Publicité

?Le sport, le sport véritable, je l?aime tout simplement?

4 octobre 2008, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

■ <B>Le remaniement ministériel du 13 septembre a fait de vous le nouveau ministre de la Jeunesse et des Sports. Est-ce un choix qui s?imposait ?</B>

C?est une aspiration personnelle. Je remercie le Premier ministre qui a souhaité que je devienne ministre de la Jeunesse et des Sports. Il connaît mon passé de sportif. Je remercie aussi ceux et celles qui me veulent du bien dans ma circonscription et qui partageaient le même souhait.

■ <B>Vous êtes en poste depuis bientôt un mois. Quel est le constat que vous dressez de la situation du sport à Maurice ?</B>

Je suis tracassé. Le sport n?est pas suffisamment pratiqué dans les villes et villages comme c?était le cas dans le passé. Je vois une certaine réticence à ce niveau malgré le gros travail abattu par mon prédécesseur. La cerise sur le gâteau a été la première médaille olympique remportée par Bruno Julie. Mon objectif justement est que le sport soit présent dans tous les coins de l?île et suscite chez tous les Mauriciens le même engouement.

■ <B>Quel regard portiez-vous sur le sport avant votre entrée au ministère de la Jeunesse et des Sports ?</B>

J?ai l?impression qu?il manquait un petit déclic.

■ <B>Ce regard est-il le même aujourd?hui ?</B>

Si je me base sur les échos que j?ai eus des fédérations, un nouveau dynamisme se fait jour. J?espère que je ne vais pas les décevoir. Le sport est le seul moyen de combattre le communalisme. En sport, c?est le meilleur qui gagne. Il n?y pas de place pour le communalisme. Le langage du sport est un langage unificateur. J?ai envie, je souhaite réunir toutes les communautés ensemble, sans barrières de castes, de couleur, de richesse ou de pauvreté ou encore d?appartenance politique. C?est la performance qui compte.

■ <B>Comment comptez-vous traduire cela dans le concret ?</B>

Je suis un homme de terrain. Je l?ai toujours été. Les habitants de la circonscription numéro 5 ont toujours été surpris par ma proximité et ma présence inchangée sur le terrain. Mon passé de footballeur et d?entraîneur a fait de moi un homme de terrain et m?a aidé à maintenir cette proximité.

Mon souhait le plus cher est de passer plus de temps sur les sites d?entraînement, d?y encourager athlètes, cadres et dirigeants. C?est ainsi que l?on prend la mesure des difficultés qu?ils rencontrent, des obstacles à leur épanouissement dans leurs disciplines respectives.

■ <B>Quelle est votre philosophie du sport ? </B>

Le sport, le sport véritable, je l?aime tout simplement. Je souhaite que tout le monde l?aime comme je l?aime. Le sport, j?en raffole. Mon rêve est que tous les Mauriciens aiment le sport comme je l?aime.

■ <B>Avez-vous un projet pour la communauté sportive ?</B>

Je veux que les sportifs aient l?opportunité de briller au plus haut niveau grâce aux structures qui existent. Je sais que les Mauriciens ont du potentiel. A travers la High Level Sports Unit, la filière sport-études, j?ai envie que les athlètes suivent l?exemple donné par les modèles formidables que sont Stéphan Buckland, Eric Milazar, Bruno Julie, Ryley Rose, Fabrice Bauluck. J?ai envie que les Mauriciens les émulent et croient en leurs chances, qu?ils persévèrent et fassent preuve de sérieux dans leur préparation, qu?ils croient en eux, qu?ils aient confiance dans leurs chances de réussite.

Le ministère de la Jeunesse et des Sports ne doit pas être le seul cependant à jouer son rôle. Les cadres, les journalistes et les parents doivent aussi jouer le leur.

■ <B>Peut-on s?attendre à rompre définitivement avec cette impression qui s?est installée depuis plusieurs années que le ministère de la Jeunesse et des Sports n?est qu?un distributeur de sous ?</B>

Je veux que cela change. L?argent est important, l?apport financier est extrêmement important, mais je veux que le ministère de la Jeunesse et des Sports soit perçu plutôt comme un pourvoyeur de services. Je donne un exemple. Nous soutenons financièrement la Mauritius Football Association. Mais le plus important est que nous mettons des entraîneurs à sa disposition, qui sont employés et payés par l?Etat. Notre soutien est financier mais aussi et surtout humain. Je veux que ce soutien soit identique dans le primaire, le secondaire et les fédérations. Je ne veux pas que le ministère soit uniquement un agent payeur.

