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Le sucre en crise vu par Claude Noël
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Le sucre en crise vu par Claude Noël
Sir Claude Noël est formel : la crise économique qui s’abat, en 1981, sur l’industrie sucrière, c’est-à-dire sur l’île Maurice, est “une des plus graves de son histoire”. Il se prévaut du demi-siècle, qu’il passe au service de ce secteur, à différents niveaux, y compris les plus élevés, pour demander aux lecteurs de l’express de faire confiance à son objectivité et à la sincérité de ses observations. L’essentiel pour lui est que la population soit tenue informée de l’ampleur de la crise dans ses moindres développements. Une presse objective, raisonnable et responsable peut être ici d’une grande aide. La population mauricienne est éclairée. Elle a droit à la vérité. Seule une prise de conscience, au niveau du peuple, peut nous aider à faire face à la crise.
Maurice ne peut être épargnée par une crise qui affecte tous les pays. Sa monoculture sucrière rend la situation alarmante. Le pays souffre autant que le sucre, celui-ci étant son épine dorsale. D’où les appels de Seewoosagur Ramgoolam pour qu’on ne fragilise pas davantage la situation des planteurs sucriers. Malheureusement Ringadoo n’écoute ni Ramgoolam ni Boolell et décide des mesures préjudiciables au Sucre. Exemple : la taxe de sortie ‘cum’ surcharge de 75 % sur nos exportations, non pas théières, mais sucrières. A tel point que Boolell peut se retrouver dans une situation embarrassante à Bruxelles. L’Europe peut lui dire : “Tu nous réclames une hausse de 1 % du prix auquel nous achetons ton sucre mais ton Ringadoo confisque au passage 24 % du prix dont nous le payons. Tes planteurs savent que le GM s’approprie au passage une tonne de sucre sur quatre produites par eux”. Conclusion : la taxe de sortie, sinon Ringadoo, tuera le Sucre.
Il n’y a aucune honte à parler ouvertement de profit. Certains politiciens le considèrent comme quelque chose de condamnable. Ils ne savent pas ce qu’ils font. Le profit est essentiel à toute saine économique. Une entreprise faisant des profits est un atout. Une déficitaire est un boulet que la société, le pays, doit traîner. Claude Noël cite ici les propos, en faveur d’un profit honnête, de M. Healey, ministre travailliste des Finances de la Grande-Bretagne. Il accepte donc toute taxation raisonnable ce qui est loin d’être le cas avec la taxe de sortie ‘cum’ surcharge de 24%. Elle accroît les pertes d’une façon irrationnelle. Il en va donc de sa survie. Si le Sucre s’affadit avec quoi le sucrera-t-on ? Son amertume est contagieuse. Elle affecte ses partenaires et ses parasites : la diversification agricole, le commerce, les grandes et petites entreprises, les sous-traitants, le gouvernement, mais aussi les rodères boutte les trayeuses de vache à lait, les conseils de village, les parasites de tous poils, des amateurs d’écume, des quémandeurs de pots-de-vin, entre autres motorisés. Elle prive peut-être les démagogues locaux de leur principale matière première.
Première victime de la taxe de sortie de 24% : le Sucre et tous ceux qui le produisent depuis le planteur, le coupeur de cannes, le travailleur agricole jusqu’à l’administrateur, le baron sucrier, ses actionnaires qui lui font confiance. Ils sont interdépendants. Le Sucre ne peut rester statique. Il doit progresser sans cesse s’il veut conserver et consolider sa compétitivité dans un contexte concurrentiel agressif et mondial. Cela suppose et exige des recherches et d’un renouvellement judicieux du matériel. La taxe de sortie qui asphyxie le Sucre, ne crée pas d’emplois mais de nouveaux chômeurs. Si l’usinier sucrier doit serrer les cordons de la bourse, cette austérité, imposée par la taxe de sortie, affectera par ricochet de nombreuses autres entreprises et industries. La taxe de sortie exorbitante entraîne la participation des employés, non pas aux profits de l’entreprise, mais aux conséquences néfastes des dettes croissantes du Sucre.
Dans ce cas, adieu diversification agricole que le Sucre, endetté, ne peut plus financer. Adieu National Food Production Commitee. Le Sucre aux abois, asphyxié par cette taxe de sortie, n’achète plus que le strict nécessaire et renvoie, à des temps meilleurs, c’est-à-dire aux calendes grecques, ses investissements, ses projets de construction. Il réduit son personnel, aggravant d’autant le chômage.
Si encore cette taxe de sortie pouvait enrichir le fisc insatiable. Les Rs 300 millions, dont il s’approprie, à la source, en les prélevant sur les revenus bruts de l’industrie sucrière, il les aurait obtenus de toutes les façons et peut-être même davantage, grâce aux taxes sur les profits d’une industrie sucrière ragaillardie et prospère. Et pendant ce temps-là, le gaspillage continue de plus belle avec des subsides populistes et électoralistes, un nombre pléthorique de corps constitués, recrutant à tour de bras de véritables parasites. Entre augmenter un peu plus la dette publique et la ruine totale de l’industrie sucrière, il faut encore préférer la première solution.
Claude Noël conclut ainsi la première partie de son exposé : “La ruine de l’industrie sucrière entraînerait une augmentation de la dette publique dans des proportions beaucoup plus considérables, sans pour cela résoudre les problèmes sociaux que cette ruine suscitera à coup sûr”.
On dit, pourtant, qu’il passe pour faire partie du “inner circle” de Seewoosagur Ramgoolam.
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