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Le spectre de la fraude électorale de retour aux États-Unis

30 octobre 2008, 01:00

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Le spectre de la fraude électorale de retour aux États-Unis

La controverse enfle : l?élection présidentielle du 4 novembre aux États-Unis risque-t-elle d?être faussée ? Entre les équipes des deux candidats à la Maison-Blanche, le républicain John McCain et le démocrate Barack Obama, les accusations pleuvent. Les premiers dénoncent une tentative démocrate de faire massivement enregistrer de faux électeurs. Les seconds accusent les républicains de viser à exclure le maximum de pauvres, de jeunes et de Noirs des listes électorales, pour éviter que des Etats qu?ils gouvernent ne basculent du côté de leur candidat.

L'« affaire » Acorn (association des organisations communautaires pour une réforme immédiate) en est l?illustration. Ce regroupement démocrate de gauche milite pour améliorer l?accès des plus déshérités à la santé, à l?éducation, au logement, etc. Il s?est vanté d?avoir réussi à faire s?inscrire 1,3 million de nouveaux électeurs. Mais les républicains ont retrouvé, dans ses listes, des inscriptions fantaisistes (des noms comme Mickey Mouse, Dallas Cowboy, etc.).

Lors du débat présidentiel télévisé du 15 octobre, McCain, citant nommément Acorn, a estimé que les États-Unis sont « sur le point de voir se perpétrer une des plus grandes fraudes dans l?histoire du vote ». Ses partisans multiplient les allégations en ce sens. Pour son directeur de campagne, Rick Davis, un « nuage de suspicion » entoure d?ores et déjà le résultat du scrutin.

Acorn semble avoir gonflé d?un gros tiers le nombre réel de ceux qu?elle prétend avoir amenés à s?inscrire ; et l?association admet avoir présenté un très petit nombre d?inscriptions frauduleuses. Mais elle invoque la négligence de quelques individus. Surtout, plaide-t-elle, elle ne fait qu?aider les gens à s?inscrire, ce sont les fonctionnaires des Etats qui, après vérification, délivrent les cartes d?électeur.

Pour les démocrates, leurs adversaires républicains préparent les esprits à une contestation du résultat en cas de défaite et font pression sur les électeurs les moins au fait de leurs droits pour les décourager de voter. Ils les accusent aussi de « purger » les listes électorales dans des cantons démocrates. Comme ce fut, semble-t-il, le cas dans le Mississippi, où une fonctionnaire a rayé 10 000 électeurs sous divers motifs. Des étudiants se verraient refuser l?inscription sous le prétexte que leur vrai lieu de résidence est dans leur Etat d?origine ; des personnes endettées, dont l?appartement a été saisi, seraient exclues des listes pour "absence de domicile fixe".

Le Prix Nobel d?économie Paul Krugman écrit dans L?Amérique que nous voulons (2008) que « la fraude électorale (a été) omniprésente » aux États-Unis pendant longtemps. En 1960, le soupçon de manipulation a plané sur la victoire du démocrate John Kennedy. En 2000, l?élection de George Bush ne fut due qu?au basculement de la Floride, où ses partisans furent accusés d?avoir truqué le résultat.

Contestations

Ce souvenir, encore très présent, l?est d?autant plus pour deux raisons. D?abord, l?émergence de M. Obama a généré une inscription inhabituelle de nouveaux électeurs. Ensuite, dans un pays au gouvernement fédéral, chaque Etat instaure ses règles. Dans 33 d?entre eux, on peut voter par anticipation, ce qui suscite déjà des contestations, comme au Maryland ; dans les autres, on ne vote que le jour du scrutin. Certains Etats n?acceptent que le bulletin en papier, d?autres font voter sur machine électronique ou admettent parfois les courriels. Ici, la carte d?électeur suffit ; ailleurs, il faut présenter au moins deux autres certificats d?identité. Le moindre hiatus entre ces papiers officiels peut valoir interdiction de voter.

