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le sanglant ballet d?une blonde justicière
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le sanglant ballet d?une blonde justicière
Quentin Tarantino orchestre une éblouissante chorégraphie rythmée par les morceaux de bravoure et la voltige des cadavres. La blonde, très loin des stéréotypes, est incarnée par une Uma Thurman impressionnante. Le réalisateur revisite aussi différents genres cinématographiques. Un film à découvrir dans nos salles.
Dans Kill Bill, le scénario reste sommaire et la psychologie simplette. Le programme de Black Mamba (Uma Thurman) est d?éliminer un à un tous les membres du gang qui l?a mise au tapis, assassiné son futur époux et de tuer Bill en dernier (ce sera pour le Volume 2).
Dans un halo ténébreux, visage maculé de sang, lui vitreux, elle, Black Mamba, est d?abord couchée, donnée pour morte, gisant dans une chapelle au milieu d?un amas de cadavres. Trucidée le jour de son mariage par un gang à la solde d?un certain Bill.
Du massacre, on ne verra rien, le pourquoi de l?exécution on ne le saura pas, et cette canaille de Bill restera invisible... jusqu?à la seconde partie.
Ainsi Quentin Tarantino affûte-t-il intrigues non linéaires, art du non-dit et suspense. Déjà, du hold-up raté, détonateur des horreurs de Reservoir Dogs, son premier film, on ne voyait jamais les images, comme on laissait planer le doute sur l?identité du mouchard.
Mais voilà Black Mamba debout, revenue d?outre-tombe, longiligne fantôme échappé d?un hôpital où elle purgea quatre ans de coma, à la merci d?une fausse infirmière borgne convertie à l?euthanasie et d?un garçon de salle vénal et vicelard.
La résurrection de Black Mamba, ancienne égérie du Détachement international des vipères assassines, promet du grabuge.
En fait, si l?enjeu de cette justicière impassible est d?ôter la vie à ses pires ennemis, le contrat de Quentin Tarantino est de faire errer quelques vampires resurgis de genres aujourd?hui disparus. Kill Bill se déroule dans le monde du cinéma de quartier et recycle brillamment théâtre d?ombres, manga, giallo, kung-fu.
<B>ÉPÉE INVULNERABLE </B>
Tandis que résonnent le Bang Bang de Nancy Sinatra ou un air de Bernard Herrmann, le sang gicle en geysers, la violence explose en une furie virtuose qui ne vise qu?au geste esthétique, à la fétichisation de scènes cultes et de personnages mythologiques. La mort n?existe pas dans cette épopée picaresque mêlant culture pop et références cinéphiliques.
Les gerbes d?hémoglobine honorent Pollock, les marionnettes aux yeux bridés ne miment les plus atroces trépas qu?après frénésies martiales et voltiges aériennes. L?humour ponctue les baffes qui tuent et tempère les castagnes les plus spectaculaires : folle de rage de s?être fait trancher le bras par Black Mamba, une brune au chignon en brioche lui lance l?injure suprême : «Blonde !»
Le manchot est un personnage récurrent du cinéma d?arts martiaux, comme Sonny Chiba, chez qui l?héroïne va commander son épée invulnérable, est une icône du kung-fu.
La liquidation de la noire Vernita Green, ancienne tueuse devenue mère au foyer dans la banlieue d?El Paso, est prétexte à un éprouvant face-à-face au couteau et au hachoir dans une cuisine transformée en abattoir, et surtout aux films de la blaxploitation que Tarantino avait déjà célébrée dans Jackie Brown.
La jeunesse de la vénéneuse O-Ren Ishii, que nous retrouverons plus tard dans un kimono immaculé évocateur de la Lady Snowblood de Toshiya Fujita, est retracée dans un dessin d?animation à la japonaise sur fond musical de western spaghetti.
Plus versé dans l?arrosage surabondant de ketchup que dans le jet de bol de riz en pleine poire, Kill Bill déroule des épisodes plus ou moins appréciables, mais la très longue séquence finale, mêlant kabuki, chambara (films de sabre japonais) et wu xian pian (cape et épée mandarin) est un époustouflant morceau de bravoure.
Moulée dans une combinaison jaune et noire (celle qu?arborait Bruce Lee dans son dernier film, inachevé, Le Jeu de la mort), Uma Thurman défie des dizaines de yakuzas masqués qu?elle dézingue comme des dominos, terrasse la redoutable Gogo Yubari. Mais nul besoin de connaître les secrets de ce catalogue de citations pour être subjugué par le brio avec lequel Tarantino orchestre sa série de duels.
Encerclée par les bad guys en complet noir, Uma Thurman s?envole, rebondit, pirouette, sabre les pantins qui bavent du rouge, détalent ou chancellent, et tombent comme des mouches, décapités ou démembrés.
Tarantino, pendant quarante minutes, se montre un formidable cinéaste, chorégraphe, calligraphe, orchestrateur d?un éblouissement pictural et sonore.
Le Monde 2003 distribué par The N. Y. Times Syndicate
par Jean-Luc Douin
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