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Le rapport Bourdet implique des politiciens dans une mutinerie
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Le rapport Bourdet implique des politiciens dans une mutinerie
La commission Bourdet, chargée d?enquêter sur les causes de la mutinerie d?août 1979 à la prison de Beau-Bassin et de faire les recommandations qui s?imposent en matière de discipline et de sécurité pénitentiaires, dépose son rapport à l?Assemblée législative, le 11 décembre 1979. Il comporte 18 pages et fait mention du témoignage de 170 détenus et de 200 citoyens. Plusieurs facteurs sont en partie responsables de ces émeutes. Construite au milieu du 19e siècle, cette prison offre alors des conditions de sécurité optimales. Les nouvelles exigences de réhabilitation des détenus et la classification des prisonniers en plusieurs catégories ont dilué la sécurité maximale initiale. D?importants événements surviennent en 1972, année qui voit l?incarcération de 75 prisonniers politiques, en vertu de l?état d?urgence. A partir de ce moment, des prisonniers se mettent à croire qu?ils se retrouvent en prison, non pas pour avoir enfreint des lois, mais parce que celles-ci sont intrinsèquement mauvaises. Des prisonniers, en mesure de réciter des passages entiers de conventions internationales sur le droit des détenus, surprennent la commission Bourdet. Des députés abusent des facilités offertes et visitent trop fréquemment certains prisonniers, connus pour être des fauteurs de désordre. Le droit de visite des prisons est devenu pour certains députés une licence pour rencontrer à tout bout de champ des fauteurs de trouble patentés. Ainsi, 24 heures après sa sortie de prison, un député revient visiter ses anciens compagnons de cellule et leur promet de changer radicalement leurs conditions de détention. Ces visites parlementaires amplifient un sentiment de frustration chez plusieurs détenus et sapent la discipline à l?intérieur de la prison. Le phénomène s?est amplifié après l?incarcération de 15 députés en 1978. Des prisonniers se sont ensuite mis à réclamer des salaires et à contester ?l?exploitation des prisonniers par l?Etat?.
La principale doléance des prisonniers-émeutiers d?août 1979 concerne les soins de santé jugés, à tort, insatisfaisants. La commission Bourdet n?a rien de particulier à reprocher aux services médicaux prodigués en prison. Elle estime qu?ils ont plutôt servi de prétextes à une agitation exagérée de la population carcérale, visant à dégénérer en émeutes et même à contribuer à un coup d?Etat, au dire de certains prisonniers. Il peut aussi s?agir d?une hypothèse hasardeuse car spéculative. Elle ne retient pas l?allégation que certains gardiens de prison aient pu inciter les détenus à se mutiner.
La commission Bourdet réclame un quartier de haute sécurité pour accueillir les criminels présentant des troubles mentaux. Elle recommande que la hauteur du mur d?enceinte passe de 15 à 22 pieds et qu?il soit doublé d?une clôture de sécurité additionnelle à 10 pieds de distance, que les outils soient gardés dans des chambres fortes, que quatre tours de vigie soient aménagées en dehors de l?enceinte, que les visites des parlementaires n?outrepassent pas les autorisations en vigueur, qu?une unité mobile soit toujours prête à intervenir, que le nombre de chiens policiers soit augmenté, que les serrures soient changées au plus vite, que le système de communications soit amélioré, qu?il soit interdit à des gardiens de prison d?entretenir la moindre familiarité avec certains détenus. La commission Bourdet stigmatise le trafic de drogue sévissant en prison avec la complicité de certains gardes-chiourme. Elle ne peut comprendre le recrutement d?un gardien avec un casier judiciaire loin d?être vierge. Elle déconseille l?usage des briquets à gaz par les prisonniers ainsi que leurs parties de cartes. Elle dénonce la sortie, indûment prolongée, d?un détenu, ayant quitté la prison dans la voiture d?un ministre pour assister à des funérailles.
La commission Bourdet est enfin choquée par la publication d?un article par un hebdomadaire, en pleine période de mutinerie, article basé sur les seules allégations d?un ancien prisonnier, allégations non vérifiées sous prétexte que le commissaire des prisons a refusé d?être interviewé par le journaliste concerné. Elle pense que l?hebdomadaire avait le devoir, sinon de ne pas publier des allégations non vérifiées, du moins de mieux prévenir ses lecteurs qu?il s?agissait d?allégations non vérifiées.
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