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Le réveil des exploités de Shenzhen

13 janvier 2008, 00:00

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Sur son lit d?hôpital, Huang Qing-nan raconte l?attaque dont il a été victime le 20 novembre 2007. « J?ai senti une douleur à la jambe et j?ai vu un type qui tenait quelque chose dans un journal. » Deux attaquants lui avaient tailladé la jambe avec un couteau alors qu?il discutait dans une ruelle adjacente au local de Dagongzhe, l?organisation qu?il anime dans l?arrondissement de Longgang, à Shen-zhen. Avec ses immeubles bas, ses rues poussiéreuses, ses échoppes et ses milliers de petites usines, Longgang est l?une des arrière-cours de Shenzhen.

C?est un autre incident qui décida de l?engagement de Huang Qingnan au service de ces paysans venus des quatre coins de Chine pour faire tourner l?« atelier du monde » : en 1999, il se réveille en hurlant dans le dortoir de l?usine. On a versé sur son visage de l?acide. Il a toujours soupçonné l?un de ses supérieurs, furieux qu?il prenne le parti des ouvriers lors d?une dispute. Des ONG de Hong-Kong l?aidèrent à monter une petite clinique. « On s?est aperçu que les gens avaient moins besoin de soins médicaux que d?informations sur leurs droits, et Dagongzhe est né », dit-il.

<B>« Ils ne comptent pas comme citoyens »</B>

Shenzhen est désormais à la pointe des conflits sociaux : les salaires y sont les plus élevés de Chine mais les conditions de travail très rudes. « D?après nos sondages, 40 % des ouvriers n?ont pas de jour de congé hebdomadaire », estime Liu Kaiming, qui dirige l?Institute of Contemporary Observation (ICO). Celui-ci forme des travailleurs migrants, installe des numéros verts et publie des études sur les conditions de travail. « Il y a une forte pénurie de travailleurs à bas salaires. Ceux-ci ont gagné en pouvoir de négociation et ils s?en rendent compte. Pour les travailleurs migrants, leur usine ne représente rien. Ils ne comptent pas comme citoyens », poursuit-il.

Dagongzhe ou l?ICO font partie de l?industrie de « l?intermédiation » qui a prospéré dans le vide créé par l?absence de contrepoids aux abus perpétrés par les employeurs : l?All China Confederation of Trade Union (ACFTU), la centrale syndicale officielle, est absente des entreprises privées et il n?existe pas de cadre pour la tenue de négociations collectives en Chine.

Tous deux ont été menacés</B>

« Vous avez une centaine d?organisations de défense des droits du travail en Chine, mais la moitié sont dans la province du Guangdong et à Shenzhen », explique Liu Kaiming, qui prévoit d?ouvrir des bureaux à Shanghaï et Xiamen. C?est aussi à Shenzhen qu?on trouve des cabinets d?avocats spécialistes des droits sociaux comme celui de Zhou Litai, expert en accidents du travail.

Parce qu?ils sont loin de pouvoir se payer les services d?un professionnel, certains migrants font appel à des gongmin daili, des « conseillers des citoyens ». On en compterait près de 2 000 à Shenzhen et dans sa région.

Nombre d?entre eux sont d?anciens ouvriers : venu du Jiangxi, Li Jinxin, 29 ans, travaillait dans une usine de Shenzhen quand il a découvert Dagongzhe. « J?allais lire dans leur centre. Je me suis dit que je pouvais les aider. J?ai commencé à assister les gens », dit-il. Depuis un an, il a ouvert un bureau de gongmin daili, auquel Huang Qingnan devait également s?associer.

Un autre partenaire, Duan Haiyu, 29 ans aussi, est diplômé en droit et assistant dans un cabinet d?avocats. Après l?université, il a trouvé un emploi dans une agence de recrutement qui faisait venir des paysans. « Je me suis aperçu que l?agence prenait une commission sur leur salaire sans le leur dire. J?en ai parlé, et je me suis fait licencier », explique-t-il. Il a cherché à s?impliquer dans une association qui aide les migrants, puis s?est mis à son compte comme gongmin daili. M. Li, qui débute, prend de 30 à 50 euros par cas, son partenaire, plusieurs centaines et 10 % de la compensation accordée au plaignant.

Tous deux ont été menacés. « Avec la nouvelle loi, les employeurs se disent que leurs coûts peuvent augmenter, alors ils essaient de faire signer de nouveaux contrats. Ils nous accusent de donner des idées à leurs employés », dit Li Jinxin, qui a été kidnappé en octobre 2007, juste avant l?incident qui a mutilé Huang Qingnan. « Un type a appelé en disant qu?il cherchait le bureau. Je suis descendu, ils m?ont mis dans un minibus. Ils étaient six. » Au bout d?une demi-heure, ses ravisseurs l?ont mis à terre et battu. Résultat : une jambe et un bras cassés.

La police soupçonnerait l?un des patrons d?usine d?être derrière l?attaque. Li Jinxin est plus circonspect. Les gongmin daili gê-nent un système où tout est fait pour neutraliser les revendications des employés :

« Un ouvrier qui a un problème doit aller au comité de quartier. On sait que le personnel est formé pour les décourager d?engager des procédures », dit-il. L?administration locale est au service des résidents originels des villages qui ont formé Shenzhen : ils sont 10 % de la population, mais reçoivent un revenu des entreprises qui y sont implantées.

Récemment, les gongmin daili ont trouvé une liste noire de « travailleurs à ne pas employer » dont ils savent qu?elle a été établie par le bureau du travail de Longgang, censé favoriser l?emploi.

<B>@ 2 007 Le Monde- Brice PEDROLETTI ? (Distribué par The New York Times Syndicate)</B>

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