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Le Roi Lire
Les Mauriciens ne lisent pas. Faux. La lecture est un loisir qui coûte cher. Archi faux. Bien sûr, on lit moins qu?avant, avec l?avènement de la télévision, des jeux vidéo et d?Internet, mais on lit toujours et la passion de la lecture est renouvelée. De plus en plus, les diverses institutions mettent en avant la littérature jeunesse.
Quand au coût de cette passion, il est vrai que les livres à acheter sont chers, TVA et frais de port obligent. Mais, un livre est toujours un investissement pour l?avenir, la culture ne doit pas avoir de prix. D?un autre côté, les bibliothèques publiques, médiathèques, Centres de Lecture et d?Animation Culturelle (CLAC), et autres, sont là et proposent des abonnements à des prix modiques pour que tous puissent prendre goût à la lecture. Bref, ?si on veut lire, on le peut?, insiste à ce sujet Aimée Chasles, qui dirige les CLAC.
La preuve en est la fréquentation des bibliothèques publiques, CLAC, médiathèque du Centre Charles Baudelaire, ainsi que l?affluence de public aux diverses Foire du Livre. Il suffit, par exemple, de faire un tour à la bibliothèque de la municipalité de Port-Louis, aux heures de pause, notamment à la salle réservée aux magazines et journaux. Il faut parfois se battre pour trouver une place.
Même constat à la bibliothèque Carnégie, de Curepipe. Derrière son comptoir, Marie France Bonnefille, bibliothécaire depuis 26 ans, voit passer de nombreuses personnes, ?entre deux pauses lecture?. Les étudiants en période d?examens ne désemplissent pas les salles d?études, tandis que de jeunes vacanciers viennent s?approvisionner en romans et contes. ?Moi, je dévore, j?aime lire?, déclare toute souriante Reshma Ramloll, 17 ans, ?bientôt 18?, dit-elle fièrement. Chaque semaine, si ce n?est plus, elle vient prendre un livre à la bibliothèque.
Et cela ne se passe pas que dans les villes, comme on pourrait le penser. Car de plus en plus, les institutions quittent les régions urbaines et partent à la rencontre des lecteurs. Les CLAC, par exemple, mis en place sous l?égide de l?Agence Intergouvernementale de la Francophonie et coordonnés par le ministère des Arts et de la Culture, sont présents dans douze villages de la zone rurale, à Maurice et trois à Rodrigues.
A Cottage, dernier centre mis en place, l?on compte déjà près de 250 inscriptions, alors que le centre n?est opérationnel que depuis quelques mois. Dans les autres centres, l?on compte souvent 1000 inscriptions. Ainsi, de plus en plus, la lecture est constamment encouragée, célébrée comme c?est le cas, en ce moment, avec Lire en Fête.
Il faut, très tôt, donner le goût de la lecture aux plus jeunes, les lecteurs de demain. Les livres pour enfants et adolescents, les principales cibles que visent les différentes institutions. Manish, et sa bande de copains, 10 ans tout rond, passent presque tous ses après-midi au CLAC. L?endroit est fait pour les enfants. Il y a des livres, bien sûr, mais aussi des jeux et de temps en temps des animations. Et l?abonnement n?est pas cher. Rs 50 par an seulement. ?On lit et on joue beaucoup. On lit plus des bandes dessinées. Quatre ou cinq par semaine?, dit-il. Marsupilami, lance un de ses camarades, dans un éclat de rire. ?Il faut commencer tôt, comme les livres en plastiques pour bébé?, explique Aimée Chasles.
Il n?y a pas de mauvaises lectures. ?Sur le style, les livres de Harry Potter ne sont pas fameux, mais au moins, l?auteur a su réconcilier nombre de jeunes à la lecture?, ajoute Aimée Chasles, qui se souvient qu?elle dévorait du Tolstoï à l?âge où aujourd?hui on lit les aventures d?Harry Potter. Même chose pour les BD.
?Pourvu qu?ils lisent?, dit pour sa part Philippe Valliès, directeur du projet Lire en Français, de l?Alliance Française et du Ministère des Arts et de la Culture. Le projet démarre à peine mais peut déjà se vanter d?avoir mis sur pied un centre, à Bell Village, qui se veut le centre de référence de la lecture jeunesse à Maurice.
Des milliers d?ouvrages à consulter sur place ou à emprunter, pour Rs 300 par an pour adultes, Rs 150 pour les étudiants et Rs 100 pour les enfants. De plus, comme le veut la tendance, Lire en Français va se délocaliser. Lire en Français dispose de malles itinérantes, contenant plus de 200 livres, au choix, qui seront disponibles à Rs 500 par mois, pour des associations, clubs de lecture, maisons de retraite ou tout autre demandeur.
