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Le si de la deuxième chance
L?avenir de nos salles de cinéma est fortement compromis par la prolifération des ventes de DVD pirates, nous dit-on. Et, les films comme Coup de foudre à Bollywood ne sortant pas toutes les semaines, on peut comprendre le point de vue des exploitants de salles qui, pour le même prix, préfèrent passer un film de qualité moindre assuré de remplir une salle plutôt qu?un chef-d??uvre ? ou même tout simplement un bon film ? qui n?attirera qu?une poignée de spectateurs.
Si Seulement? est une production anglo-américaine. C?est donc l?histoire d?un couple anglo-américain habitant Londres. Lui, Ian ? Paul Nicholls, est anglais. Il travaille dans la finance pour une firme de la City.
Il est du genre à avoir avalé un manche à balai par l?autre bout de sa personne et il ne peut concevoir son existence présente et future autrement qu?à travers son statut socio-professionnel.
Elle, Samantha ? Jennifer Love Hewitt, est américaine, originaire du Wisconsin (ou de l?Oklahoma, peu importe) et ? pardonnez la formule bon marché ? un océan de différences la sépare de son compagnon. D?abord, elle est violoniste étudiant dans une école prestigieuse ; ensuite, elle est une jeune demoiselle à la personnalité spontanée et fantasque. Pour elle, seules comptent les émotions de l?instant présent, ce qui inclut forcément la relation amoureuse qu?elle vit.
<B>S?aimer malgré les différences </B>
L?histoire commence le matin du jour où il doit présenter un projet important à des investisseurs potentiels et où elle doit passer son audition de fin d?études. Le début du film s?emploie à tenter de nous montrer combien ils s?aiment tous les deux, malgré leurs différences. Mais on constate aussi que Paul Nicholls a oublié que sa compagne doit passer son audition le soir même, qu?il est tout à sa présentation et à son brillant avenir dans la City au point de n?avoir aucune hâte à rencontrer la famille de celle-ci. ??C?est vrai, je suis un crétin?, avoue Paul Nicholls en partant. On a bien envie d?être d?accord avec lui et de trouver que Jennifer Love Hewitt est bien gourde de se mettre en ménage avec un pareil crétin. Mais, on ressent une autre envie encore plus forte : celle de hurler qu?on s?en fiche complètement.
Vu les circonstances, on aurait accepté qu?en plus d?être aveugle et sourd (Jennifer Love Hewitt chante mal), l?amour soit aussi idiot. On s?en serait fait une raison si le film nous avait montré que les deux personnages sont amoureux. Sans aller jusqu?à demander un moment criant de vérité ou même des dialogues scintillants, on se serait contenté d?une certaine intensité dans la voix ou dans les regards, d?une ?alchimie des corps?, de quelques petits gestes, d?un ou deux mouvements de caméra ; bref, de n?importe quoi, le choix est assez large.
Or, les premières quinze ? vingt minutes de Si Seulement?, nous montrent deux acteurs qui disent un texte qu?on qualifierait au mieux de quelconque, tout en faisant les gestes appropriés, rien de plus. Le duo Paul Nicholls ? Jennifer Love Hewitt est appelé à devenir l?un des plus fades de l?année 2005. Et, à propos de mauvais numéro, Jennifer Love Hewitt, faisant irruption dans la présentation de Paul Nicholls, nous fait un numéro digne de Bridget Jones, mais du deuxième volet. Avec la différence qu?on pouvait se prendre de sympathie pour Renée Zellweger dont le personnage faisait vrai, alors que dans le cas présent, on ne ressent que de la gêne.
Pourtant, l?argument du film n?est pas si mauvais, même s?il n?a rien d?original. Le soir, après une présentation catastrophique pour l?un et une audition qui s?est bien passée pour l?autre, le couple se dispute et Samantha s?en va. Elle monte dans un taxi qui fait un accident dans lequel elle trouve la mort. Fou de chagrin, Ian comprend combien il n?a pas su aimer Samantha et souhaite de tout son être revivre cette journée depuis le début. Le destin lui accorde une seconde chance : il se réveille le matin aux côtés de Samantha vivante et sa réaction de terreur abjecte est l?unique grand moment de ce film.
Les lecteurs ayant un minimum de véritable culture musicale peuvent dormir tranquille. Si Seulement? ne s?adresse pas à eux. Jennifer Love Hewitt incarne une violoniste étudiant ?dans une des plus prestigieuses écoles du monde? dit son personnage. On suppose le Royal College, la Royal Academy, Trinity ou Guildhall et le jour de son audition finale, on s?attendrait à la voir pratiquer.
<B>Arracher des larmes d?émotion</B>
Au lieu de quoi, son violon reste non pas dans son étui, mais posé négligemment dans un fauteuil et la belle chante une chanson avant d?aller faire la classe à un groupe d?enfants (parce qu?elle aime les enfants), et d?aller ensuite passer le reste de la journée avec sa meilleure copine.
Lorsqu?elle revit la journée fatidique, c?est pour aller traîner avec son amoureux dans un petit village perdu, loin de Londres. Son audition se fait au sein d?un orchestre (trois ans pour ça ?) qui accompagne une soprano chantant un air d?opéra. Puis, lorsqu?elle revit sa journée, elle chante sa chanson style ?variétoche? accompagnée par l?orchestre et tout le monde est content. Le moment est digne de Fame, la série télévisée d?il y a vingt ans, mais les bruitophiles ou tapageophiles, eux aussi, peuvent rester chez eux. Ce film ne leur est manifestement pas destiné : pas assez de bruit.
Restent les fleurs bleues, les âmes sensibles et délicates : l?idée de ce jeune homme décidé à montrer à sa compagne combien il l?aime et vivant cette journée comme si elle était la dernière ? parce qu?il sait très bien que c?est la dernière journée ? passée en sa compagnie, a potentiellement de quoi leur arracher des larmes d?émotion.
Malheureusement, elle se traduit à l?écran par une succession de moments plats et de scènes convenues ou tout simplement ridicules. Paul Nicholls emmène Jennifer Love Hewitt loin de Londres, dans son village natal situé dans une région montagneuse (à noter que les montagnes les plus proches sont celles du Pays de Galles, à presque une journée de Londres).
Tous les clichés y passent : la scène sous la pluie dans les montagnes, l?histoire de son père ?ce héros?, la maison familiale au milieu de nulle part maintenant abandonnée, le pub, etc. Autant de scènes qui ne riment à rien et qui ne sont porteuses d?aucune émotion parce que redisons-le, entre ces deux personnages, rien ne passe.
Ce qui nous fait une heure et quarante-cinq minutes pour rien ou presque. Il y a les paysages bucoliques qui semblent sortis d?une brochure pour touristes, aussi typiquement pittoresques que ces images de la capitale britannique tournant autour de Picadilly, de St Paul et de Westminster. Images qu?on qualifiera de convenues et rassurantes, probablement destinées aux habitants des États-Unis et des pays du Tiers-monde. Si seulement, comme l?ont fait remarquer plusieurs critiques, le réalisateur et le scénariste avaient été plus inspirés?
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