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Le séisme qui a frappé le Maroc a fait presque 600 morts

28 février 2004, 20:00

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«Nous dormions quand la terre a bougé. Il était alors 2 h 28 du matin. Un bruit assourdissant s?est produit. Les maisons tombaient. Tout y est passé, les anciennes comme les nouvelles bâtisses », raconte un habitant d?Im Zouren, village presque rasé par la catastrophe, cité par le quotidien marocain L?Economiste. « Le courant électrique a été coupé. Les gens sont sortis dans les rues, pieds nus, en pyjama. Ils se dirigeaient vers Sahl Makkour, une plaine où il n?y avait pas beaucoup de bâtiment. La terre a tremblé plusieurs fois. Nous avions l?impression qu?à tout moment, elle allait nous engloutir. »

Un des médecins raconte : « Sur place, nous n?étions pas capables de subvenir à tous les besoins. Les médecins, infirmiers, pharmaciens, se sont tous mobilisés. Il fallait une aide extérieure. Aucune scène de pillage ou de désordre n?a été remarquée. »

« Un désastre complet »

Outre Im Zouren, cinq communes, dont Aït-Kamara, auraient été totalement détruites. Les habitants déambulaient sous la pluie dans les rues jonchées de gravats et ont fini par passer la nuit dehors, redoutant de nouvelles secousses. Une centaine de répliques se sont en effet produites, dont deux particulièrement fortes, à 9 h 15 puis à 11 heures, mardi matin, et une autre à l?aube, mercredi, ajoutant à l?angoisse des sinistrés et compliquant le travail des sauveteurs. « Beaucoup de personnes sont restées prisonnières des gravats, il n?y a pas d?équipement. C?est un désastre complet, le monde doit nous aider ! », a déclaré mardi soir à Reuters Télévision le maired?Im Zouren. Auparavant, il avait indiqué à la télévision publique 2M : « Nous n?avons ni chiens de recherche, ni matériel de levage ou d?outils nous permettant de cisailler des barres de fer ». La zone touchée par la catastrophe abritait entre 300 000 et 400 000 personnes.

Si la ville d?Al-Hoceima (70 000 habitants) semble avoir été peu endommagée, les autorités sont débordées par le nombre des victimes qui arrivent en ambulances. Il n?y a qu?un hôpital dans la ville, et celui-ci est submergé. De nombreux blessés sont soignés dans des casernes, des dispensaires et des centres d?aide sociale, selon l?agence Reuters. D?autres sont évacués par avion sur Rabat, Casablanca et Meknès. En attendant l?appui de la communauté internationale, une vaste opération de secours impliquant l?armée et la marine, appuyée par des hélicoptères, a été aussitôt mise en place au Maroc. Le roi Mohammed VI a annulé ses engagements pour superviser l?opération, a indiqué l?agence MAP. Mardi après-midi, il est arrivé à Tanger et comptait se rendre un peu plus tard sur les lieux du drame.

« Aucun lien avec celui de Baume-les-Dames »

Ce tremblement de terre est le plus meurtrier qu?ait connu le Maroc depuis celui d?Agadir, le 29 février 1960. Cette ville de la côte Atlantique avait été rasée ce jour-là, enterrant sous les décombres 12 000 personnes.

Bien qu?ayant eu lieu quelques heures après le séisme de Baume-les-Dames, en France, la catastrophe marocaine de lundi soir « n?a strictement aucun lien de cause à effet avec le séisme français », souligne le directeur du département de tectonique de l?Institut de physique du globe de Paris, Paul Tapponnier.

Les deux événements résultent de l?affrontement de deux plaques tectoniques, l?une portant l?Afrique et l?autre l?Eurasie et l?Asie. Deux scénarios peuvent expliquer le séisme marocain dans ce contexte tectonique. Le premier suggère l?action régionale d?une faille de chevauchement orientée nord-ouest. Le second privilégie le rôle d?une faille de coulissage orientée nord-ouest/sud-ouest.

@ 2 003 Le Monde ? Yves Bordenave

Distribué par The New York Times Syndicate

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