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Le réseau des îles
«Hé, si vous faites un article sur le gandia, n?oubliez pas de dire aux jeunes que c?est dangereux.» Notre interlocuteur, un policier, ajoute que de plus en plus, les jeunes pensent que fumer de l?herbe est très «cool». Il avoue en voir de toutes les couleurs depuis qu?il est un des responsables, à l?ADSU (Anti drug and smugling unit), de la campagne de conscientisation des étudiants. Son équipe arrête régulièrement des collégiens avec du gandia et traque en ce moment une fille soupçonnée d?être une convoyeuse.
Mais tout cela, explique le policier, est encore gérable. Ce qui l?est moins, c?est l?émergence d?une filière des îles. «En 2000, quand on a commencé à utiliser l?hélicoptère trois fois par semaine, on arrivait à déraciner 55 000 plantes par an. Les prises ont baissé d?année en année. Puis nous avons été surpris par la quantité de gandia découverte chez certains suspects : Jusqu?à 15 kilos», explique un haut gradé de l?ADSU.
Aux Casernes, on est convaincu aujourd?hui de l?existence d?une filière régionale approvisionnant les touristes en visite à Maurice. C?est un marché relativement nouveau qui s?est développé en premier à Grand-Baie et à Trou-aux-Biches pour gagner ensuite la région de Rivière-Noire. «Pour satisfaire ce marché, mais aussi le marché local, les trafiquants importent du gandia de la Reunion, de Madagascar, voire d?Afrique du Sud.»
Ce trafic a commencé à se mettre en place fin 1998. De fait, entre 1998 et 2000, l?ADSU arrête au total 32 personnes qui tentent de faire entrer du «zamal» réunionnais à Maurice en utilisant le catamaran Ahinora. «Ceux-là ont été pris mais on ne sait combien ont pu faire débarquer leur cargaison.»
La particularité de ce trafic est que ces convoyeurs sont tous nouveaux. L?ADSU a d?abord pensé q?un nouveau réseau était mis en place. En fait, il semble que l?occasion faisant le larron, de nombreuses personnes liées à l?industrie du tourisme en profitent pour «dealer».
Difficiles à traquer
Certains touristes sont demandeurs. Même s?ils n?en consomment pas ou peu dans leur pays, ils cherchent des joints ici histoire de se défoncer pendant les vacances. Or, le personnel des hôtels qui se trouve devant une telle demande ne connaît en général pas le milieu et ne sait pas où s?approvisionner sur le marché local. Alors les plus débrouillards se tourneraient vers la Réunion ou Madagascar. Ceux qui mettent en place une bonne organisation sont difficiles à traquer.
«Ils résistent difficilement à la tentation. C?est un commerce très rentable», explique ce policier. Le gandia s?obtient pour quatre fois rien à la Réunion et à Madagascar et on fait une fortune avec à Maurice. Alors, de nouveaux venus s?y mettent, du skipper au Boat house manager en passant par les beach hawkers. La liste de gens arrêtés pour trafic et qui sont liés directement ou indirectement à l?industrie du tourisme est devenue longue.
Si ces trafiquants en herbe sont au début des cibles faciles pour la police en raison de leur inexpérience, ce milieu recèle cependant des professionnels. Il faut beaucoup de travail et de patience pour les prendre.
Un spécialiste de la traque au sein de l?ADSU raconte. «L?année dernière on avait obtenu des renseignements dignes de foi selon lesquels un navire faisant la navette entre Maurice et la Réunion débarquait du gandia en mer. On a mis en place un système de surveillance, mais on n?a jamais pu les prendre sur le fait. Ce débarquement bénéficiait de la complicité de certains membres de l?équipage. On n?a jamais su où et à quel moment ils débarquaient la cargaison dans des emballages étanches. On avait une idée sur le destinataire et nous avons pu retrouver une cargaison de 15 kilos dans des emballages étanches dans un faubourg de la capitale.»
Laxisme envers la drogue douce
L?intérêt de l?ADSU pour la filière des îles s?est de nouveau réveillé la semaine dernière avec la saisie de plusieurs kilos de gandia chez un ex-policier. Tout indique que cette drogue provient de Madagascar. Le suspect importe depuis longtemps de ce pays des produits artisanaux de ce pays qui sont destinés aux marchés local et touristique !
Aujourd?hui, les autorités se désolent des difficultés rencontrées pour lutter contre ces filières à partir de la Réunion et de Madagascar. Là-bas règne un terrible laxisme envers le gandia, qualifié de drogue douce. «Ils ont d?autres priorités que de surveiller des trafiquants de gandia pour nous. Malgré tout, des policiers à la Réunion et à Madagascar sont en contact permanent avec nous et ils nous ont souvent aidés», explique-t-on à l?ADSU où tout le monde est au courant du peu de cas qu?on fait du gandia dans ces pays.
Un enquêteur raconte qu?il y a peu, la police malgache avait déraciné une dizaine de tonnes de plants de gandia. Ils avaient tout déposé à côté du poste de police pour retourner dans les bois afin de déraciner d?autres plants. A leur retour, tout avait disparu. Consommateurs et trafiquants s?étaient servis. Et aucune enquête n?a été faite.
L?ADSU compte maintenant sur la campagne du ministre français de l?Intérieur, Nicolas Sarkosy, contre les drogues douces. Cette campagne se répercutera nécessairement sur la Réunion et pourrait aider à fermer la filière, estime l?ADSU. «Il ne faut pas penser que le gandia importé de la Réunion et de Madagascar est destiné uniquement aux touristes. Il est vrai que ces derniers, surtout les Français, cherchent du gandia et pas du brown sugar. Mais une bonne partie du gandia importé se retrouve sur le marché pour la clientèle locale.»
Le chef de la brigade répète sans cesse à ses hommes que le dealer de bown sugar vendra volontiers du gandia s?il arrive à en trouver. Aux étudiants, il explique : «Ceux qui sont aujourd?hui prisonniers du brown sugar ont commencé par le gandia, qui est également très nocif. La meilleure façon de ne pas tomber dans le piège de la drogue est de ne pas commencer du tout.»
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