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Le secteur de la bijouterie expose ses difficultés
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Le secteur de la bijouterie expose ses difficultés
Deolall Mohaband a de longues années de métier. A sa modeste bijouterie, ce quinquagénaire a voué toute son existence. Enfin, presque. Il succombe au charme de l?or et de l?argent après ses études primaires, à 12 ans. La bijouterie Ajay, qu?il a créée depuis 26 ans, à son domicile, à Tyack, Rivière-des-Anguilles, ne draine pas du monde. Encore moins, les touristes de passage dans le pays.
«Je vends mes produits aux habitants de la campagne, murmure-t-il. Mais que voulez-vous, ces gens-là ne sont pas riches. Les chauffeurs de taxi et les tour-opérateurs ne m?amènent aucun touriste. De toute façon, je n?ai pas de quoi leur payer de gros pourboires», lâche Deolall Mohaband, désabusé.
De la manne que les artisans espèrent recueillir du passage de centaines de milliers de touristes, Deolall Mohaband ne sait combien il tirera. Il n?est sûr que d?une chose, les cours des métaux précieux ont été multipliés par quatre en l?espace de dix ans. «Aujourd?hui j?achète le gramme d?or et d?argent respectivement à Rs 910 et Rs 20, contre Rs 250 et Rs 5 en 1998. Les bijoux deviennent trop chers pour la plupart de nos clients, qui rechignent surtout à payer la taxe sur la valeur ajoutée, trop exorbitante», explique-t-il.
A la One-day workshop for the development of the jewellery sector, hier à Bell-Village, l?histoire de bon nombre d?artisans bijoutiers ressemble à celle de Deolall Mohaband. Rajesh Jeetah, ministre de l?Industrie et des Petites et Moyennes entreprises (PME), ainsi que des membres de diverses institutions étaient présents. L?objectif de la rencontre est d?apporter des solutions aux diverses questions posées par les bijoutiers.
<B>Marché noir</B>
Sadna Sokhal, présidente du Jewellery Advisory Council, a énuméré les principales difficultés des artisans bijoutiers. Ce sont, entre autres, le cours des matières premières, particulièrement celui de l?or, la taxe sur la valeur ajoutée, les bijoux fantaisie (fancy jewelleries), l?accessibilité aux touristes, le marché noir (marché parallèle) et? l?accès à l?internet.
«Nous souhaitons la modernisation du secteur, un marketing plus élaboré, la formation de beaucoup plus de spécialistes en design, et la réduction de notre dépendance vis-à-vis de la main-d??uvre étrangère», a-t-elle souligné. En demandant à l?Industrial and Vocational Training Board d?aider à acquérir l?expertise nécessaire pour une relève de qualité, Sadna Sokhal exhorte les bijoutiers à se départir de l?esprit d?éternel assisté.
Rajesh Jeetah, quant à lui, estime que malgré les difficultés auxquelles les bijoutiers sont confrontées, des opportunités ne manquent pas dans le secteur. «Mon ministère prendra des mesures appropriées pour consolider ce secteur qui a de gros potentiels. Nous devons prendre au sérieux le projet de création d?un jewellery village. Il pourra être réalisé si nous nous mettons tous d?accord et restons réalistes», a déclaré le ministre de l?Industrie et des PME.
Le président de la Fédération des bijoutiers, Sawmy Pillay, a déclaré à l?express que l?augmentation de la productivité, grâce à l?utilisation de technologies de pointe, et l?amélioration de la qualité des produits, sont les principales préoccupations des bijoutiers. Il demande également l?intervention des pouvoirs publics afin de faciliter l?accès au marché sud-africain de l?or aux Mauriciens. «La création du jewellery village permettra également à tous les artisans bijoutiers de montrer leurs produits aux touristes», plaide Sawmy Pillay.
Iqbal Hossen, gemmologiste et diamantaire, consultant indépendant, pense que «le secteur de la bijouterie est prometteur, malgré les difficultés que nous avons à vendre les bijoux fabriqués à Maurice. L?important est de rétablir la confiance des bijoutiers, afin qu?ils continuent d?apporter à leurs produits une touche locale, qui reflète essentiellement la culture mauricienne», a-t-il déclaré.
Deolall Mohaband est perdu dans ses pensées. «Les produits que nous fabriquons n?intéressent plus tellement les clients, explique-t-il. Ils sont facilement attirés par des bijoux importés de l?Inde, du Pakistan ou d?ailleurs. Certains importateurs n?ont même pas de licence, et ne paient pas de taxes. La mentalité des clients a bien changé avec le temps», conclut-il.
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