Publicité
Le sauvetage du sucre prévu dans un plan ambitieux
Par
Partager cet article
Le sauvetage du sucre prévu dans un plan ambitieux
Le gouvernement a adopté hier un ambitieux programme de réforme de l?industrie sucrière afin de lui permettre de survivre. Le plan étalé sur dix ans s?attaque à tous les aspects de ce secteur vital pour l?économie. En gros, le plan de réforme accélérée vise à régler les problèmes au niveau de la production, à développer les sous-produits à valeur ajoutée de la canne et à réduire les coûts de production.
Le projet adopté hier par le Conseil des ministres décline une approche et une vision globale et intégrée de ce que devrait être le « cluster » de l?industrie cannière. Il ne s?agit plus de ne produire que du sucre.
Importer de la mélasse
La réforme en profondeur préconisée implique la centralisation accélérée des usines sucrières, une utilisation plus poussée de la bagasse pour la production d?énergie électrique, la rationalisation et le regroupement des exploitations des petits planteurs, une réduction des coûts de la main-d??uvre à travers un deuxième plan de retraite volontaire et le développement de sous-produits, comme l?éthanol.
Un des points forts de ce plan : le développement d?une industrie de production d?éthanol couplé au développement d?un port dédié aux produits énergétiques dans le Sud. En effet, la région de Vieux-Grand-Port-Mahébourg sera transformée en un ethanol hub. L?objectif visé est de produire 30 millions de litres d?éthanol d?ici 2015.
Dans un premier temps l?ethanol hub transformera la mélasse locale en éthanol. Et,dans un deuxième temps,, Maurice pourra importer de la mélasse pour la transformer. La dernière étape : le pays pourrait importer de l?éthanol pour le traiter et le réexporter.
L?éthanol produit devrait être utilisé comme carburant pour les véhicules. Dans un premier temps, il s?agit de réussir à le mélanger à de l?essence dans une proportion de 10 %. Avec pour but d?arriver à un mélange de 25 % d?éthanol en 2015. Le gouvernement est conscient que le principal obstacle pour le développement d?une industrie de production d?éthanol est l?importante quantité de vinasse ? un déchet nocif de la production d?éthanol ? dont il faudra se débarrasser. En petite quantité, la vinasse peut être utilisée dans les champs de cannes comme fertilisant.
Mais la surface sous culture à Maurice est insuffisante pour absorber de grandes quantités de vinasse. Au Brésil, numéro un mondial de producteur d?éthanol, le problème ne se pose pas en raison de l?immensité de terres sous culture de cannes.
Acheminer le «jet a 1 fuel»
La Mauritius Sugar Authority (MSA) a été chargée d?une étude de faisabilité sur la production d?éthanol. Le problème de la vinasse figure au cahier des charges de cette étude.
Couplé à cet ethanol hub figure la création d?un port dédié aux carburants énergétiques dans le Sud. Ce port aura pour vocation de manutentionner le flux d?importation et d?exportation d?éthanol. Comme expliqué plus haut, dans un premier temps la distillerie d?éthanol traitera la mélasse produite localement. Elle importera ensuite de la mélasse et de l?éthanol pour la transformation. L?éthanol exporté passera aussi par ce port.
D?autre part, ce port accueillera aussi le charbon qui sera utilisé par les centrales à combustion mixte bagasse-charbon, qui se développeront à grande échelle à travers l?île et dans le Sud. Le port de carburant acheminera aussi le « Jet A 1 Fuel » utilisé par les avions de l?aéroport de Plaisance. Ce port dédié aux carburants sera un concept entièrement nouveau à Maurice.
DEUXIÈME VRS
Le plan de réforme prevoit aussi une réduction des coûts, notamment à travers une réduction de la masse salariale. Après un premier plan de retraite volontaire concernant 8 000 employés de l?industrie sucrière, on prévoit un deuxième plan de retraite volontaire (VRS) concernant 4 000 personnes. Les conditions de compensation restent les mêmes. Toutefois, la limite d?âge pour bénéficier de ce plan a été rabaissée. Selon le dernier VRS, l?âge limite pour les femmes était de 50 ans et pour les hommes de 55 ans. Le nouveau plan prévoit qu?une employée pourra postuler pour une retraite volontaire à 45 ans et un homme à 50 ans.
