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Le supermarché des Mauriciens

12 août 2008, 00:00

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Dans les rues de Guang Zhou, dans les environs de l?hôtel Lido, on est souvent surpris par un brusque «To enn moisyen ?» Rien dans l?accent et le look de celui qui apostrophe ainsi n?indique qu?il est d?origine mauricienne. La surprise passée, on répond «oui» et le Chinois ne se fait pas prier pour demander : «Ki masandiz to ode la ?»

Ce Chinois, qui comme des dizaines d?autres à Guang Zhou, manie le créole mauricien, est loin d?être un vulgaire maquereau. C?est un des «agents» commerciaux qui ont pris l?habitude de travailler avec les milliers de Mauriciens qui arrivent aujourd?hui en Chine par avions entiers et qui descendent à l?hôtel Lido.

C?est par dizaines de conteneurs qu?ils achètent des marchandises les plus diverses à Guang Zhou, capitale de la province de Quing Dao, devenu le supermarché des importateurs mauriciens. «Vous ne trouverez nulle part, ailleurs au monde, les prix bas que vous offrent les producteurs chinois, quelle que soit la marchandise que vous cherchez. Des batteries de cuisine aux meubles en passant par les carreaux céramiques, les outils, les pièces de rechange, l?électroménager, les articles de sport, etc. Les Mauriciens ont pris l?habitude de descendre à Guang Zhou et chaque jour, il doit y avoir environ 200 Mauriciens au Lido. Ce qui fait que le personnel de cet hôtel et les agents des producteurs et expéditeurs parlent tous un peu de créole», explique Reza Foolah qui s?y rend au moins quatre fois par an pour importer environ 25 conteneurs de marchandises qu?il écoule à bas prix dans les foires et à travers les marchands ambulants.

«Meilleures que les originales»</B>

Reza Foolah, qui vendait des bananes à bicyclette vers les milieux des années 80, a pu se payer une BMW grâce à ses importations de la Chine. «Quand j?y suis allé la première fois, en 1999, je n?ai importé qu?un demi-conteneur de marchandises et il y avait une vingtaine de Mauriciens qui faisait de même. Je n?aurais jamais pu faire autant de progrès si j?importais, par exemple, d?autres pays comme la Thaïlande, Singapour, l?Indonésie, le Vietnam ou l?Afrique du Sud. Les prix pratiqués et la qualité sont au-dessus de toute concurrence», révèle Reza Foolah qui se targue d?être le n°1 des sous-vêtements, tapis et rideaux importés de Chine.

Nada et son frère Rajen, qui font aussi le trajet Maurice-Chine plusieurs fois par an pour s?approvisionner en vélos et jouets divers, racontent la même histoire. Tout comme les milliers de Mauriciens qui s?approvisionnent sur le grand supermarché en gros qu?est la Chine.

Cependant, il n?y a pas que le prix et la qualité. Le responsable d?un hôtel de plage, qui affiche un certain luxe, raconte son expérience sous couvert d?anonymat pour des raisons évidentes. «Les Chinois sont très forts quand il s?agit de copier. Il y a quelques années, il fallait remplacer la plupart de nos sanitaires, carreaux céramiques, rideaux, meubles, etc. Venant d?Europe, ils coûtaient une fortune. On a fait parvenir des photos aux Chinois et ils ont produit d?excellentes copies souvent meilleures que les originales.» Résultat : l?hôtel a importé des dizaines de conteneurs de produits de la Chine pour une rénovation complète qui a coûté 20 fois moins cher que s?il avait eu recours aux produits européens.

Le déficit commercial avec la Chine se creuse d?année en année. Avec plus de Rs 14 milliards de roupies l?année dernière, il pourrait franchir le cap des Rs 20 milliards, cette année. On a exporté que Rs 396 millions vers la Chine en 2007 (voir tableau).

Toutefois, les importateurs et le public en général n?en ont cure. Pour les consommateurs, les produits chinois sont venus changer la donne. Le grand public peut, aujourd?hui, se payer des produits auxquels ils n?avaient pas accès auparavant. «Regardez ce générateur (groupe électrogène), dit Rajesh, de Trou-aux-Biches, qui s?en sert souvent. ll vient de la Chine et il m?a coûté environ Rs 10 000. Un générateur de la même puissance mais de marque japonaise coûte plus de Rs 40 000.» Son cousin, skipper, rêve du jour où on importerait des moteurs hors-bord Made in China.

L?engouement pour les produits chinois ne fait peut-être que commencer mais il risque d?être quelque peu freiné par la très mauvaise qualité de certains produits électroménagers vendus à travers l?île et qui ne durent souvent que quelques mois.

<B>Raj JUGERNAUTH</B>

<B>L?empire de la contrefaçon</B>

■ Les copies chinoises peuvent être aussi étonnantes que dangereuses. Vendus à bas prix, les médicaments contrefaits tuent des milliers de Chinois, premières victimes du juteux commerce de la contrefaçon.

