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Le secteur privé attaqué

14 mai 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La mort lente du secteur privé traditionnel est programmée à travers le Competition Bill. Sa complexité, sa rigidité, mais également les paramètres à respecter pour ne pas se voir infliger une amende représentant 10 % de son chiffre d?affaires annuel sont autant de difficultés à surmonter. Dans le pire des cas, le permis d?opération de l?entreprise privée sera résilié.

C?est ce qui ressort des propositions de Cader Sayed-Hossen le président de la commission pour la démocratisation de l?économie. Il a envoyé une lettre aux opérateurs (notamment des supermarchés), le 26 avril, pour leur faire part de ses recommandations au sujet du Competition Bill.

Dans le deuxième paragraphe de la lettre, il précise que le gouvernement veut, à travers ce projet de loi, s?assurer qu?il n?y a pas une situation de monopole dans le secteur de la grande distribution. La lettre précise aussi de manière floue que ce projet de loi veut appliquer les règles relatives à la compétition dans ce secteur de la consommation.

Jacques de Navacelle, président du Joint Economic Council (JEC), confie à l?express que le secteur privé, visé directement par cette future loi, devra inévitablement réagir et ?voir les implications légales et sa constitutionnalité?.

Ce qui fait peur au secteur privé dans ces recommandations c?est, qu?entre autres, il est interdit d?importer des marchandises et en même temps de posséder une ou plusieurs chaînes de supermarchés. Le revendeur ne pourra plus porter également le chapeau d?importateur.

Ireland Blyth Limited (IBL) est directement visé par ce texte. Le groupe possède les supermarchés Winners et est actionnaire de l?hypermarché Shoprite. Il est aussi un très gros importateur de produits de consommation courante : le fromage Kraft et les produits l?Oréal, mais aussi des produits frigorifiés, le thon en conserve de Princes Tuna, des produits BIC, le beurre et le lait Plume rouge, etc.

Certaines marques comme Kraft, le thon en boîte, le Corned Beef Impérial, le dentifrice Colgate, les savonnettes Palmolive occupent près de 80 % du marché. Sous la nouvelle loi, le plafond devrait être fixé à 30 % seulement.

Le Competition Bill nuira également à Rogers. Sa filiale Cerena importe notamment les jus d?orange Sunquick et domine à 80 % du marché, le whisky King Robert de même que les insecticides Doom et des conserves. Or, Rogers possède 26 % d?actions au sein de Somags, entreprise qui détient les supermarchés Spar et les hypermarchés Jumbo Score.

Les autres entreprises visées sont : Food & Allied Industries Limited (FAIL), en situation de monopole au niveau de la farine et du poulet. Les chaînes de fast-food Kentucky Fried Chicken sont perçues comme du ?Cross-Share Holdings dans un deuxième temps?.

Consommation bouleversée

Phoenix Beverages Ltd, qui commercialise la bière Ph?nix et Coca-Cola contrôle plus de 70 % du marché des boissons. Dans le nouveau projet de loi, il serait considéré comme en situation de monopole.

D?autres entreprises risquent de passer à la trappe si le texte ratisse large. Surat qui contrôle 70 % du marché des fruits ; Moroil qui détient 65 % du marché de l?huile comestible ; Manzdel, qui, avec le lait Red Cow, contrôle 65 % du marché.

Limiter à 30 % seulement la part d?un produit sur le marché bouleversera la consommation, estiment des commerçants. ?Le risque que les grosses entreprises cessent d?importer les produits connus est réel. Pire, le consommateur risque d?avoir des produits inférieurs à un coût supérieur.?

Une étude effectuée par des commerçants dans le secteur de la grande distribution conclut que si cette loi est appliquée dans toute sa rigidité, de nombreux produits pourraient coûter de 30 % à 50 % de plus. Ils importeront moins les grandes marques. Du coup, les consommateurs paieront plus cher des produits similaires.

Autre proposition de Cader Sayed-Hossen : l?exclusive dealing. Plusieurs groupes hôteliers et même des supermarchés refusent de vendre certaines marques de bière ou de boissons gazeuses. Or, cela pourrait devenir un grave délit. Le consommateur, ainsi que le touriste, devrait avoir le choix et non être contraint de consommer certaines marques limitées dans les bars d?hôtels ou autres débits de boissons, mais aussi en supermarché.

Mosadeq Sahebdin, responsable de l?Institut pour la protection des consommateurs (ICP), accueille, lui, favorablement ces recommandations, surtout au niveau des clauses anti-cartels, l?exclusive dealing, et l?abolition de la domination du marché de certains produits ?comme le fromage Kraft, le lait Red Cow, dont les prix continuent de flamber chaque année?.

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