PLUS QUE SIX USINES EN 2008
Le plan de réforme accélerée pour le secteur sucre prévoit une ?accélération du processus de centralisation au niveau des usines sucrières. Au nombre de 11 actuellement, celles-ci ne devraient plus être que six d?ici 2008. Les procédures de fermeture resteront toutefois les mêmes, elles devront etre adressées aux autorités gouvernementales compétentes.
La Mauritius Sugar Authority (MSA) travaille déjà sur l?élaboration d?un plan global de centralisation en consultation étroite avec l?industrie. Il s?agit de rationaliser les délimitations des ?factory areas? et de trouver un consensus sur un plan de centralisation qui tienne en compte le partage des cannes et des coûts de transport efficients.
Le plan accéléré de réforme prevoit que la production sucrière baissera, passant d?une moyenne de 575 000 tonnes actuellement à 550 00 tonnes en 2015. La superficie sous culture de cannes se contractera également, passant de 72 000 hectares à 65 000 hectares.
REGROUPEMENT DES PETITS PLANTEURS
Le plan de réforme fait la part belle au sort des petits planteurs. Le gouvernement réalise que dans la bataille pour plus d?efficience et de productivité, il est vital de rattrapper le décalage de production entre les petits et les grands planteurs, dont les usiniers-planteurs. Le gouvernement compte s?attaquer encore une fois à l?épineux problème du regroupement des petits planteurs afin de rendre viable ces exploitations et de permettre un deploiement efficace des programmes d?épierrage, d?irrigation et de mécanisation. Sur de trop petites parcelles, ces programmes ont des coûts prohibitifs et sont voués à l?échec.
Apres l?échec des Land Area Management Unit (LAMU) des années passées, le présent gouvernement introduit le concept des « mini estates » Le plan vise les exploitations de moins de quatre arpents. Un plan pilote de regroupement des petits planteurs devrait démarrer en décembre 2006 sur une superficie de 2 000 arpents. L?objectif est de convaincre les petits planteurs des avantages du regroupement. Le plan de séduction est assorti de facilités financières et d?accès aux equipements et services à des taux bonifiés.
Il y a actuellement 21 000 hectares sous irrigation ; le plan vise 31 000 hectares. Le gouvernement compte aller vite sur cet aspect pour réaliser son objectif entre 2007 et 2011.
CHAQUE USINE AURA SA CENTRALE ÉLECTRIQUE
L?optimisation de la bagasse comme source énergétique occupe une place de choix dans le programme de réforme adoptée hier. Actuellement, la bagasse a elle seule fournit 20% de la consommation d?énergie électrique du pays. Si on ajoute la production des centrales à combustion mixte bagasse-charbon, on arrive à un chiffre de 45 %. L?utilisation de la bagasse permet d?éviter l?importation de 200 000 tonnes de charbon. Si on inclut la consommation des usines sucrières, on arrive à un chiffre de 440 000 tonnes de charbon. L?objectif du plan est d?arriver à économiser 330 000 tonnes de charbon et, en incluant la consommation énergétique des sucreries, ce sont 525 000 tonnes de charbon que le pays n?aura pas à importer.
Le plan de réforme prévoit de produire 600 gigawatts-heure (Gw/h) d?électricité à partir de la bagasse uniquement, contre 325 Gw/h actuellement. Au total, les centrales électriques de l?industrie sucrière devraient produire 1 700 Gw/h d?électricité en 2015 ,en incluant les centrales brûlant aussi du charbon.
Chacune des six usines sucrières qui resteront en operation auront une centrale électrique. La centrale de Savannah, avec une capacité de 82 megawatts, entrera en opération en 2008. Médine aura elle une centrale de 35 megawatts entre 2011 et 2012. Les centrales actuelles de Fuel et de Deep-River-Beau-Champ seront remplacées par des infrastructures flambant neuves, mais avec la même capacité, entre 2008 et 2011.
Une des nouveautés concernant la production d?énergie électrique est que le plan de réforme prévoit la plantation de cannes à haute teneur en fibres uniquement pour être brulées dans les centrales électriques. La production de ce type de cannes coûte moins cher que les cannes destinées à la production de sucre. Elles peuvent étre cultivées sur les terres marginales.
Publicité
Publicité
Les plus récents