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Le réveil
Curieusement, les affaires impliquant des fonctionnaires corrompus intéressent beaucoup moins l?opinion publique que celles mettant en cause des dirigeants politiques. Pourtant, les agents publics qui abusent de leurs fonctions peuvent compromettre dans une mesure encore plus grande le développement du pays et le bien-être de la population.
Considérons, par exemple, la complaisance des inspecteurs sanitaires vis-à-vis des commerçants qui ne respectent pas les règles d?hygiène. Ce comportement est hautement préjudiciable à la santé des Mauriciens. Cela n?a pas empêché les autorités de fermer les yeux pendant longtemps sur la conduite suspecte de quelques officiers de l?inspectorat sanitaire.
Hier, le ministère de la Santé a enfin réagi. A la suite de notre article sur la corruption parmi les inspecteurs sanitaires (voir «l?express» d?hier), le ministre Rajesh Jeetah a annoncé des mesures «radicales» contre les coupables. Son attitude envoie les bons signaux. Sa détermination réveillera ces inspecteurs qui avaient oublié que leur devoir, c?est de protéger la santé publique. On sait maintenant que, dans au moins un ministère, l?immunité des fonctionnaires est levée.
Cela fait des années que des citoyens ordinaires, et même des officiers honnêtes affectés à l?inspectorat sanitaire, dénoncent les infractions au «Food Act» qui ne sont pas sanctionnées. Les politiciens qui font annuler les contraventions et les inspecteurs qui sont de mèche avec les fraudeurs étaient identifiés comme les principaux responsables de cet état de choses. Mais ni le gouvernement, ni l?ICAC n?avaient pris la mesure de la situation.
Dans l?affaire qui a mis en émoi le ministère de la Santé hier, le déclencheur a été un commerçant qui allègue avoir été extorqué par un cadre de l?inspectorat qui exigeait un pot-de-vin avant de lui délivrer un document requis pour dédouaner des conteneurs. Le cadre en question a été l?objet d?un rapport défavorable de la part de ses supérieurs dans le passé mais aucun suivi n?a été donné à ce dossier. Comme à tous les autres dossiers semblables incriminant d?autres inspecteurs?
Qu?il s?agisse de l?inspectorat sanitaire ou des inspecteurs de la NTA, la commission anti-corruption pourra toujours invoquer un manquement de la loi pour justifier son incapacité à sévir contre les véreux. Elle a raison. La POCA a une faiblesse intrinsèque. Elle ne donne pas à la commission anti-corruption le pouvoir d?enquêter sur l?enrichissement illicite des présumés corrompus. Il lui faut absolument réunir les preuves de la transaction alléguée entre le corrupteur et le corrompu avant d?intenter des poursuites. Sous nos lois, il aurait été impossible d?ouvrir une enquête comme celle menée par la police indienne sur le chef de gouvernement de l'Uttar Pradesh en Inde, Mayawati Kumari, accusée de «holding assets disproportionate to her known income».
On prendra vite conscience du fait que le volontarisme de Rajesh Jeetah est insuffisant. Il faut, en outre, qu?un enrichissement qui ne peut être justifié par des revenus légitimes soit constitutif d?un délit.
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