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Le sapin, de la forêt au salon

21 décembre 2005, 20:00

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Midi, hier. Le commerce annuel des sapins démarre. Une industrie, en prélude à Noël, où les vendeurs écouleront des arbres abattus dans les réserves de l?Etat. La journée de ces saisonniers débute avant l?aurore pour se terminer après le coucher du soleil. Mais les arbres que vous proposent ces marchands ne sont pas des sapins, qui sont introuvables à Maurice (voir hors-texte). Les vrais ne poussent que dans les régions nordiques ?

Le département des Bois et Forêts du ministère de l?Agro-industrie fixe la consommation 2005 en sapins à quelque 16 000 arbres, contre 14 000 l?année écoulée. Ses réserves, à Nouvelle-Découverte et dans la région de Mare-aux-Vacoas, ont déjà été prises d?assaut aux petites heures hier matin. ?Ces arbres sont entre 2,5 à 3 mètres?, explique le conservateur aux Bois et Forêts, Hans Paupiah.

L?Etat fournit à hauteur de 80 % les besoins en sapins. Pendant les fêtes, le département ouvre ses terres à ces vendeurs qui, munis de serpes et de tronçonneuses, viennent s?y approvisionner. Le prix à la source est de Rs 50 pour ces derniers et Rs 60 pour les individus se présentant dans l?un des quatre points de vente des Bois et Forêts : Curepipe, Abercrombie et Quartier-Militaire (voir hors-texte sur les prix). Il est toujours question d?abattage illégal. Mais les gardes-forestiers veillent au grain, ajoute Hans Paupiah. Abattre et vendre. Heureusement que c?est éphémère.

Devant le mur longeant le cimetière de Saint-Jean se dresse un rideau vert de sapins respirant la fraîcheur. Ici, le maître des lieux est un habitué de la coupe et vente du sapin. A 55 ans, Said Jahangee compte trois décennies dans le business. Il s?y connaît en flore étant coupeur de bois dès l?âge de 14 ans. Ancien employé des Bois et Forêts, il s?approvisionne sur leurs terres.

Alors que ses compétiteurs font le va-et-vient quotidien entre les réserves des Bois et Forêts et leurs points de vente respectifs, Said Jahangee a une approche différente. Il coupe la totalité de son stock, charge les 250 arbres sur son camion rouge, s?installe à Saint-Jean et campe jusqu'au 24 décembre. ?Je veille sur les morts le soir. Je ne rentre chez moi, à Curepipe, qu?une seule fois pour boire une tasse de thé bien chaud?, raconte-t-il.

Marges respectables

Non loin de Saïd Jahangee, au rond-point de Trianon, s?affairent Jessen et son équipe. Avant même que le soleil matinal ne caresse la cime des sapins, ils les abattent à la tronçonneuse. La première étape de son long parcours à travers les forêts est Salazie, explique Jessen, tout en aidant à décharger les sapins, et apportant les dernières retouches à l?aide d?une petite tronçonneuse. Les copeaux de bois volent dans toutes les directions. Tout doit être fin prêt avant le déjeuner, l?heure de la première ruée des clients.

Pour lui, ?les marges de profits sont respectables qui s?avèrent être d?une grande aide en cette période de fêtes?. Le déchargement arrive à terme. La tronçonneuse est muette. Un groupe de clients s?avance.

Chercher le sapin au fin fond des forêts est contraignant. Il faut se lever tôt et braver les pièges inhérents à nos bois. André Biarri, rencontré sur l?aire de stationnement de l?église Notre-Dame-de-Lourdes, Rose-Hill, démarre chacun de ces quatre jours par un parcours du combattant, puisqu?il renouvelle son stock quotidiennement (voir ci-contre). Aux ronces griffant les bras et cinglant le visage s?ajoutent les piqûres de guêpes. Ses sapins installés, il s?en va à pas pressés : ?Je dois me doucher. J?ai tant de sève de sapin sur les mains?.

Pour Vanessa et Emmanuel, deux cousins de 16 ans, la vente des sapins est une affaire de famille. Alors que leurs pères s?activent tôt dans l?abattage des arbres, les enfants prennent le relais pour leur permettre de se reposer.

Commercialiser chaque année, au même endroit, entraîne la fidélisation de sa clientèle. Said Jahangee considère cette frange comme ses VIP, et leur accorde un traitement identique. Ses clients, dit-il, avec fierté, font le déplacement de Trou-aux-Biches à Saint-Jean pour s?en procurer ?car ils sont assurés d?une bonne qualité d?arbres et d?un service agréable?. En contrepartie, il leur offre le transport.

Dans ce business, on noue des relations commerciales avec des personnalités politiques. A l?instar des cousins Vanessa et Emmanuel, qui comptent comme clients le ministre des Administrations régionales, James-Burty David et les chanteurs de séga Serge Lebrasse et Jean-Claude Gaspard.

VITRINE

Des arbres pour toutes les bourses

■ Il y en a de toutes les tailles et pour tous les goûts? Les arbres de Noël sont partout, à quelques jours du 25 décembre? Le cyprès est le plus cher mais le plus beau, l?araucaria se classe en seconde position et le pin qui est le plus populaire, est aussi le moins cher ? et le plus vendu. Ces arbres peuvent être potentiellement obtenus au rabais à 10 heures du soir le 24 décembre car les arbres non vendus seront jetés aux ordures. La seule variété d?arbres de Noël vendue à l?Espace Jardin sont les Araucarias, aussi bien en pot que coupés. En pots, ils coûtent entre Rs 950 et Rs 1 500 dépendant de la taille. Une dizaine d?arbres seront reçus en magasin aujourd?hui et les prix seront réduits de Rs 100 à Rs 75, mais le choix est très limité en raison du nombre de produits exposés. Au rond-point de Trianon, Jessen ne vend que des pins entre Rs 100 et Rs 125. Les arbres sont d?une hauteur raisonnable et le feuillage coloré et frais ? un bon rapport qualité-prix. Pour un plus grand choix, le mur longeant le cimetière de St-Jean est la parfaite vitrine. On y retrouve des cyprès, les arbres les plus chers en vente, entre Rs 300 et Rs 400. L?araucaria est à Rs 250 et les pins à Rs 100. Chez Said, la qualité est excellente, ce qui lui doit des clients fidèles. En face de l?église Notre-Dame- de-Lourdes, deux compétiteurs vendent exclusivement des pins.Chez Vanessa et Emmanuel, ils sont entre Rs 125 et Rs 200. André par contre affiche un prix minimum de Rs 100 et va jusqu?à Rs 150. André renouvelle son stock quotidiennement jusqu?au 24, ce qui assure la fraîcheur des arbres. Les arbres de Noel artificiels sont divisés en deux catégories ceux en dessous et en dessus de Rs 1000. Le sapin de huit pieds est à Rs 3750 et celui de sept pieds est à Rs 3 450, ils sont de très bonne qualité et portent une très grande ressemblance à un sapin naturel. Ce qui ne vaut pas nécessairement pour l?autre catégorie, qui n?est pas d?aussi bonne qualité. Le modèle mesurant sept pieds est à Rs 771 et celui de quatre pieds à Rs 295.

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