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Le spectacle inattendu: La visite de la MCB
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Le spectacle inattendu: La visite de la MCB
Un quart de siècle serait-il devenu un changement trop radical ? Nous ne faisons pourtant guère de différence entre 1906 et 1881, sinon un changement constitutionnel imperceptible ; entre 1881 et 1856, sinon le spectre de la malaria et des autres épidémies ; guère de différence entre 1856 et 1831, sinon le remplacement d?une main-d??uvre servile en une importée mais toujours taillable et corvéable à merci.
Ces changements tangibles ou imperceptibles demeurent peu de choses comparés aux différences entre 1981 et 2006. Tout retour en arrière, même de seulement 25 ans, nous conduit à un autre monde, sans ordinateur, sans Internet, sans cellulaire, sans télévision satellitaire. On a du mal à imaginer un budget national dépassant tout juste le milliard de roupies, des déficits de la balance commerciale de quelques centaines de millions, des missions à l?étranger pour quémander une aumône de quelques millions pour un projet qualifié de national, sinon de vital, les 25 000 abonnés au bureau du Téléphone et une liste d?attente interminable.
Rien ne peut mieux illustrer le fossé nous séparant de 1981 que nos nouveaux immeubles-champignons. C?est à peine si nous accordons aujourd?hui la moindre importance à ceux dépassant les 10 étages. On passe devant les chantiers en construction en disant in petto : ?Tiens ! ce n?était pas là, lors de mon précédent passage.? Les trous béants devant accueillir des parkings souterrains sinon des inondations programmées ne nous impressionnent plus. Le ballet virevoltant des grues géantes font désormais partie du panorama portlouisien. Et puisqu?il s?agit de ballet, il est donc tout à fait normal qu?elles changent de place d?une semaine à l?autre. On peut importer à grands frais des panneaux de marbre de Carrare ou d?ailleurs, il en faut davantage pour stimuler la curiosité et l?excitation des badauds. Ascenseur TGV, intra ou extra muros, escalator, jets d?eau, cascades artificielles, panneaux réfléchissant à la place des occupants des lieux, tout cela cesse de nous impressionner depuis belle lurette. Tout autre est notre réaction, en mai 1981, quand devient opérationnel le premier volet de l?aménagement d?un nouveau siège social pour la Mauritius Commercial Bank.
Elle ne se déplace guère pourtant la vieille dame de la rue Sir William-Newton, mijotant déjà la célébration événementielle du siècle (avec le Festival de la Mer de 1987) pour célébrer ses 150 ans de jeunesse (septembre 1988). Elle traverse en fait la rue La Reine pour occuper la plus grande partie du quadrilatère composé par les rues William-Newton (préséance bancaire oblige), Royale, Bourbon et la Reine. Première innovation et de taille : une passerelle aérienne relie le futur immeuble Raymond-Lamusse (le directeur général avant Louis Eynaud) et le nouveau siège social.
Nos journaux se mettent à frétiller au fur et à mesure que l?on se rapproche de la date du transfert des bureaux. On se répand en informations donnant maints renseignements techniques. On s?extasie devant la rapidité avec laquelle s?effectue le déménagement : en un week-end seulement. Faut dire que chaque meuble, chaque bureau, chaque chaise, chaque corbeille à papier, chaque pile de documents, est dûment numéroté. Chaque employé, y compris les cadres et les hauts cadres, sait à l?avance qu?il doit enlever tel ou tel meuble, accessoire ou pile de documents, portant le numéro untel dans tel bureau pour le porter à son nouvel emplacement à tel étage à tel bureau. Tout est réglé comme du papier à musique.
?L?ouverture provisoire de l?immeuble MCB : l?événement qu?on n?attendait pas?, titre l?express du 12 mai 1981, rendant compte de la folle journée de la veille. L?ouverture de la MCB, ce lundi matin, se voulait ?business as usual?. Elle se révèle l?événement inattendu et, bien sûr, pas programmé ni anticipé. Sans le vouloir, la MCB réussit là une de ses plus belle opérations publicitaires et de relations publiques. Elle aurait voulu le faire qu?elle n?aurait pas obtenu une si belle réussite. L?ouverture provisoire et surtout pas officielle des nouveaux bureaux constitue la principale attraction de la mi-mai 1981. Le bouche à oreille fonctionne à merveille. Qui a vu s?empresse de prévenir ceux qui n?ont pas encore vu ou, pire encore, les ignorants. Et encore, il n?y a pas de portable. Il faut encore encore amadouer la standardiste, plus débordée que d?habitude, pour avoir la ligne et annoncer la nouvelle du jour, en priant pour ne pas être pris de vitesse par plus cancanier que soi.
Sans être prévenus ni encore moins invités, ils sont tous là, attendant impatiemment l?ouverture des portes, pour être les premiers à foncer vers le nouveau carrelage en marbre blanc et noir (une invitation à la glissade, n?était la solennité bancaire des lieux), les premiers à s?essayer aux joies de l?escalator (à quatre pattes s?il le faut mais il faut vaincre sa timidité et essayer ce nouveau mode d?ascension, sinon d?assomption), les premiers à s?extasier devant la fresque chazalienne (trop blanchâtre, à mon humble avis), revue et corrigée par SPES, les premiers à essayer les nouveaux ascenseurs (jusqu?au 10e étage, je te dis ma chère).
Les curieux, de plus en plus nombreux, sont là pressés, volubiles, hésitants. Ils finissent par communiquer leur enthousiasme à la clientèle régulière et au service bancaire qui perdent du coup leur sérénité coutumière et se laissent gagner par cette fièvre bancaire du lundi matin. On accuse Volcy de s?être réfugié dans son nouveau bureau et d?être en train de rédiger fébrilement une suite à ses ?25 leçons? : ?Comment visiter la MCB en 10 leçons ?? L?escalier roulant donne lieu à des expressions chorégraphiques pouvant inspirer un Maurice Béjart (Non ! pas Béchard mais Béjart avec un ?j?, comme ?genre? prononcé à la MBC).
Vingt-cinq ans après, on se souvient encore de l?ouverture provisoire de la nouvelle MCB.
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