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Le succès de Gibernau embarrasse Honda
L?Espagnol Sete Gibernau s?est installé solidement en tête du Championnat du monde de vitesse motocycliste (MotoGP) après sa victoire au GP de France, dimanche au Mans, embarrassant le constructeur Honda contraint à soutenir un pilote étranger à son écurie officielle.
En fin de saison dernière, la marque au logo ailé a laissé filer l?Italien Valentino Rossi, qui venait de lui rapporter trois titres consécutifs dans la catégorie reine (500 cc en 2001 et MotoGP en 2002 et 2003). Honda a rappelé le Brésilien Alex Barros, qui venait de passer une saison chez Yamaha.
Tandis que Rossi se lançait le défi fou de faire triompher la Yamaha M1 de sa nouvelle écurie Gauloises-Fortuna et y parvenait, Barros ne retrouvait pas les sensations qui lui avaient permis de réaliser une éblouissante fin de saison 2002 sur la RC211 V5. A peine lui avait-elle été livrée qu?il avait gagné en Malaisie, récidivant à Valence, lors du Grand Prix de clôture.
Depuis le début de saison, le Brésilien abuse de discrétion. Il a, dû aux incidents de course qui ont frappé ses adversaires, terminé tant bien que mal quatrième à Welkom (Afrique du Sud) et troisième à Jerez (Espagne).
Au Mans, où tous les pilotes sont restés sur leurs roues, Barros a dû se satisfaire d?une septième position indigne d?un chef de file de Repsol Honda, l?écurie officielle. Laquelle n?est pas mieux servie par le deuxième pilote, l?Américain Nicky Hayden, cinquième lors des deux premiers Grands Prix et onzième en France.
Honda doit donc reporter sa confiance sur ses écuries satellites. Telefonica Movistar Honda associe Gibernau à l?Américain Colin Edwards.
Camel Honda, pour sa part, fait courir le Romain Max Biaggi sur des pneus Michelin, le manufacturier français qui a tout gagné dans la catégorie reine. La machine identique du Japonais Makoto Tamada, son coéquipier, dispose d?enveloppes japonaises Bridgestone.
Reste la question du choix d?un pilote phare au sein de troupes éparses. Le constructeur nippon semble avoir jeté son dévolu sur Gibernau. Le Catalan s?est notamment vu confier les essais des dernières évolutions de la RC211 V5.
Il semble tout naturel qu?il bénéficie des améliorations qu?il aura contribué à apporter. D?autant qu?un facteur humain pourrait forcer le choix de responsables pourtant peu enclins à céder au sentiment.
<B>Biaggi amer</B>
En effet, Gibernau était coéquipier de Daijiro Katoh avant que ce dernier ne succombe le 19 avril 2003 des suites de son accident au Grand Prix du Japon, à Suzuka, couru treize jours plus tôt. Le Catalan héritait de la seule RC211 V5 de l?écurie, confiée au départ au poulain de Honda qui ambitionnait d?en faire le premier Japonais champion du monde de la catégorie reine. Le blond Espagnol rendait un émouvant hommage au disparu en enlevant la course suivante, en Afrique du Sud, devant Rossi.
Les choix de Honda ravivent l?amertume de Biaggi, qui donne tous les gages pour devenir le chef de file de la marque. Il s?était estimé floué la saison dernière quand Rossi recevait de nouvelles pièces dont il ne pouvait disposer qu?une fois éprouvées par le maestro.
Le Romain, quadruple champion du monde des 250 cc, pensait que son expérience allait enfin le servir et que le constructeur l?aiderait à décrocher le titre MotoGP. Gibernau vient aujourd?hui lui barrer la route.
Aussi l?Espagnol ne compte-t-il pas ses remerciements à une équipe qui effectue ?un travail inoubliable?. ?Je peux désormais exprimer mon potentiel, après de nombreuses années difficiles?, dit-il, comme pour répondre à Biaggi.
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