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Le sacre d’une Lionne

24 août 2004, 20:00

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La Camerounaise Françoise Mbango Etone est devenue championne olympique du triple saut en battant la grande favorite de l’épreuve, la Russe Lebedeva, offrant au Cameroun sa première médaille d’or à Athènes quatre ans après le sacre de l’équipe de football à Sydney. Un or inattendu quand on lui promettait au mieux l’argent.

En ce début de deuxième semaine des Jeux, on espérait la Mozambicaine Maria Mutola sur la plus haute marche du podium, comme à Sydney. Figure emblématique de l’athlétisme féminin africain depuis une bonne décennie – elle était déjà présente aux Jeux de Séoul en 1988 – celle qui a accumulé les succès sur 800m a, en partie, été la victime d’une récente blessure qui lui a interdit de se propulser en avant comme elle avait l’habitude de le faire, ne laissant le soin à aucune de ses dauphines de faire la course en tête.

Et au moment de l’emballage final, non seulement elle fut dans l’incapacité de suivre le sillage de la Britannique Kelly Holmes mais elle ne put résister au retour de la Marocaine Hasna Benhassi et de la Slovène Yolanda Ceplak. À 32 ans, Mutola a peut-être tiré un trait sur une aventure athlétique de longue haleine qui l’a propulsée au sommet de la gloire, tant dans son pays que dans le reste du monde. Au moment où elle tirait sa révérence, la Camerounaise Françoise Mbango Etone réalisait le concours parfait au triple saut.

Elle attendait son heure</B>

Premier essai mordu. Deuxième essai, 15m30 à seulement vingt centimètres du record du monde. Ses quatre autres tentatives allaient être de la même veine, la Camerounaise achevant sa série par un dernier essai à 15m30. Par quatre fois elle avait amélioré sa meilleure performance personnelle (15m05) qu’elle avait réussie lors des championnats du monde de Saint-Denis il y a un an. Habituée des podium, personne n’aurait pourtant misé sur sa chance de battre l’imbattable Russe Tatiana Lebedeva.

Et pourtant la native de Yaoundé, installée en France depuis quatre années, a tutoyé la grâce, récoltant le fruit d’un travail pas toujours facile pour une championne immigrée, abandonnée de tous à l’exception d’une sœur cadette qui fait depuis un bon moment office d’entraîneur. “C’est un rêve devenu réalité, a confessé la nouvelle championne olympique, j’espère que cette médaille fera en sorte que dans mon pays et en Afrique on comprenne que les sports individuels peuvent unir le monde dans un stade, qu’on donne de la considération aux athlètes, qu’on fasse un effort pour qu’ils puissent s’entraîner dans de bonnes conditions. Moi, je m’entraîne seule, je n’ai que ma foi…” Message reçu cinq sur cinq : il n’y a pas que le football.

La victoire de Françoise Mbango Etone est celle d’une Camerounaise pas du Cameroun. Une femme de caractère en or, elle n’est pas la seule. Mais après tant de galères dans sa vie au quotidien, c’est une bien belle récompense et un espoir pour toutes celles qui ne comptent que sur elles-mêmes, quelques complicités bienveillantes et leur débrouillardise pour aller toujours plus loin, plus haut et plus fort.

La réussite a souvent ses mystères que la raison ignore. Et c’est très bien ainsi.

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