■ <B> Sylvio Tang travaillait depuis trois ans sur des amendements au Sport Act. Est-ce vous qui allez les apporter finalement ? Est-ce qu?une date a été arrêtée pour cela ?</B>

Je vais le faire en consultation avec les cadres de mon ministère. Nous n?avons pas encore arrêté de date à cet effet.

■ <B>Il y a un sujet qui a fait couler beaucoup d?encre, celui des clubs fictifs mais au rôle bien réel dans les prises de pouvoir. Etes-vous au courant de ce problème ?</B>

Je vais mettre en place une unité qui aura pour tâche de vérifier si les clubs existent réellement, combien de licenciés ils comptent réellement. Chaque sou dépensé en termes d?équipements, de médailles, de trophées, c?est l?argent du contribuable.

■ <B>Epousez-vous l?idée qu?un club existe uniquement sur papier et ne possède ni infrastructure, ni dirigeants, ni licenciés, ni entraîneurs ?</B>

Je ne suis pas d?accord avec cette approche. Ce n?est pas normal. Je ne soutiendrai pas ce genre de démarche. Je mettrai en place une cellule pour voir comment est dépensé l?argent alloué au développement des différentes disciplines.

■ <B>Ce qui nous amène à l?administration des fédérations. N?êtes-vous pas choqué par le nombre de guerres intestines qui minent les fédérations ?</B>

C?est incroyable ! Le plus surprenant c?est que chaque fédération soutient que chez elle ce n?est pas comme chez les autres, qu?il n?y a pas de conflit. C?est pour cela que je veux des gens dévoués, concentrés sur ce qu?ils font, qui regardent dans la même direction que moi. Il faut une cohérence pour le progrès et l?avancement du sport et des sportifs.

Il faut des personnes de confiance, qui inspirent confiance à la tête des fédérations. Des personnes qui ont du courage, de l?expérience, qui font preuve d?honnêteté intellectuelle, qui ont un code de conduite.

■ <B>On se plaint que le sport n?ait pas suffisamment d?argent pour se développer. Mais est-ce que ce n?est pas justement l?attrait de l?argent qui est à la base de tous ces conflits ?</B>

L?apport financier est primordial pour le développement du sport. Le budget du ministère de la Jeunesse et des Sports ne peut à lui seul assurer le fonctionnement et le développement du sport. Le soutien des sponsors est vital. Cependant, il faut savoir comment cet argent est utilisé. C?est vrai aussi que s?il y avait moins d?argent, il y aurait moins de conflits car moins de tentations. C?est dommage mais c?est comme ça. Il semble que certaines personnes aient des agendas secrets.

<I>«Le sport est le seul moyen de combattre le communalisme. En sport, c?est le meilleur qui gagne. Il n?y pas de place pour le communalisme. Le langage du sport est un langage unificateur. »</I>

■ <B>N?est-il pas temps d?imposer projet et cahier des charges avant tout déboursement ?</B>

Je compte bien demander les détails et je vais m?assurer que tout programme soit respecté. C?est l?argent du contribuable, il faut s?assurer qu?il soit utilisé à bon escient.

<I>«Il faut des personnes de confiance, qui inspirent confiance à la tête des fédérations. Des personnes qui ont du courage, de l?expérience, qui font preuve d?honnêteté intellectuelle, qui ont un code de conduite. »</I>

<I>«Je suis confiant que mes réalisations plaideront en ma faveur et m?offriront l?opportunité de servir le sport à nouveau »</I>

■ <B>Durant la semaine écoulée, la redistribution de certains rôles a été sujet de conflit au sein de votre ministère. Avez-vous la situation bien en main ?</B>

Je suis le seul maître à bord. Je connais le ministère de la Jeunesse et des Sports depuis neuf ans. Je veux que personne ne me dicte ce que j?ai à faire ou me désavoue quand j?attribue une fonction à quelqu?un. Il est tout à fait normal d?apporter certaines retouches de temps en temps là où il le faut. Je veux que tout le monde regarde dans la même direction.

