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Le PM(SD) a 50 ans mais ne le sait peut-être pas

11 avril 2005, 00:00

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Le 6 avril 1955, une trentaine d?hommes de bonne volonté signent une lettre adressée aux rédacteurs en chef, annonçant la création d?un nouveau parti politique : le Parti Mauricien (PM). Les signataires sont : Guy d?Arifat, Chan Yu Tin, Paul Chasteau de Balyon, Marcel Collard, Emile Duvivier, S.J. Sheik Fareed, Marc Fok Seung, Ismaël Ghanty, L.H. Garthwaite, Raymong Hein, Paul Henri, Jules Koenig, Joseph Konfortion, Pierre Lafitte, Laï Hing Fong, Wilfrid Larché, Félix Laventure, Li Wan Po, Pierre Lozib, Gabriel Marie, Abdool Razack Mohamed, Dawood Motala, André Nicolin, Régis Paul, André Pérombelon, Robert Rey, Guy Rochecouste, Max Rohan, Maxime de Sornay, Percy Taylor et H. Toorawa.

Les personnalités politiques les plus marquantes sont Jules Koenig, Abdool Razack Mohamed et, dans une moindre mesure, Guy d?Arifat, Marc Fok Seung, Félix Laventure et Robert Rey. L?absence de quelques ténors comme Edgar Laurent, Raoul Rivet, Gabriel Martial, Alex Bujoharry, surprend. Des jeunes se préparent au collège Saint-Esprit, à prendre la relève des anciens qui se retirent da la politique active ou que la mort terasse. À Quatre-Bornes, les Raymond Rivet, Maurice Lesage, Cyril Leckning pressent un autre enseignant, Hervé Duval, à se joindre au parti en voie de formation.

Hervé ne résistera pas aux sirènes de la fonction publique mais transmettra l?information qui lui est faite, à son frère, Gaëtan. Ce dernier achève ses études de droit à Londres. Il rentrera à Maurice également fasciné par Raoul Rivet le Bleu et par Harold Walter, le Rouge. Le propriétaire du crack Enigmatique se montrera plus convaincant. Et une décennie plus tard, l?aspirant politicien, Gaëtan Duval, hésitant entre Bleu et Rouge, succédera à Jules Koenig à la tête du PM qu?il transformera en PMSD.

Dans leur missive aux rédacteurs en chef, les signataires du PM font d?abord ressortir qu??il est indispensable de former un parti politique pour sauvegarder le patrimoine mauricien?. La notion de parti politique ne s?est pas imposée d?emblée à Maurice. Pendant toute la première moitié du XXe siècle, la politique est animée par de fortes personnalités individuelles, à la tête desquelles il convient de citer les noms d?Eugène Laurent, d?Henry Leclézio, d?Adolphe Duclos, d?Edgar Laurent, de Raoul Rivet, d?Edouard Nairac, de Jérôme Tranquille, de Roger Pezzani. Avec Maurice Curé et plus tard Emmanuel Anquetil, Guy Rozemont, Hurryparsad Ramnarain, le pandit Sahadeo, Sookdeo Bissoondoyal, Edgar Millien, Renganaden Seeneevassen, les idées socialistes émergent.

Maurice Curé, aidé de Rozemont, d?Anquetil et de Sahadeo, anime le Parti Travailliste naissant. Il faudra attendre la mainmise de Seewoosagur Ramgoolam, au début des années 1950, sur ce parti pour que le Labour devienne la force politique montante devant conduire l?île Maurice à l?indépendance après lui avoir permis de franchir dans la sérénité voulue les délicates étapes constitutionnelles que sont le suffrage universel, la mise en place d?un système ministériel et d?un gouvernement responsable.

Comme Gaëtan Duval mais une décennie plus tôt, Seewoosagur Ramgoolam hésite entre la voie conservative et celle socialiste. Il porte toutefois dans son c?ur un ardent désir d?obtenir la pleine émancipation politique de toute la communauté d?origine indienne. Il comprend très vite qu?il parviendra plus facilement à ce résultat par l?entremise du socialisme que par celle du conservatisme. De plus, le Parti Travailliste de Guy Rozemont lui garantit une caution créole, plaisant à sa volonté de créer un parti politique national. Il ne reniera jamais les amitiés créées au sein de l?Union des années 1940, dotant la vie politique mauricienne d?une fraternité qui ne s?est jamais démentie, en dépit des inévitables divergences pour ne rien dire des affrontements de personnalités.

Jules Koenig s?est longtemps montré réticent à la notion du parti politique. Il prise trop sa liberté de man?uvre et de pensée pour la soumettre au carcan d?une discipline de parti. La liberté d?esprit et une bonne dose d?individualisme demeurent le trait marquant de la politique des années 1950 et 1960. Il appartiendra au Mouvement Militant Mauricien de Paul Bérenger, à l?aube des années 1970, de créer un parti politique plus stalinien, avec une école de pensée unique et une discipline imposées d?en haut et auxquelles doit se soumettre une base, devant prouver son militantisme en exécutant à la lettre et sans rechigner les instructions reçues d?en haut.

Des éléments du secteur privé sauront alors convaincre Jules Koenig qu?il faut davantage que de fortes personnalités politiques individuelles pour contrer l?imposant appareil politique mis en branle par Seewoosagur Ramgoolam. Rien d?étonnant donc à cet exorde, soulignant la nécessité de former un parti politique anti-travailliste.

Dans le manifeste initial du PM, ses pères fondateurs arrêtent les principes d?action qui gouvernent leurs futures activités politiques à commencer, bien sûr, par une série de meetings régionaux pour expliquer à tous le pourquoi et le comment de leur stratégie. Le premier objectif du PM est le rapprochement de toutes les communautés ethniques en vue de la création d?une entité mauricienne, affranchie de toute distinction de race, de classe, de religion et combattre sectarisme comme hégémonie.

Le PM favorisera la création d?un gouvernement responsable mais dans une atmosphère de bonne volonté et de loyauté à la couronne britannique. Il militera en faveur de l?expansion la plus large de l?instruction publique et de l?amélioration des conditions matérielles d?existence. Une attention particulière sera accordée au chômage, aggravé par le retour au pays des pionniers, à la surpopulation naissante, à la crise du logement, aux écoliers achevant leurs études primaires.

L?initiative privée sera encouragée pour le développement des activités économiques. Les ressources naturelles devront être exploitées de façon optimale pour le bien de l?ensemble de la population. Le PM approuve le principe de l?impôt sur les revenus à condition toutefois que les prélèvements fiscaux n?entravent pas le développement économique.

L?amélioration du sort des travailleurs doit se poursuivre rigoureusement, tout comme le développement du syndicalisme. Les droits des travailleurs doivent accompagner leurs devoirs. Les syndicats doivent aider à accroître l?efficience technique des travailleurs et leur contribution au progrès social à Maurice. Le PM s?engage à aider au développement des administrations locales dont le bon fonctionnement garantit la maturité politique de la population. Quel bilan peut-on faire, un demi-siècle après, de la mise en pratique des principes d?actions initiaux du Parti Mauricien ?

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