demander à la nation d?être responsable ? On pourrait répondre que tous les moyens sont bons pour prendre le pouvoir et qu?à ce titre la démagogie des politiciens ne discrédite nullement leurs actions en tant que décideurs. On ne pinaillera pas là-dessus même si la tentation est grande de faire ressortir que c?est cette attitude qui confine justement la classe politique à l?infantilisme. On ne se lancera pas dans cette foire d?empoigne entre les pragmatiques et les démagogues. Il y a d?autres urgences.
La première a trait à l?incapacité du gouvernement à concilier son désir de réforme et ses acrobaties idéologiques pour maintenir le statu quo. Quelque part, il donne l?impression de ne pas savoir où aller. Et en même temps, il prend la dangereuse pente qui consiste à tout légiférer et cela de manière radicale. Que ce soit contre les violeurs ou les cas d?abus d?alcool au volant, ce gouvernementemprunte à l?approche technicienne de Bérenger. Soit de celui dont il veut se démarquer le plus. Paradoxal, n?est-ce pas ? Mais cela démontre surtout qu?il n?y a pas millemanières de gouverner. La logique de l?Etat et les aspirations de l?opinion se rencontrent souvent dans cette propension à réprimer. Nous n?y échappons pas. On est en tous cas bien loin du «Putting people first» et bien plus près du «Putting law first». Enfin si c?est notre manière d?exprimer notre responsabilité morale?
En parlant de morale, on se demande toujours quelle est la pertinence des déclarations fracassantes de notre Premier ministre lorsqu?il évoque le rapport incestueux entre la politique et la religion. S?il veut rendre un service à ce pays, il a tout intérêt à rompre avec la tradition instaurée par ses prédécesseurs. L?île Maurice puritaine et bigote a fait son temps. C?est un vieux film qui n?attire que ceux qui ont remplacé les convictions et les idées par des symboles. Il est temps d?intervenir et notre Premier ministre en a les moyens. En aura-t-il le courage?
Avant qu?il ne réponde à cette question, il serait aussi intéressant qu?il nous dise quelle est sa vision de la responsabilité sociale de l?Etat. Du moins jusqu?ici, celle de son gouvernement de l?Alliance sociale laisse perplexe. Pourquoi donne-t-il toujours l?impression d?être si obsédé à vouloir redéfinir le rapport entre les couches sociales et différentes ethnies ? On voudrait bien comprendre sa logique. On s?attendait à une économie solidaire. A la place, on a droit à des stratagèmes visant à dévier les frustrations citoyennes vers des considérations qui n?ont rien de rationnelles.
Bref, on est tellement resté sur notre soif que même l?amère tisane ne fait pas peur. On peut s?attendre à tout lorsque les incohérences deviennent son lot quotidien. Pourtant l?heure n?est pas à de tels enfantillages. On espérait que le Parti travailliste revenu au pouvoir allait donnerun sens au changement. Qu?enfin les velléités de réforme de l?ancien gouvernement allaient prendre leur pleinedimension. Force est de constater qu?on est resté résolument dans la logique de la modération et de l?hypocrisie consensuelle.
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