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Le revers de la roupie forte
La météo du taux de change annonce une embellie depuis quelques se-maines. En effet, après avoir dégringolé pendant deux ans face aux principales devises (dollar, euro et livre sterling), la roupie commence à s?apprécier depuis quelques semaines. Mais contrairement à ce qu?on pourrait croire, cette « bonne nouvelle » ne suscite pas que des bonnes réactions dans le pays.
En 2006, le taux de change de la roupie a obéi à une forte tendance à la baisse. Si le dollar s?échangeait en janvier 2006 à Rs 30,79, il a fini l?année à Rs 34,52.
L?euro est, quant à lui, passé de Rs 37,38 en janvier à près de Rs 46. Et la livre sterling est passée de Rs 54,65 à Rs 67,85 à la même période. Depuis un mois toutefois, notre monnaie reprend des forces. Ce vendredi, le dollar se vendait à Rs 33, 54, l?euro à 44,01 et la livre à Rs 64,25.
Monsieur tout le monde a ressenti les effets de la roupie faible l?année dernière. Les hausses des prix du pétrole et des produits de consommation ont été, pour partie, causées par la dépréciation de la roupie. Ainsi, le dernier rapport du Central Statistics Office sur l?indice des prix à l?importation, daté de décembre 2006, indique que les importations du pays ont coûté 12 % plus cher quand on compare la période janvier à septembre 2007 à la période correspondante en 2006.
Si une roupie qui se déprécie entraîne la hausse du prix des produits de grande consommation, avec l?appréciation de notre monnaie, le prix des couches, du fromage ou des jus de fruits importés devrait, à son tour, baisser. Mosadeq Sahebdin, le responsable de l?Institute for Consumer Protection semble résigné : « Les importateurs s?empressent de répercuter les hausses sur leurs produits dès que la roupie se déprécie. Mais quand elle s?apprécie, ils oublient tous de le faire. En disant à chaque fois qu?ils ont payé leurs importations en fonction de l?ancien taux de la roupie. La seule chose que l?on peut faire, c?est de rester vigilant. Et d?espérer qu?une loi sur la concurrence amène les commerçants à répercuter l?appréciation de la roupie. »
Ainsi, ce ne sont pas les consommateurs qui profitent de la robustesse de la roupie. Et encore moins les industriels. Certains d?entre eux font carrément le gros dos. À la Mauritius Export Processing Zone Association (Mepza), c?est sur un ton un peu embarrassé qu?on nous explique qu?on ne veut pas commenter la situation.
Toute industrie d?exportation trouve son intérêt, dans une certaine mesure, avec une conjoncture où la roupie est faible. Il est plus profitable de vendre une cargaison de t-shirts pour 20 000 dollars quand cette monnaie est à Rs 34 plutôt qu?à Rs 32. Car la seule fluctuation du dollar assure, dans ce cas, des revenus supplémentaires de Rs 40 000, soit l?équivalent du salaire d?un cadre supérieur dans une entreprise textile.
Certains expriment leur mécontentement
Certains, en revanche, expriment ouvertement leur mécontentement. C?est le cas du président-directeur général du groupe Star Knitwear, Ali Parkar. Près de 60 % des exportations de son entreprise s?effectuent en livres sterling, et le reste en dollars. « Une livre sterling à Rs 65 ou Rs 67 nous convient. Mais l?appréciation actuelle nous inquiète. En effet, les banques nous achètent nos livres sterling à Rs 61 aujourd?hui. Sur un chiffre d?affaires mensuel de Rs 90 millions, nous subissons désormais un manque à gagner de l?ordre de 10 %, ce qui est conséquent », proteste Ali Parkar. « La roupie forte n?est pas une option », affirme l?industriel.
Et ce dernier d?expliquer que la trop bonne santé de la roupie est finalement un handicap, au moment ou l?industrie textile paraît « très viable et robuste ». Se faisant menaçant, Parkar annonce même que des projets d?investissement de son groupe pourraient être compromis si la roupie continue à s?apprécier.
Un manque à gagner de Rs 100 000
Ailleurs, dans un autre secteur « porteur », les dirigeants d?entreprises s?inquiètent également. Ainsi, certains centres d?appels disent subir un manque à gagner de l?ordre de Rs 100 000 par mois. « Nous avons des charges en euros à payer, tout comme le salaire des expatriés qui est indexé en euros. Mauritius Telecom nous fait payer en devises nos lignes haut débit. Et nos revenus équivalents en roupies baissent avec l?appréciation », explique Thomas Buffard, directeur du centre d?appels Pro Contact.
Une roupie forte signifie, pour ces entreprises, de payer plus en termes de salaires d?expatriés et pour leurs frais de télécoms. « La dépréciation de la roupie nous a à peu près permis de surmonter les effets de l?inflation à Maurice. Le taux actuel vis-à-vis de l?euro nous convient, mais il ne faudrait pas que cela baisse davantage », estime Thomas Buffard.
Dans le secteur hôtelier, près de 65 % des revenus se comptent en euros. Des cours fluctuants de la roupie vis-à-vis de la monnaie européenne ne manquent donc pas de générer des effets. « S?il y a appréciation de l?euro, nous aurons plus de roupies, mais elles seront plus faibles et entraîneront une certaine inflation, et, de ce fait, des coûts additionnels pour les équipements, la promotion et le marketing et divers produits et services », relativise Patrice Legris, Chief Executive Officer de l?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice.
Du côté des petits hôtels, on se montre serein et philosophe. Avec la roupie qui se renforce, certains petits établissements qui font un chiffre d?affaires de Rs 2 millions mensuelles enregistrent environ Rs 125 000 de manque à gagner chaque mois en ce moment. « Le bonheur des uns ne fait pas celui de tous. La roupie est toujours assez faible, comparée aux principales devises. Et actuellement, aucun hôtel ne peut se plaindre après les résultats exceptionnels de novembre et de décembre, au moment ou la roupie était faible », confie Bisoon Mungroo, président de l?Associa-tion des hôtels de charme.
Les fluctuations trop marquées
Au-delà de la roupie forte ou faible, ce sont surtout les fluctuations trop marquées qui demandent à être revues, selon les analystes. Ainsi, beaucoup croient voir dans la tendance actuelle une correction attendue du taux, après deux ans de dépréciation constante, expliquée en partie par des fondamentaux économiques, notamment des volumes d?investissements étrangers et d?exportation insuffisants. Avec une tendance, dans ces deux domaines qui s?inverse, mais aussi un plus grand interventionnisme de la Banque de Maurice, la roupie ne pouvait que s?apprécier.
« Les entreprises tournées vers l?exportation se sont habituées, ces dernières années, à ne pas perdre sur le taux de change car la roupie se dépréciait. Mais dans la situation actuelle, elles peuvent avoir recours à des instruments financiers que leur proposent les banques, comme le hedging si elles veulent opérer dans un environnement plus sûr », explique Éric Ng Ping Cheun, le président de la First City Bank.
En jugeant que la roupie doit se stabiliser et incorporer un plus grand élément de prévisibilité, c?est-à-dire, ne fluctuer que dans une fourchette de plus ou moins 4 % sur un an, les mois à venir nous diront si c?est ce scénario qui se met en place?
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