Le dernier numéro du magazine Time recense les « 7 éléments qui pourraient fausser l?élection ». Dans l?ordre : l?éviction d?électeurs des listes, les inscriptions fausses ou multiples, les bulletins entachés d?erreurs, les enregistreurs électroniques qui ne permettent aucun recompte des suffrages ? le magazine donne des exemples récents de résultats manifestement erronés -, la distribution inégale des ressources qui pénalise les plus pauvres (l?attente pour voter peut être six fois plus longue dans leurs quartiers), mais aussi, les identifications requises récemment modifiées et inconnues des électeurs, enfin la confusion des règles d?un lieu à l?autre dans un pays où la mobilité géographique est importante.

Les contestations pourtant ne portent que sur 0,013 % des scrutins. Si le vainqueur de l?élection présidentielle est indiscutable, les polémiques seront vite oubliées. Mais si sa victoire dépendait encore une fois de quelques cantons en Ohio ou en Floride, les démocrates craignent que les républicains soient bien plus déterminés et procéduriers qu?ils ne le furent eux-mêmes lorsque leur candidat, Al Gore, jeta l?éponge en 2000.

Sylvain CYPEL

© Le Monde 2008

LA MENACE DE L?ULTRA-DROITE TOUJOURS PRESENTE

■ L?arrestation de deux individus qui auraient planifié l?assassinat de Barack Obama est venue rappeler que l?accession d?un Noir à la Maison-Blanche reste inconcevable pour une partie de l?Amérique. Officiellement, Daniel Cowart et Paul Schlesselman ont été arrêtés pour «menaces contre un candidat à la présidence», «possession illégale d?arme à feu» et «complot pour vol d?arme». Les individus interpellés mardi ont été présentés comme des néo-nazis qui auraient voulu tuer 88 Noirs, en décapiter 14 autres puis assassiner Obama, habillés en smoking blanc et haut-de-forme. Les chiffres évoqués dans leur plan ? 14 et 88 ? font clairement référence à la mouvance White Power. Le 14 renvoie à un slogan raciste de 14 mots ? «Nous devons protéger la survie de notre race et l?avenir des enfants blancs» ?, et le 88 au salut hitlérien ? Heil Hitler ?, «h» étant la huitième lettre de l?alphabet. Aux États-Unis, ces deux références sont étroitement liées à un groupuscule néo-nazi, «The Order». «La connexion avec «The Order» est évidente, estime le journaliste James Ridgeway, qui a consacré plusieurs livres et un documentaire à l?extrême-droite américaine. Les soit-disants quatorze mots ont été inventés par David Lane, un membre de «The Order». Dans le milieu suprémaciste blanc, 14-88 est un code pour exprimer l?allégéance pour les idées de Lane et de «The Order», qui voulaient préserver 'la race aryenne' aux États-Unis.» L?ensemble de la mouvance armée d?extrême-droite, composée de groupuscules plus ou moins puissants des années 1980 comme le Ku Klux Klan, la Nation aryenne ou l?Alliance nationale, a tenté de se regrouper sous une seule bannière avant de perdre de son influence, explique Ridgeway. Mais, avec la possibilité qu?un Noir soit élu à la présidence du pays, «certains sont clairement en train de se remobiliser». «La Nation aryenne ou «The Order» a pu organiser avec succès pendant des années des attaques de fourgons blindés, assassiner Alan Berg [animateur de télévision abattu à Denver] ou préparer l?attentat d?Oklahoma City en 1995», rappelle l?auteur Roger Martin, spécialiste français de l?ultra-droite américaine. Il estime que «cette frange extrême, armée et prête à passer aux actes, continue à compter, bon an mal an, de 50 000 à 75 000 militants». En revanche, il ne croit pas que les tentatives contre Obama soient le fait de ces groupuscules. Le candidat démocrate, protégé par les services secrets, estime que «ces groupes haineux ont été marginalisés. Ce n?est pas l?Amérique. Ce n?est pas notre avenir».

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