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Le retour incertain des exilés

27 mai 2007, 00:00

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Des ruines et des puits désaffectés. Une église sans toiture. Un cimetière battu par les vents. Les clichés ramenés de leur voyage dans l?archipel de Diego Garcia en 2006 sont encore ancrés dans la mémoire. Aujourd?hui, ces îles abandonnées ouvrent grandes leurs bras à leurs enfants, expulsés entre 1965 et 1972, embarqués de force dans des bateaux, puis déposés aux Seychelles et à Maurice.

La cour d?appel a confirmé la décision de la Haute cour de Londres qui avait autorisé les habitants expulsés à rentrer chez eux en 2006. Elle a qualifié les moyens utilisés pour empêcher les Chagossiens de rentrer chez eux d?« illégaux » et a parlé d?« abus de pouvoir ». L?État britannique avait fait appel de cette décision. Il pourrait jouer sa dernière carte en ayant recours à la plus haute instance judiciaire britannique, les Law Lords.

« Le combat n?est pas terminé. Mais, valeur du jour, si nou anvi al Chagos, nou kapav ale », jubile le leader du Groupe Réfugiés Chagos (GRC), Olivier Bancoult. Pour lui, ce jugement est un espoir pour tous les peuples déplacés dans le monde. Robin Mardemootoo, l?avocat du GRC estime, quant à lui, que les juges britanniques ont donné une leçon dans l?application des Droits de l?homme, qui est souvent théorique. « D?habitude, les juges sont très conservateurs et hésitent souvent à condamner l?État britannique. Mais ici, ils n?ont pas hésité à casser un décret royal », affirme l?homme de loi.

Mais dans les faits, ce retour à l?archipel des Chagos ne se fera pas aisément. Et nul ne sait si les enfants et les petits-enfants des natifs Chagossiens voudront aller vivre dans l?archipel, après des années passées à Maurice ou encore en Grande-Bretagne, où ils sont environ 500. Pour Olivier Bancoult, il faut avant tout permettre la réinstallation des Chagossiens, et leur offrir la possibilité de revenir dans leurs îles. Dans un premier temps, des contacts sont pris avec des personnalités britanniques pour aborder des questions d?ordre pratiques.

Des lettres de soutien qui pleuvent

« Nous pensons que le gouvernement britannique est responsable de tout ce qui s?est passé. Il pourrait donc faire un geste et utiliser l?argent des contribuables qu?il gaspille en frais légaux pour une bonne cause : nous aider à mettre sur pied les infrastructures et nous donner la compensation qui nous revient pour toutes les souffrances endurées pendant plus de 30 ans. »

Lisette Talate, la vice-présidente du Groupe Réfugiés Chagos, n?en démord également pas, mais elle fait preuve de bonne volonté en acceptant que son pays soit occupé par des Américains. « Nous ena mason, kuizinie, sarpantie? Mo panse 200 dimounn kapav al laba au komansman pour fer devlopma. Mais a kondision gouvernema amerikain ek angle donn nou materio pou ranz nou lakaz », soutient-elle.

Il est vrai qu?avec ce jugement, le monde a maintenant les yeux braqués sur la communauté chagossienne. Les lettres de soutien venant d?organisations internationales et de politiciens pleuvent de toutes parts. « Beaucoup de gens nous soutiennent. Si le gouvernement britannique ne nous aide pas, nous nous tournerons vers les organisations internationales comme de Fonds européen de développement ou l?Onu », soutient Olivier Bancoult.

Fernand Mandarin, du Comité Social des Chagossiens pense, quant à lui, que la majorité des Chagossiens ne souhaitera pas aller vivre dans l?archipel. « Ils ne voudront pas connaître un deuxième déracinement. Ils vivent ici, ils y travaillent, ont fondé une famille, et ont une vie sociale. »

La ténacité saluée par le PM

La ténacité des Chagossiens a été toutefois saluée par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, jeudi, lors d?un point de presse. « C?est une victoire pour les Chagossiens, mais aussi pour Maurice dans notre combat pour retrouver la souveraineté sur ce territoire », a-t-il déclaré.

Hervé Lassémillante, le conseil légal du Comité Social des Chagossiens, encourage le Premier ministre à aller vers des négociations avec la Grande-Bretagne et les États-Unis « pour trouver une solution mauricienne à ce problème mauricien »

Si le gouvernement anglais, poursuit-il fait appel, alors ce gouvernement continuera à jouer les cartes anglaises et cela avec la bénédiction de ces « soi-disant anglo-chagossiens ». Il se dit outré une fois de plus de la prétention britannique sur nos îles. « Je suis aussi choqué par ces Mauriciens secourus lors de l?exode forcé des années 60 et 70 et qui vont, en tant que peuple servile et colonisé, demander justice aux colonisateurs en oubliant les intérêts de cette île qui les avait accueillis. »

FERNAND MANDARIN, DU COMITE SOCIAL DES CHAGOSSIENS

« Pour moi, ce sera difficile »

La Cour de Londres a confirmé le droit de retour aux Chagos. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?

Je l?ai très bien accueillie. Notre combat depuis la création du Comité Social des Chagossiens est le droit de retour et une compensation pour les préjudices subis. Nous avons toujours voulu que ce soient les États concernés qui négocient. Mais en 1998, Olivier Bancoult a saisi la justice et les négociations n?ont jamais pu démarrer. En 2000, grâce à l?action du GRC, nous obtenons le droit de retour, mais jusqu?en 2004 personne n?a pu fouler les Chagos

Qu?est-ce que cette victoire im-plique pour le droit au retour ?

La population des Chagossiens a augmenté de 100 % à Maurice. Selon les derniers recensements, on comptait 1 132 natifs et 4 700 Chagossiens de la deuxième génération. Lors du déracinement dans les années 60 à 70, ils étaient 2 000 à vivre sur trois îles notamment Diego Garcia, Perhos Banhos et Salomon. Pour le moment, seules Perhos Banhos et Salomon sont habitables, alors comment loger tous ces gens ? Pour moi, ce sera difficile.

Vous vous êtes toujours battu pour la souveraineté de Maurice sur les Chagos. Pourquoi est-ce aussi important ?

Lorsque nous avons été amenés ici à Maurice, nous nous sommes adaptés tant bien que mal. Sur mon extrait de naissance, il est écrit que je suis né à Perhos Banhos et que je suis Mauricien. Je me suis marié et j?ai eu cinq enfants. Il y a eu des mariages mixtes.

Alors, comment pouvons-nous dire que nous ne sommes pas liés à la vie mauricienne ? Ma mère est née à Maurice parce que le médecin avait constaté que ma grand-mère faisait une grossesse difficile et qu?elle avait besoin de soins. Beaucoup ont vécu la même histoire. C?est pourquoi je dis que les Mauriciens ont autant le droit de venir aux Chagos que les natifs.

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