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Le silence est d?or
par Marie-Annick SAVRIPÈNE
Sister Gaitree a le visage si lisse qu?on a du mal à croire qu?elle est quinquagénaire. Caractéristique qui ne peut en aucun cas être attribuée à une vie contemplative car les s?urs de Brahma Kumaris ne passent pas leur temps qu?en méditation et en prières. Sur pied dès 3h30 le matin, elles méditent avant de préparer les cours qu?elles délivrent gratuitement une journée durant aux personnes de différentes tranches d?âge qui fréquentent leurs centres.
Cours portant notamment sur la pratique du raja yoga, la gestion du stress à celle du temps, l?éducation parentale, l?estime de soi. C?est souvent après 23 heures qu?elles se couchent. Un style de vie qui convient parfaitement à Sister Gaitree qui a choisi de quitter sa famille «pour être l?instrument de Dieu et au service de l?humanité toute entière».
Gaitree Ramparsad est la cadette d?une famille de cinq enfants. Très tôt, elle montre une curiosité pour tout ce qui l?entoure. Sans pour autant être capable de le formuler clairement dans sa tête, elle veut comprendre le sens caché des choses et de la vie. Elle cherche des réponses au gré de ses lectures et par la prière qu?elle pratique en famille.
A l?issue de ses études secondaires au collège Hindu Girls, Gaitree entre dans la fonction publique. Clerical Officer, elle est envoyée au ministère des Coopératives. Dans le but de nourrir son esprit, elle suit en parallèle des cours menant au Diploma in Corporate Studies auprès de l?université de Maurice. Elle apprécie notamment les idéaux du mouvement coopératif qui sont en fait des valeurs à être respectées et appliquées.
Consciencieuse, Gaitree se fait apprécier là où elle passe et gravit rapidement les échelons hiérarchiques au point d?être nommée Higher Executive Officer. Elle effectue des passages dans plusieurs ministères. Si elle tire un réel plaisir de son travail, Gaitree tient toujours à comprendre le pourquoi d?un monde qui dérive.
Elle essaie de trouver des pistes de réponses en lisant plusieurs textes sacrés comme la Bhagavad Gita, la Bible et le Coran et en discutant avec des amies de confessions religieuses différentes. Une cousine l?incite à aller se renseigner auprès de s?urs de Brahma Kumaris.
«J?ai senti que Dieu m?appelait»
Gaitree est sceptique mais se rend tout de même au centre quatrebornais. Là, elle rencontre une s?ur médecin qui dirige aujourd?hui tous les centres implantés dans les pays du sud-est asiatique. Lors de leurs échanges, Gaitree se hasarde à poser quelques-unes des questions qui la taraudent mais elle est intimidée par la forte personnalité de son interlocutrice.
«Elle avait une telle présence que je n?ai pas osé poser toutes mes questions. C?est difficile à expliquer mais j?ai senti que mes questions sur le moment étaient futiles et que j?obtiendrais les réponses en temps et lieu.»
À partir de cette rencontre, elle se met à suivre le cours d?initiation au raja yoga qui permet «la communion entre l?humain et l?Être suprême à travers le silence et la pensée. à travers ces vecteurs, on connecte son âme à Dieu et on puise de l?énergie divine pour créer et maximiser son potentiel.» Gaitree passe tout son temps libre au centre, jusqu?à ce qu?elle ressente l?appel. «J?ai senti que Dieu m?appelait, qu?il me demandait d?être son instrument. C?était trop fort pour résister.»
C?est ainsi qu?elle décide de consacrer le reste de son existence à l?institution spirituelle Brahma Kumaris. Elle et cinq autres jeunes filles sont consacrées comme s?urs en 1983. Elle démissionne alors de la fonction publique. Depuis, s?ur Gaitree a fait le tour des centres de Maurice et dirige celui de Port-Louis, de même que le Global Peace House à Pamplemousses.
Quand on lui fait remarquer que là également, elle a réussi à s?imposer, elle déclare que le statut lui importe peu. Gaitree a finalement trouvé les réponses qu?elle cherchait. «J?ai la certitude qu?il y a un plan derrière toutes les choses. La vie est un jeu entre trois forces, Dieu, l?humain et la nature. Dieu est exact dans son plan. L?humain, lui, s?est égaré car il s?est coupé de Dieu. Il doit se retrouver.»
Elle est confiante que l?Homme opérera un retour sur lui au moment voulu. «L?humanité ne s?est pas encore réveillée. Elle n?a pas encore compris que le corps n?est qu?une enveloppe charnelle et périssable alors que l?âme est le souffle de vie éternelle. Aujourd?hui, elle ne regarde que l?aspect extérieur et ne vit qu?en se basant sur ses cinq sens. L?esprit est envahi par un trop-plein d?informations. Il ne fait que réagir au niveau superficiel. Lorsque l?humanité se réveillera, elle sentira que c?est son devoir sacré d?opérer un retour sur elle-même, de reconnecter son âme à Dieu à travers le silence. Ce faisant, elle y puisera le bonheur, la paix, la joie, l?inspiration de créer de belles et nobles choses.»
Aucune tentative de prosélytisme
Tous les jours et à chaque heure, les s?urs de Brahma Kumaris pratiquent un exercice de «traffic control». Elles cessent toute activité et font silence dans le but de se raccorder à l?Essentiel. «Nous nous accordons un espace pour nous relaxer, penser à Dieu, nous apaiser et être plus sereines.» C?est justement cet objectif que les Brahma Kumaris veulent atteindre demain mais à l?échelle planétaire avec leur projet Just-A-Minute.
«C?est une initiative de notre centre international à Londres dans le cadre de notre 70e anniversaire et en marge de la Journée mondiale de la Paix. Il s?agit de conscientiser les gens sur l?importance d?observer une minute de silence une fois par jour dans leur vie. Ce projet sera lancé au stade de Wembley à Londres demain devant un parterre de 12 000 personnalités. Cent cinq pays observeront cette minute de silence. à Maurice, on fera de même au Mahatma Gandhi Institute à 19 h 29. Ce projet sera officiellement lancé devant 800 invités par le président de la République et le vice-Premier ministre qui assure l?intérim au poste de Premier ministre. Nous présenterons différents supports permettant d?induire le silence pour que le public sente vraiment ses bienfaits. Cette manifestation sera relayée par la télévision nationale.»
Ce projet joliment ficelé ne cache aucun agenda et encore moins une tentative de prosélytisme. «Notre but n?est pas de convertir quiconque. Nous croyons que nous sommes tous des enfants de Dieu et à ce titre, nous devons avoir un sentiment d?appartenance à l?humanité. Nous croyons en les vertus du silence et nous voyons ses effets sur ceux qui fréquentent notre centre. Nous voulons simplement le partager avec d?autres.» C?est fait?
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