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Le premier 60-0 de notre histoire
Le 12 juin 1982, les Mauriciens les plus mordus par la res publica s?installent devant leur téléviseur ou à côté de leur radio transistor pour recueillir les premiers résultats même partiels du dépouillement des bulletins de vote glissés la veille dans l?urne. Ils ont en mémoire, le suspense intense des précédentes législatives, celle du 20 décembre 1976, quand, d?un résultat partiel à un autre, l?ombre de la victoire passe d?un camp à l?autre. Le suspense se prolonge même au-delà de la journée du dépouillement du 21 décembre car Sir Seewoosagur obtient du Returning Officer Mossun que le décompte de voix cesse aux Pamplemousses en début d?après-midi, en raison d?un éclairage électrique défectueux. Ce n?est que le 22 décembre que Maurice sait officiellement que le PTr doit ajouter les sept sièges du PMSD, dont deux obtenus à Rodrigues, face à un Serge Clair encore trop néophyte, pour contrer les 30 sièges du MMM.
Les premiers résultats partiels du 12 juin 1982 sont beaucoup plus monotones et ne comportent aucun suspense. C?est partout 3-0 en faveur du MMM-PSM. L?avance est non seulement décisive mais elle croît d?un résultat partiel à un autre.
L?espoir de tous s?accroche à une possible victoire de Sir Seewoosagur Ramgoolam et de ses colistiers dans son fief du No 5 (Pamplemousses-Triolet). Vers les onze heures, le doute n?est plus permis. Même le Père de la Nation mordra une amère poussière dans une inconcevable débâcle travailliste. L?avance, qu?obtiennent Koonjoo, Ramjuttun et à Bhundhun sur le trio rouge Ramgoolam, Boodram et Ghurburrun, est telle que l?île Maurice se résout à accepter l?incroyable verdict du 60-0, condamnant le plus démocratiquement possible un gouvernement sortant à la défaite la plus inexorable.
Au MMM, nul n?a prédit ce 60-0. A la veille du casse boîte, Jugnauth pronostique un là haut 49 sièges. Trois personnes pronostiquent pourtant ce fameux 60-0. La première est Mme Sarojini Jugnauth. Dans l?euphorie de la victoire, elle confiera à la presse qu?elle a toujours prédit un résultat aussi net et sans appel, sans pouvoir convaincre pour autant son époux. Elle fera preuve de la même perspicacité en juillet 2000 quand elle dira à Anerood et à Bérenger : ?Sans l?accord Med Point, vous deux iront de nouveau croupir dans caro cannes !?
La deuxième personne est Freddy Appasamy. Bien avant le 11 juin 1982, les cadres de la Plantation House discutent entre eux d?élections et des chances des uns et des autres. Il leur propose un concours de pronostics. Chacun y va de sa prédiction quant au nombre de sièges qu?obtiendront les deux blocs en présence et éventuellement le PMSD de G. Duval, obligé de faire cavalier seul, son certificat travailliste de ?seul représentant de la population générale? ayant été contesté par le RPL de Philo Blackburn et le Groupe Eliézer François. Freddy Appasamy surprend ses collègues en étant le seul à prédire le 60-0. Les pronostics de tout un chacun sont soigneusement déposés dans un coffre-fort. Freddy se fera un malin plaisir de prouver à ses collègues qu?il fut wise before the event.
Un journaliste sort aussi vainqueur d?un autre concours de pronostics. Celui-ci a lieu en pleine campagne électorale chez un candidat MMM aux Quatre-Bornes. Chaque invité de la soirée est invité à prédire les résultats des législatives du 11 juin 1982. Chacun y va de bon c?ur entre 45 et 55 sièges en faveur du MMM-PSM. Le tour de table arrive à ce journaliste, souvent accusé de se réfugier dans sa tour d?ivoire pour pondre ses articles. Il mise sur un 60-0. Le maître de céans s?emporte, l?accuse de tout tourner en plaisanterie et de ne jamais pouvoir faire preuve de sérieux. Le journaliste le prend à témoin qu?il vient de se vanter qu?au train où se déroule la campagne électorale MMM-PSM, même Chacha Ramgoolam sera battu à Triolet. Le journaliste conclut, sous les huées de cette assistance éminemment mauve : ?Si SSR est battu à Triolet, quel candidat du PAN pourra se faire élire ??
Il aura raison sur toute la ligne car aucun candidat du PAN ne pourra faire mieux que les 39,72% obtenus par SSR. Au No 1, Guy Edmond n?obtiendra que 14,4% des voix. Les trois députés du PAN au No 3 perdent même leur caution, obtenant entre 4,98 et 6,70% des voix. Ils sont 22 candidats de cette alliance hétéroclite à obtenir entre 21 et 25% des voix, 19 entre 26 et 30% des voix, sept entre 15 et 20%, cinq entre 31 et 35%, un entre 10 et 15%, trois moins de 10% et seulement deux à obtenir 37,03% (Boolell) et 39,72% de voix (Ramgoolam).
Contrairement à ce qu?on pourrait croire ou que laisseraient penser les cautions travaillistes perdues à la Plaine Verte, ce n?est pas au No 3 que le MMM-PSM obtient ses meilleurs scores mais bien à la campagne. Le grand vainqueur est Anerood Jugnauth avec 78,33% des voix. Puis suivent dans l?ordre Boodhoo (No 13), 77,23% ; Goodhoory (No 8), 76,28% ; Gendoo (No 3), 73,67% ; Lutchmeenaraidoo (No 13), 73,24% ; Gokhool (No 9), 73,41%; Utchanah (No 7), 72,62% ; Rama Poonoosamy (No 8), 72,3% ; Cassam Uteem (No 3), 71,70% et Radha Gungoosingh (No 11), 71,53% des voix. Bérenger, le grand architecte de la victoire du 11 juin 82, n?obtient que 58,06% des voix à Quatre Bornes. Karl Offman ferme la marche avec 52,03% des voix à Vacoas/Floréal (No 16) mais dans une lutte à trois car, en ville, le MMM-PSM doit lutter autant contre le PMSD de Duval que contre le PAN. Fermez le ban !
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