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Le Revey des Otentikk Street Brothers
La voix craque. Une fausse note et on recommence. C?est un enregistrement. Derrière la vitre du studio Scorpio, Blakkayo chante sur le nouvel album des Otentik Street Brothers, Revey Twa. Bruno Raya observe. Cisèle l?air en guise de consigne et fredonne. Blakkayo entame de nouveau la chanson. Ses mots coulent sur la peau et remplissent les plaies béantes. Son doigt de rappeur est en mouvance. Son esprit, en souffrance. «Jah ine tir mwa dan l?ignorans», susurre-t-il. Dagger Kkila, Master Kkool B et Blakkayo, les Otentikk Street Brothers travaillent. Certes, ce nouvel album promet d?être différent. Bruno Raya ira peut-être peaufiner l?album à Paris. Cela leur permettra peut-être d?ajouter une touche plus professionnelle à ce nouvel opus de treize titres.
Du reggae qui fait tressaillir. Des paroles pour démasquer l?inacceptable. Le message des Othetikk Street Brothers est clair. «Réveiller le peuple endormi !» explique Bruno Raya. Halte aux idées préconçues. Les Mauriciens ne réagissent pas assez, mais se plaignent toujours. Assis face à la vitre, derrière la table de mixage, Bruno Raya se remémore le passé. Ce fameux 26 août 1992 où les OSB se sont trouvés. Puis des albums qui ont fleuri au fur et à mesure que les années le permettaient. Ragga Kreol en 1994, Xpresyon libere en 1997, des solos comme Live & Direct en 1999, Nou ki La en 2001 de Master Kkool B et Tchek to life de Blakkayo en 2000. Après douze ans d?existence, où ils ont ramé, les Otentikk Street Brothers sont toujours debout face à la chanson et aux difficultés. Même si l?un de leur membre, Tikkenzo est en prison, la solidarité demeure. Les Otentikk Street Brothers sont tenaces.
C?est dans le silence d?un enregistrement que les artistes se mettent à nu. Dans les vapeurs d?une cigarette, Bruno Raya parle de son inspiration. Revey Twa. «Dan sa l?album la, nou parle de l?actualite kinn touche nou societe. Mais nou parle aussi de la kreolite, du mauricianisme dan so lensam». Revey Twa, avec des chansons phares telles que Viv la misik ou Kreolite, qui plongent l?humain sur les traces de sa langue ancestrale. La langue des «zilois». A travers ses chansons, Bruno Raya s?insurge contre les Mauriciens qui renient leur langue maternelle.
Quand c?est au tour de Dagger Kkila de se placer derrière le micro, le silence retombe. Il picote nos émotions et polit les messages. La voix de Dagger Kkila s?élève contre la domination, la brutalité policière et contre les pirates. «Ban pirate ki vole kas ban le zot artist. Nou nou pe travay pendant des heures dan studio, casser, réarranger, mais ena ki profite de sa !» explique-t-il encore. Les pirates qui tourmentent les artistes, qui finalement ne savent plus trop si cela vaut vraiment la peine de mettre un album sur le marché. Revey Twa dénonce surtout ce genre d?injustice. L?air est soudainement devenu plus solennel. Entre des bribes de confidence, nous avons pu sentir le désarroi et l?appréhension de ces trois chanteurs.
Autour de cet album, réflexions, dialogues et rencontres se sont côtoyés. Revey Twa , clame les OSB. Sors de ta lethargie. Crie tes blessures. Refuse l?inacceptable. OSB, un esprit de groupe qui réveille les âmes endormies. C?est en tout cas dans cet état précis que Master Kkool B, Dagger Kkila et Blackkayo épluchent les treize titres de leur nouvel album. Derrière eux, il y a déjà trois mois de travail. Devant eux, une vie de succès.
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