Les amateurs sont avertis. Jeunes ou moins jeunes, la lecture est une passion qu?il faut sans cesse renouveler, un plaisir à redécouvrir à chaque nouvelle page tournée. ?Avant de dire que la lecture est nulle ou pas accessible, il faut essayer ou se renseigner?, assure Reshma Ramloll. Il faut sans cesse se rappeler que parfois, rien ne vaut mieux qu?un bon bouquin pour s?évader un peu et passer du bon temps. Il paraît que c?est même bon pour la santé!
«Sur le style, les livres de Harry Potter ne sont pas fameux, mais au moins, l?auteur a su réconcilier nombre de jeunes à la lecture.»
Conteurs de rêves
Il était une fois deux conteurs, Marcel Zaragoza et Jacques Pasquet, tous deux invités à Maurice dans le cadre du programme Lire en Fête et de la semaine du Conte Francophone. Le premier est une sorte de professeur Tournesol qui aurait troqué formules scientifiques contre des formules magiques, passionné de bons mots.
Le second est un genre d?aventurier ? professeur, venu du Grand Nord, et l?on ne se lasse pas d?écouter ses petites histoires toutes simples mais qui font tellement réfléchir. Tous deux font rêver, font peur, ils amusent, ils attristent, selon les histoires merveilleuses qu?ils content.
Les yeux écarquillés, bouche bée, les enfants boivent leurs paroles, et les adultes, qui ne sont jamais loin, prêtent également l?oreille aux récits fantastiques. Pourquoi le conte ? «Parce que les récits peuvent dire des choses de la vie sans être réalistes, parce que le conte est un espace où l?on parle de l?humain et de l?univers», explique Jacques Pasquet, qui se décrit comme un passeur de paroles, un passeur d?émotions. Marcel Zaragoza, bercé depuis sa plus tendre enfance par les chansons de Brassens, est plus théâtral, un peu plus clown.
La peur évanouie
Pour lui, le conte «sert à l?équilibre, à enlever les peurs, à retrouver ses choses qui nous manquent. C?est un faire-valoir et un faire-grandir». Tous deux sont très pédagogues et ont d?ailleurs été professeurs. On envie leurs élèves.
On envie aussi les enfants de Rodrigues qui ont eu le plaisir d?enregistrer un CD avec Marcel Zaragoza, CD qui sera lancé début novembre. Des comptines pour enfants, dont quelques morceaux écrits à Rodrigues avec les enfants, comme Les Piqueuses d?Ourites.
Le conte doit faire rêver bien sûr mais doit aussi «donner à petites doses, des réflexions, du vocabulaire», explique Marcel Zaragoza. «La richesse d?un texte, c?est la richesse d?une langue», ajoute Jacques Pasquet. Surtout, il ne doit rien cacher aux enfants, qui sont souvent plus malins qu?on ne le croit.
Le vrai conte n?a pas grand-chose à voir avec les contes de fées génériques. Il peut être traditionnel, urbain, raconter une réalité ou un imaginaire. Ce genre, à l?origine, n?était même pas destiné aux enfants, les contes étaient sombres, macabres. On les a infantilisés. «Il ne faut pas occulter les réalités, mais il faut savoir les gérer, prendre le temps de parler aux enfants», explique Jacques Pasquet.
Lecture, plaisir partagé
«Une bibliothèque, ce n?est pas qu?un guichet de prêt», précise d?emblée Philippe Valliès, directeur du projet Lire en Français. En effet, il ne faut pas toujours obligatoirement garder le silence. La bibliothèque se veut être aujourd?hui un lieu où la lecture est une fête.
«Cela a un objectif social, c?est un lieu qui génère la convivialité, qui rassemble les gens », poursuit Aimée Chasles, des CLAC.
Les bibliothèques sont devenues des endroits ludiques où l?on peut aisément passer toute une après-midi. La médiathèque de Bell Village en est un bel exemple. Sur de gros coussins, les enfants se laissent plonger dans l?univers des contes. Les ados, descendent plus bas, au monde de la BD.
Internet facilite les recherches
Bientôt, un espace DVD sera mis sur pied et diffusera films et documentaires. Il y a aussi plusieurs postes Internet, pour parfaire les recherches. Idem à la Bibliothèque Carnégie, où un cybercafé a été aménagé, nous apprend Vanessa Sellapillay, bibliothécaire.
Dans les CLAC, de nombreuses animations sont organisées. «L?artiste Henry Koombes est venu faire un atelier sur l?illustration et une exposition. Un professeur d?Arts dramatique de Chenai, Ramanan Amarendran, a donné des cours de théâtre. Stephan Hart de Keating est venu faire des sessions de Slam. Maintenant, les jeunes prennent l?initiative d?organiser des débats sur les problèmes de société », explique Aimée Chasles. Les CLAC disposent aussi de jeux de sociétés et d?une vidéo.
Les bibliothèques sont des lieux pleins de vie, qui appellent à l?expression, au partage. La lecture n?est pas une activité solitaire.
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