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Le prix des grands esprits

31 janvier 2005, 00:00

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La valse des noms prestigieux donne le tournis. Ambiance décontractée pour plumes éminentes. Dont celles de Jean-François Deniau de l?Académie française, Patrick Poivre d?Arvor, journaliste vedette à TF1, Douglas Kennedy qui sait si bien raconter des histoires d?un point de vue féminin?

Sans oublier la couleur locale avec Vinod Rughoonundun entouré de ses Daïnes. Ils sont tous participants à la première édition du Prix Littéraire des Mers du Sud, récompense destinée au meilleur roman français 2004.

Une semaine durant, c?est au soleil couchant que les membres du jury partagent leur vision de la littérature et du processus de création. Une alchimie parfois mystérieuse, souvent enviée, qui sait tenir en haleine des millions de lecteurs aux passions convergées.

Didier van Cauwelaert, lauréat du Goncourt en 1994 et auteur de théâtre, est le premier à se jeter à l?eau en présentant, lundi, son dernier roman. L?Evangile de Jimmy, c?est l?histoire d?un réparateur de piscine du Connecticut, dans l?est des Etats-Unis, qui apprend qu?il est le clone du Christ.

Le sujet introduit, l?auteur se lance dans un long exposé ? d?une érudition impressionnante - sur le linceul de Turin. Fruit d?un an et demi de recherches, il livre une véritable enquête à rebondissements sur le mystère du linceul. ?Nous vivons dans un monde de manipulations mais à un moment donné, elles servent de révélateur pour nous permettre de prendre conscience de la réalité?, insiste Didier van Cauwelaert.

Un puits de savoir

Au-delà des croyances religieuses, ce sont les passerelles qui l?intéressent. Celles jetées entre la science et l?Eglise. ?J?aime les chocs des cultures?, insiste-t-il. Auteur travaillé par le questionnement perpétuel, il note que ?les chemins de la connaissance sont souvent encombrés par le mensonge?. A charge pour l?écrivain de le dissiper.

L?intervention de Jean-François Deniau, membre de l?Académie française, ambassadeur puis ministre, porte sur les écrivains attirés par la politique. Il n?oublie pas ces politiciens qui ont toujours voulu devenir écrivains. Victor Hugo, Chateaubriand, Malraux, Beaumarchais, de Gaulle?

Puits de savoir, Jean-François Deniau parle de ces grandes figures de la littérature et de l?histoire de France comme s?il les a côtoyés, racontant pléthore d?anecdotes avec un trait d?humour. Dans un coin de la terrasse et discrets, le comédien-chanteur Patrick Bruel et sa compagne apprécient.

Le New-Yorkais Douglas Kennedy, lui, sait intriguer le public français avec sa faculté à écrire au féminin. Son point de départ : la crise. ?Pas de drame, pas de raison d?être?, affirme l?auteur de A la poursuite du bonheur, qui avoue sans détour avoir ?appris le français dans un moment de faiblesse?.

C?est avec une bonne dose de militantisme anti-Bush que celui qui écrit sur ?comment nous passons notre temps à compliquer nos vies? a projeté sa vision d?une ?société américaine tarée, super schizophrène, partagée entre son mythe de l?indépendance personnelle et le conformisme?. Interrogé sur l?action du réalisateur Michael Moore, il décoche sans attendre : ?Il est nécessaire mais pas subtil, au fond, c?est un grand égoïste.?

Amertume de n?avoir pas rencontré le même succès dans son pays natal qu?en Europe ? Douglas Kennedy est en tout cas un condensé de lucidité et de cynisme qui reste convaincu que pour avancer, l?écrivain doit savoir doser discipline et doute. Son sujet central reste la vie quotidienne. Ce qui stimule sa plume après sept romans et trois récits de voyage, c?est l?idée que la vie normale est un vernis fragile.

Douglas Kennedy explique son succès en France par : ?Tout le monde adore le cauchemar des autres.? Qu?à cela ne tienne, les membres du jury du Prix des Mers du Sud ont su parler à notre imaginaire. Ils ne manquent pas de promettre d?être de retour l?an prochain ?selon notre disponibilité? pour la deuxième édition de ce rendez-vous.

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