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Le savant et le politique

15 juin 2008, 00:00

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Le Premier ministre a exprimé sa grande satisfaction du budget 2008-2009. Il a insisté sur sa contribution personnelle à son élaboration, tout en félicitant le ministre des Finances pour l?ardeur mise au travail. Ce budget constitue un tournant dans les rapports complexes qu?entretiennent les deux hommes. Des rapports marqués tantôt par des moments de grande complicité, tantôt par des moments de fortes tensions.

Navin Ramgoolam est l?héritier politique de sir Seewoosagur Ramgoolam (SSR). Avec le recul, même ses adversaires les plus acharnés et ses critiques les plus virulents reconnaissent aujourd?hui en SSR les qualités d?un grand homme politique, d?un visionnaire, qui a su, lors des différents moments de sa longue carrière politique, capter les grandes tendances pour réussir son projet politique. Il a su rassembler pour faire avancer le processus démocratique et assurer le développement socio-économique du pays. SSR a réalisé tout le potentiel des « Années Glorieuses » symbolisées par la mise en place du « Welfare State ».

De 1982 à 1995 c?est sir Anerood Jugnauth comme Premier ministre, avec Paul Bérenger, Vishnu Lutchmee-naraidoo et Rama Sithanen comme ministre des Finances successifs, qui a piloté une phase décisive du développement économique du pays, connue comme les années du miracle économique. Par la suite, le pays a eu besoin d?un nouveau modèle socio-économique pour relever les nouveaux défis, dont ceux de la mondialisation. La quête d?un tel modèle a été longue.

Navin Ramgoolam fait son entrée en politique en 1990 après de longues années passées en Angleterre. Son enfance et son adolescence ont été marquées par la politique, dominée par la lutte de son père à la tête du PTr pour l?indépendance. Ce n?est qu?à l?âge de 40 ans qu?il s?engage dans la politique active, à une période où en Angleterre, Tony Blair est en train de révolutionner le Parti travailliste anglais. Ce mouvement de modernisation de l?idéologie travailliste est une source d?inspiration pour Navin Ramgoolam.

Mais l?inspiration est davantage de l?ordre du prêt à penser, comme va le démontrer son premier mandat de PM de 1995-2000. On en retient une grande naïveté, un manque de préparation évident et l?absence d?un réel projet de société. Son allié, le MMM de Paul Bérenger deviendra très vite à ses yeux un « liability », car perçu comme voulant lui faire de l?ombre.

Il s?en sépare en 1997 et en 2000, il perd les élections générales qui voient la victoire de l?Alliance MSM-MMM de nouveau réunis.

C?est en 1990, après s?être fait une réputation de brillant économiste, que Rama Sithanen décide d?entrer dans la politique active. Elu MSM en 1991, il sera ministre des Finances jusqu?en 1995, succédant ainsi à Vishnu Lutchmeenaraidoo. Il ne sera pas élu en 1995. En 2000, il se rallie au PTr et est de nouveau battu. Navin Ramgoolam et Rama Sithanen font ensemble la traversée du désert. Ils se rapprochent, se respectent, s?apprécient et travaillent ensemble pour la reconquête du pouvoir.

Durant cette période Rama Sithanen est consultant international, trouve du temps pour préparer une thèse de doctorat en sciences politiques et intervient de manière régulière et pertinente dans le débat public. Il se documente, lit, réfléchit et analyse les grandes problématiques du moment pour nourrir un projet de société et un programme de sortie de crise. Sa pensée s?inscrit dans le courant d?une gauche réaliste et moderne qui s?est à la fois réconciliée avec l?économie du marché et est consciente de la nécessité de garde-fous par l?Etat. Il est parmi les têtes pensantes du programme de l?Alliance sociale axé sur la modernisation et la démocratisation de l?économie et de la société.

Une fois au pouvoir il doit composer avec les dures réalités d?une économie mauricienne à la dérive. La réforme socio-économique devient une urgence car la priorité des priorités est la création de richesses. Il sait qu?une approche purement idéologique va déboucher sur une démocratisation de la misère. Engager une telle réforme après avoir été élu sur une plate-forme de démocratisation exige beaucoup de qualités : conviction, courage, compétence, audace et imagination. Il propose en 2005-2006 un nouveau modèle socio-économique de développement - que le pays attendait depuis plus dix 10 ans.

Le PM connaît lui aussi les enjeux économiques, mais le politique doit tenir compte de la politique. Tout en soutenant Rama Sithanen, il laisse s?exprimer les critiques au sein de son parti sur un certain nombre de volets du projet de réforme. Le politique fait confiance au savant, mais pas de manière aveugle. Il écoute toutes les sensibilités car il croit que le débat démocratique - même avec ses excès ? aide à trouver de meilleures solutions. En démocratie, il s?agit de convaincre et non de vaincre, et cela vaut aussi pour le savant. La démocratie n?est pas une république des savants.

Depuis 2005, Navin Ramgoolam a choisi de ne pas être un leader « ki tusel conne tou lor tou » mais celui qui prend le temps d?écouter, de chercher d?autres avis, de jauger avant de trancher. Quitte à ce qu?on lui reproche tantôt sa lenteur tantôt son manque de soutien à son ministre des Finances. Sur un certain nombre de dossiers, il a tenu à faire comprendre non seulement que c?est lui le boss, mais qu?il arrive à obtenir des solutions politiquement plus justes et équitables.

Au-delà des différences dans le style, l?approche et les méthodes, c?est leur « shared vision » qui a permis d?engager le pays sur la voie de la réforme. Le budget 2008-2009 est le fruit d?une collaboration en bonne intelligence entre le savant et le politique.

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