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Le retour de John McCain

10 février 2008, 00:00

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Il y a six mois, John McCain était déclaré perdu corps et biens pour la campagne électorale : le candidat républicain n?avait même plus un million de dollars en banque. Ses deux responsables de campagne étaient partis. La moitié du personnel avait été mis à pied. Les aides qui restaient avaient accepté de travailler bénévolement ou d?être sous-payés.

Après avoir été l?un des favoris dans la course des prétendants républicains à la présidence, John McCain était à la traîne. Les raisons avancées étaient variées : son âge (71 ans) ; sa position sur la guerre en Irak, alignée sur celle, on ne plus impopulaire, du président Bush.

Et son approche de l?immigration, trop centriste aux yeux de la frange nationaliste du Parti républicain.

Au début de l?automne, M. McCain se trouvait dans un restoroute du nord-ouest de l?Iowa pour un « café-rencontre » avec les électeurs. L?audience était clairsemée. John McCain a encaissé la première question sans broncher.

« Pourquoi défendez-vous autant les immigrés ? » Il a répondu comme il le fait désormais en insistant sur la nécessaire « sécurisation » des frontières, plus que sur la régularisation des clandestins. Puis il a évoqué les services rendus par les latinos.

Le champion Républicain</B>

Le soir, il a participé à un débat à Sioux Falls. Parmi ses adversaires, seul Mike Huckabee, le gouverneur-pasteur de l?Arkansas, encore largement inconnu à l?époque, était présent.

Trois mois plus tard, le vieux routier a remporté les primaires du New Hampshire. Ses partisans ont exulté : « Mac is back ». L?argent est revenu aussitôt. John McCain n?en est pas à sa première résurrection. Le 26 octobre 1967, l?avion de chasse qu?il pilotait a été touché par un missile et abattu au-dessus de Hanoi. C?était sa 23e mission. Au sol, un garde nord-vietnamien l?a transpercé avec la baïonnette de son fusil et il a eu l?épaule broyée. Encore aujourd?hui, John McCain a du mal à lever le bras pour se coiffer. John McCain a passé cinq ans et demi à Hanoi. Selon le compte rendu du psychiatre de la marine qui l?a examiné à son retour du Vietnam, il n?a réussi à trouver sa place qu?après les années de détention.

Désormais, McCain s?apprête à être le champion républicain pour l?élection de novembre. Il lui aura fallu des années pour conquérir le parti. Et il aura fallu probablement que le mouvement conservateur soit en pleine introspection, comme il l?est après huit ans de présidence Bush, écartelé entre ses « conservateurs fiscaux », ses fondamentalistes, ses nationalistes?

Agiter le « stylo de Reagan »</B>

Dès le soir de la déroute électorale de novembre 2006, il avait pris date. Pour lui, la défaite républicaine était moins due à l?Irak qu?à la débauche des dépen-ses publiques et aux affaires de corruption. Devant ses auditoires, il ne manque jamais d?agiter « le stylo que lui a donné Ronald Reagan », et dont il promet de se servir pour réduire le déficit « et c?est ce qui pourra arriver de mieux à l?économie américaine ».

John McCain émaille toujours ses discours d?une adresse à ses « amis ». Mais c?est pour mieux « parler vrai ». Ses collègues sénateurs le décrivent comme colérique, et il se flatte lui-même d?être appelé « le shérif » des appropriations budgétaires. Sur les chemins de campagne, il ne rechigne pas à la blague facile ou de mauvais goût. L?an dernier, il a chanté « Bomb Bomb Iran » sur un air des Beach Boys?

L?une de ses remarques préférées, ces temps-ci, fait rire aux dépens de la France. « Le président français aime les États-Unis. Comme quoi tout arrive si on vit assez longtemps. » Les Américains, qui se cherchent désespérément un héros, auront sans doute à dire, en novembre, s?ils estiment que John McCain est celui qu?il leur faut.

<B> @ 2 008 Le Monde ? Corine LESNES ? (Distribué par The New York Times Syndicate)</B>

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