Les experts d?«International Policy Network», basés à Londres, estiment entre 200 000 et 300 000 le nombre de personnes qui meurent, chaque année, après consommation de ces médicaments contrefaits. Cependant, les autorités chinoises n?ont jamais voulu le confirmer. Cigarettes, pilules Viagra, montres, fertilisants, Honda et autres produits, la Chine ne connaît pas de limite dans la contrefaçon. La liste de ce qui est piraté, et saisi par les douanes en Europe, donne froid dans le dos. Des avions volent avec, dans leurs moteurs, des pièces contrefaites. Ces pièces d?avion, de voiture, de moto, si ce n?est pas les motos et les voitures elles-mêmes, se retrouvent sur la longue liste du commissaire européen. La Chine aurait aussi produit de fausses Ferrari. Il y a peu et lors d?une conférence de presse, le commissaire européen a brandi la photographie d?un bolide italien. Seuls six exemplaires ont été légalement fabriqués, selon le commissaire européen. Le véhicule photographié serait donc un faux. Depuis, il n?a plus été revu en? Chine.

Des centaines de milliers de Chinois vivent de ce commerce que la police chinoise ne réprime qu?épisodiquement. Pas étonnant car ce n?est que récemment que le gouvernement chinois a demandé que les ordinateurs utilisent des logiciels non piratés. Ceux qui se sont rendus en Chine, pour les Jeux olympiques, ne pourront pas dénicher le dernier film hollywoodien autour de dix yuans (moins d?un euro), la police locale ayant fait le grand ménage dans l?empire du faux.

La fièvre du mandarin</B>

Pour avoir grandi auprès de grands-parents qui ne parlaient que le hakka (dialecte chinois parlé dans le sud-est de la Chine), Yaling Leung l?a pratiqué dès son plus jeune âge. Ce n?est que lors d?un voyage en Chine en 2004, avec son époux, Louis, que lui est venue l?envie d?apprendre le mandarin. D?autant plus que ce dernier a décidé de faire des affaires avec des Chinois.

C?est ainsi qu?à leur retour à Maurice, Yaling et Louis se mettent à la recherche d?un professeur de mandarin. Le temps de pouvoir s?inscrire au Centre culturel chinois à Bell-Village où les cours sont «très demandés».

Bai Guangming, le directeur, confirme: le mandarin fait fureur. «La demande pour les cours de débutants a doublé et nous ne pouvons répondre positivement aux nombreuses inscriptions.» Il n?y a que ceux qui ont déjà un certain niveau, tant verbalement qu?à l?écrit, qui peuvent encore espérer s?inscrire à un cours de perfectionnement.

Difficile apprentissage</B>

Mais d?où vient cet engouement pour le mandarin ? Bai Guangming explique : «Avec l?ouverture et le développement de la Chine, davantage de gens veulent connaître le pays et sa culture et bon nombre veulent faire du commerce et la langue peut les aider.»

Alix Lo, qui suit des cours de mandarin depuis quatre ans, abonde dans le même sens. De toute façon pour elle, il n?y a pas moyen de se faire comprendre en Chine si on ne parle pas le mandarin. «Les Chinois n?essayent pas de nous comprendre. C?est à nous d?aller vers eux.» Alix met en garde ceux qui croient qu?apprendre le mandarin, «c?est facile». «Le mandarin, cela ne s?apprend pas en six mois ou un an. Cela prend du temps.» Un apprentissage plutôt difficile qui fait qu?Arline Wan, qui apprend le mandarin depuis presque cinq ans, se demande souvent pourquoi elle s?y est lancée. Mais les encouragements de sa prof et ses progrès constants sont là pour la rassurer. Elle attend avec impatience de pouvoir mettre à profit sa pratique du mandarin lors d?un éventuel voyage en Chine.

Au centre culturel, les Mauriciens d?origine chinoise ne sont pas les seuls à apprendre le chinois. «Toutes les communautés s?y côtoient», souligne Bai Guangming. En effet, cela fait trois ans que Joël Sévère y apprend le mandarin. C?est à la suite d?un voyage en Chine où il avait donné une formation à des conférenciers au centre de la Fédération internationale d?athlétisme à Beijing que cet entraîneur d?athlétisme a souhaité se mettre au mandarin. Pour qu?à sa prochaine visite, il n?ait pas à faire appel à un interprète.

Sa fille de huit ans, Joanne, a aussi pris goût au mandarin. «Elle me voyait réviser à la maison et elle aussi a voulu apprendre la langue. Cela fait un an maintenant qu?elle prend des cours au centre Ming Teck.» C?est désormais ensemble que le père et la fille révisent.

Selon Bai Guangming, si par le passé, les retraités étaient ceux qui exprimaient le plus d?intérêt pour les cours de mandarin, désormais, la demande vient des jeunes. De jeunes adultes mais aussi des adolescents. À tel point qu?il envisage d?augmenter le nombre de cours offerts au centre culturel. Après tout, bien plus tôt qu?on ne le pense, le mandarin pourrait bien devenir une langue indispensable? A travers le monde, on l?a compris depuis longtemps déjà.

<B>Valérie OLLA</B>

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