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Le prix à payer
On veut bien supposer que faire rire était l’intention d’Alexandra Leclère, réalisatrice et scénariste du Prix à Payer. Faire rire en suscitant la réflexion (comme on dit), probablement ; provoquer chez les spectateurs un petit rire gêné. C’est un art dans lequel ont excellé quelques géants de la comédie (Mel Brooks ou les Monty Phyton, pour ne citer qu’eux) et on peut saluer ce choix de la réalisatrice, d’autant plus que son sujet se prêtait beaucoup plus à la grosse comédie de boulevard qu’à la comédie grinçante.
“Pas de cul, pas de fric !”, pour résumer le sujet. En plus long, cela nous fait Christian Clavier en homme d’affaires fortuné et Gérard Lanvin, son chauffeur qui décident de couper les vivres à leur partenaire respective, vu le désintérêt total que montrent celles-ci envers leur personne physique. Le premier est marié à Nathalie Baye, femme au foyer qui ayant toujours vécu dans le luxe, dépense l’argent qu’il gagne sans compter. L’autre, vit assez modestement avec Géraldine Pailhas qui s’est découverte une tardive vocation d’écrivain.
Il y a encore quarante ans, un tel sujet se serait prêté à la simple comédie, réussie ou pas. Certaines sociétés – dont la nôtre, heureusement – ayant depuis évolué, le sujet devient plus complexe. Alexandra Leclère en explore les multiples aspects à travers une succession fluide de scènes proprement réalisées et bien écrites, dans les images comme pour les dialogues. Le temps de quelques séquences, on se rend compte qu’on a affaire à deux braves types (Clavier et Lanvin) qui ne sont ni des mufles, ni des goujats ou des obsédés et ayant rempli leur rôle d’époux, de père ou de compagnon, ne comprennent pas ce qui leur arrive. Les deux personnages suscitent donc une certaine empathie et les dames pour leur part, n’apparaissent pas comme étant nécessairement antipathiques ; on les comprend (un peu), elles aussi.
Or, pour réussir ce genre de comédie, il faut forcément que le public soit amené à prendre parti pour un camp. Ce qui est chose impossible dans Le Prix à Payer. Il faut aussi une certaine dose de caricature chez les personnages et le seul à être caricatural est celui d’un amant occasionnel joué par Patrick Chesnais qui n’apparaît en tout et pour tout qu’une dizaine de minutes. Une chose est indéniable dans la première partie du film : la réalisatrice nous livre sur le sujet des couples, quelques réflexions ou observations qui ne sont pas forcément à l’honneur de la gente féminine. Lors d’une scène-clé au cours de laquelle les deux couples dînent ensemble, ces réflexions nous sont servies sous la forme de vérités bien senties que s’échangent les personnages.
Les répliques font mouche, mais en même temps, elles sont si dures qu’elles ne font pas rire, provoquant plutôt la gêne, voire l’embarras. On l’aurait accepté si cette démarche avait été consistante, malheureusement, juste après cette scène, le film se transforme en comédie de boulevard bien française, très ordinaire et donc plutôt fade.
Pourtant, les acteurs se démènent. Nathalie Baye, Géraldine Pailhas et Gérard Lanvin sont excellents, jouant plus ou moins dans leurs registres respectifs habituels et surtout Christian Clavier, la grande surprise et même le seul grand intérêt de ce film, jouant son personnage avec une profondeur et une sobriété qu’on ne lui connaissait pas. Cette révélation est sans doute à mettre au crédit d’Alexandra Leclère qui s’affirme comme une bonne directrice d’acteurs. Il reste à savoir si le plaisir de cette découverte justifie un prix à payer qu’on pourra trouver un peu fort.
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