■ <B>Etes-vous conscient que vous n?avez que deux ans pour donner une nouvelle impulsion au sport mauricien ?</B>

C?est vrai, j?ai très peu de temps pour réaliser ce que je souhaite, très peu de temps. J?espère parvenir en un court laps de temps à motiver les fédérations, les athlètes, les cadres et les dirigeants.

■ <B>Avez-vous des regrets à l?idée que vous ne serez qu?un ministre de la Jeunesse et des Sports de transition ?</B>

Oui, j?ai des regrets, c?est normal. Mais je suis confiant que mes réalisations plaideront en ma faveur et m?offriront l?opportunité de servir le sport à nouveau.

<I>Propos recueillis par</I> <B> Robert D?Argent</B>

PORTRAIT

<B>Un homme de terrain</B>

Satyaprakash Ritoo, plus connu sous le nom de Devanand Ritoo, voit le jour à Belle-Vue Maurel le 29 octobre 1957. Issu d?une famille pauvre, il fréquente l?école primaire de Rivière-du-Rempart puis le collège John Kennedy.

C?est là qu?il s?affirmera, grâce à sa « corpulence », se souvient-il, comme un sportif doué. De 1971 à 1973, il défend les couleurs de son collège dans les compétitions d?athlétisme scolaires. Ses spécialités sont le saut en longueur, le triple saut et le 100 m. Il représente aussi la Northern Clubs Association durant les interfédérations en sa qualité de champion du Nord dans ces mêmes épreuves.

A l?époque, souligne Devanand Ritoo, les sports intercollèges étaient retransmis à la télévision. C?est en voyant les images des compétitions d?athlétisme que le professeur d?éducation physique et sportive du collège John Kennedy a la lumineuse idée de faire appel à lui pour intégrer l?équipe de foot du collège et l?aider à renverser la vapeur.

« Mon professeur avait vu en moi un futur arrière central. Il m?a invité à jouer au football. La même année, en 1974, j?ai joué pour les sélections juniors et seniors du collège John Kennedy. J?ai brillé à ce poste », raconte Devanand Ritoo.

C?est à la télé encore une fois qu?il est aperçu par les dirigeants des Hindu Cadets. En 1975, il intègre la sélection junior des verts. La même année, il joue aussi pour les seniors. Sa popularité ne cesse dès lors de croître. En 1977, Devanand Ritoo est sélectionné en équipe nationale. Il y avait alors les tournois triangulaires. Il fera partie par la suite de la sélection qui prendra part aux 1ers Jeux des îles de l?océan Indien à l?île de La Réunion en 1979.

Il est contraint à prendre sa retraite de footballeur le 30 novembre 1982 après une grave blessure au tibia droit lors de la rencontre opposant les Hindu Cadets à la Police. Il subira sept interventions chirurgicales en une semaine.

Haut cadre de la State Commercial Bank, Devanand Ritoo choisit de tourner la page de la finance en 1996 et de devenir conseiller et entraîneur en matière de football au ministère de la Jeunesse et des Sports. En 1998, il suit un stage à Clairefontaine sous la férule d?Aimé Jacquet qui remportera la même année la Coupe du Monde avec l?équipe de France.

Devanand Ritoo sera nommé responsable des sélections de Maurice des moins de 13 ans, moins de 15 ans et moins de 17 ans. « J?aime entraîner les jeunes. C?est ma passion au sein des centres de formation et de préformation. Quatre-Bornes, ma région, a été championne interrégionale en 2003 et 2004 », confie-t-il avec fierté. Devanand Ritoo, précisons-le, habite à Sodnac.

En 2005, il est choisi pour être le colistier du Premier ministre Navin Ramgoolam dans la circonscription numéro 5. Un autre terrain qu?il affectionne aussi et sur lequel il mesure l?importance de la proximité comme en football. Et le 13 septembre dernier, il devient l?un des quatre nouveaux ministres à l?issue du remaniement ministériel et succède à Sylvio Tang au ministère de la Jeunesse et des Sports.

Affable, Devanand Ritoo n?en offre pas moins l?image d?un homme déterminé, sûr de lui et comptant sur son expérience d?homme de terrain qui a été membre de la sélection nationale de football et entraîneur pour transformer le paysage sportif de son pays. Pour cela, il compte avant tout sur son amour de la chose sportive.

Publicité