Publicité
Le procès de Saddam Hussein reprend dans l?insécurité
Par
Partager cet article
Le procès de Saddam Hussein reprend dans l?insécurité
Le président irakien déchu Saddam Hussein et sept de ses lieutenants, dont le procès s?est ouvert le 19 octobre, reviennent aujourd?hui devant les juges pour le massacre de 148 villageois chiites de Doujaïl (au nord de Bagdad) dans les années 1980. L?ancien dictateur et ses co-accusés risquent la peine de mort dans cette affaire.
A la veille de la reprise du procès, l?influent chef chiite Abdel Aziz Hakim a estimé que la justice était trop lente pour n?avoir pas encore jugé ?un criminel comme Saddam Hussein?.
En Irak, ?la justice est faible, ce qui a entraîné du retard?, a-t-il dit. Le fait de ne pas encore avoir jugé ?un criminel comme Saddam? prouve ?la faiblesse de cette justice?, a ajouté le chef du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak, qui constitue le plus grand bloc parlementaire.
Le procès, que la population pourra suivre en différé à la télévision, suscite des réactions dans la communauté chiite, qui a été l?une des principales victimes de l?ancien régime. Quelques centaines de manifestants ont défilé à Bagdad samedi.
Le procès reprend aujourd?hui dans un contexte de crainte pour la sécurité des juges et des avocats. Car la police irakienne a arrêté huit hommes à Kirkouk, dans le nord du pays, qui ont avoué l?existence d?un complot visant à assassiner Raïd Djouhi, l?un des plus hauts magistrats du Tribunal spécial chargé de juger l?ancien président Saddam Hussein. Le colonel Anouar Khader Mohamed a annoncé hier que les arrestations avaient eu lieu il y a quatre jours et que la police avait en même temps saisi des cartes et du matériel de fabrication d?explosif.
La police a également mis la main sur un courrier signé du bras droit de Saddam Hussein, Izzat Ibrahim al Douri, demandant aux personnes arrêtées de tuer Djouhi. Ibrahim, dont certaines sources ont annoncé la mort, pourrait en fait être toujours en fuite. ?Nous avons trouvé la lettre et, après les avoir interrogés, ils ont avoué le projet d?assassinat de Raïd Djouhi?, a dit Mohamed.
Témoigner par écran interposé
Les témoins aussi se sentent menacés. A l?ouverture, le procès avait été presque immédiatement ajourné du fait notamment de l?absence de dizaines de témoins, dont beaucoup craignaient de devoir apparaître publiquement à la barre. La question de leur sécurité sera donc primordiale et la plupart devraient être autorisés à témoigner par écran interposé ou derrière un rideau.
Quelques jours après l?ouverture du procès, deux avocats chargés de la défense de l?ancien président avaient été assassinés tandis qu?un troisième avait choisi de quitter le pays. Mais le Tribunal spécial irakien , créé en 2003 par les Etats-Unis pour juger les dignitaires de l?ex-régime baassiste, a refusé de délocaliser le procès à l?étranger pour assurer une plus grande sécurité de ses acteurs, comme certains le demandaient.
?Les meurtres de deux avocats de la défense montrent la nécessité de protéger ces avocats de même que les témoins?, a déclaré Richard Dicker, un juriste de l?organisation Human Rights Watch. ?Cependant, toutes les dispositions relatives à la sécurité des témoins doivent comporter des garanties quant à l?équité du procès.?
Saddam Hussein et ses sept co-accusés sont inculpés pour crimes contre l?humanité liés à la mort de 148 chiites après une tentative d?assassinat du président irakien. Leurs avocats avaient menacé de boycotter la reprise des débats si leur sécurité n?était pas garantie. On ne connaît pas les dispositions précises qui ont été prises. Les autorités américaines se sont engagées à collaborer à l?enquête sur le meurtre de leurs confrères.
Nouvel ajournement ?
Les témoins jouissent en théorie de programmes de protection bien définis. Mais de nombreuses organisations de défense des droits de l?homme s?inquiètent du fait que les témoins de la défense ne seraient pas logés à la même enseigne que ceux de l?accusation.
?Ceux qui vont apporter des preuves vont être effrayés. Ils doivent recevoir l?assurance absolue que leur sécurité sera garantie après leur comparution?, a dit Miranda Sissons, de l?organisation International center for transitional justice. ?C?est quelque chose de très compliqué dans un pays comme l?Irak.?
Les témoins reviendront aujourd?hui sur les événements de juillet 1982 et notamment sur les tirs qu?avait essuyés le cortège présidentiel visé par des activistes chiites dans une palmeraie de Doudjaïl, au nord de l?Irak. Avant cela, le président du tribunal devra se prononcer sur plusieurs recours de la défense, dont une requête d?ajournement.
Le 19 octobre, le juge Rizgar Mohamed Amin avait décidé un report de 40 jours sans s?expliquer sur sa décision. Il n?avait pas non plus tranché une requête de la défense qui demandait davantage de temps pour préparer le procès.
Plusieurs juristes interrogés n?excluent pas un nouvel ajournement des débats car les avocats de la défense n?ont pas eu beaucoup de temps pour étudier le dossier à charge, d?autant qu?il leur a fallu, dans le même temps, se préoccuper de leur propre sécurité.
Si aucun ajournement n?est décidé, le procès devrait se poursuivre pendant trois jours. Un autre report devrait alors être décidé en raison de craintes relatives à la sécurité liée aux législatives du 15 décembre.
Deux étrangers rejoignent le comité de défense de Saddam Hussein. Ramsey Clark, ancien ministre américain de la Justice, et Nadjib al Naouimi, qui a occupé le même poste dans le gouvernement qatari, ont annoncé leur départ pour Bagdad où ils rejoindront le comité de défense de Saddam Hussein afin de veiller à l?équité de son procès.
Le procès avait été ajourné dès son ouverture, le 19 octobre, pour permettre aux avocats de l?ancien président irakien de prendre plus ample connaissance du dossier. Le comité de défense, dirigé par l?Irakien Khalil Doulaïmi, avait souhaité la présence d?avocats étrangers à ses côtés.
?Notre plan est de nous rendre à Bagdad pour assister le comité de défense. Un procès équitable est absolument indispensable pour la vérité historique (...)?, a déclaré Clark à Reuters.
Publicité
Publicité
Les plus récents